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Bulletin Quotidien Europe N° 10389
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Adhésions à l'UE et contrôle des financements: la prudence s'impose

Au détriment de tous. Il existe des gens qui croient, ou font semblant de croire, que la fermeté européenne à l'égard des nouvelles adhésions, ou de l'accès à la zone Schengen, constitue une attitude égoïste, un manque de générosité et d'ouverture à l'égard des voisins. La réalité est tout autre: l'existence de l'UE elle-même serait en jeu. Une Communauté européenne (dénomination ancienne que plusieurs regrettent) ouverte presque sans conditions serait diluée, avec des États membres qui ne seraient pas en mesure d'en respecter les règles et les principes ou qui ne partageraient pas les mêmes objectifs. Un tel ensemble devrait renoncer à ses ambitions. Les politiques communes ne pourraient plus fonctionner correctement, la politique de cohésion deviendrait ingérable, la rotation institutionnelle amènerait à la présidence du Conseil, des pays non préparés.

Ce serait la fin de la construction européenne, au détriment de tous. Ceux qui préconisent des adhésions rapides se croient ouverts et généreux, alors que c'est le contraire. L'organisme qui réunit tous les pays européens, et même au-delà, existe: c'est le Conseil de l'Europe. Il fait bien son travail, on n'a pas besoin d'un doublon. L'élargissement de l'UE se fera progressivement, avec l'entrée des pays qui remplissent les conditions et les ambitions, si l'on souhaite que le rêve de l'unité européenne subsiste.

Les généreux à bon compte - les belles phrases ne leur coûtent rien - qui dessinent une Europe unie dont feraient partie un jour des pays nord-africains et asiatiques, ne comprennent pas qu'ils sont eux-mêmes en partie responsables des excès inverses, c'est-à-dire de la naissance et des progrès d'une tendance politique qui invente une identité européenne théorique, voire même raciste. Mais un minimum d'équilibre est nécessaire: les pays candidats entreront dans l'UE lorsqu'ils rempliront les conditions nécessaires. Les pays extra-européens ne peuvent pas faire partie d'une Communauté qui est européenne, mais les liens avec certains d'entre eux peuvent être consolidés et renforcés. Quant aux pays balkaniques, leur attente est transitoire ; leurs situations ne sont pas uniformes et nécessitent des analyses au cas par cas; l'essentiel dépend d'eux-mêmes. Cette rubrique s'efforcera prochainement d'indiquer quelques critères.

Une Europe affaiblie ne pourrait pas être généreuse. Il faut ajouter qu'une UE qui s'élargirait sans rigueur ni prudence ne serait plus en mesure de financer les vastes projets de soutien aux pays tiers ou groupes de pays tiers, soutiens qu'elle est en train non seulement de confirmer mais d'élargir et de renforcer. Le dernier exemple est le lancement de la nouvelle «Politique de voisinage», dont la dotation sera augmentée malgré les difficultés budgétaires de la presque totalité des pays communautaires, tous soumis à des régimes d'austérité, et au régime analogue réclamé pour le budget communautaire par les États membres contributeurs nets. Ce concept des contributeurs nets est contesté et devrait disparaître, mais pour le moment il est incontournable. Il est normal que chacun proteste contre les économies qui le concernent et défende les crédits qui l'intéressent. Sur le plan des principes, on constate ainsi un large consensus sur l'exigence de l'austérité, mais ce consensus est assorti de lamentations contre toute mesure d'économie de la part de ceux qui sont directement touchés. Cette remarque ne concerne pas seulement les États membres par rapport au budget communautaire, mais surtout les intérêts privés: les organisations de catégorie défendent leurs intérêts avec acharnement, parfois en faisant valoir des raisons valables, mais parfois de façon éhontée (comme dans le cas de certaines subventions clairement excessives dans le secteur de l'énergie éolienne).

Contrôler l'usage des financements. On arrive ainsi à l'aspect le plus délicat: la justification des dépenses. Au-delà des discussions et analyses, opportunes les unes et les autres, autour de l'utilité et de la nécessité de chaque projet financé, l'aspect le plus sensible concerne le risque de subventions injustifiées, voire de gaspillages et de fraudes. La vigilance sur les dépenses internes à l'UE existe depuis toujours et, malgré des lacunes évidentes et des abus difficiles à contrôler, elle a obtenu des résultats appréciables; mais les crédits octroyés à l'extérieur de l'Union échappaient largement aux contrôles. Des analyses récentes, dont notre bulletin a rendu compte, ont mis en relief des situations franchement embarrassantes. Le nouveau document déjà cité de la Commission sur la « Politique européenne de Voisinage » (concernant donc les soutiens aux pays proches ne faisant pas partie de l'UE) annonce une évolution fondamentale: l'introduction d'un lien entre les financements et les progrès des pays bénéficiaires vers la démocratie et la liberté. La vigilance sur la destination de l'argent européen se renforce. Cette rubrique y reviendra demain.

(F.R.)

 

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