Budapest, 16/05/2011 (Agence Europe) - À l'heure des bouleversements démocratiques du printemps arabe et des défis à relever par le président ivoirien Alassane Ouattara, la légitimité des aspirations à la liberté et à la démocratie en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, comme en Côte d'Ivoire, a été rappelée avec force à l'ouverture de la 21ème réunion de l'Assemblée parlementaire paritaire (APP) ACP/UE lundi 16 mai à Budapest. L'APP doit adopter mercredi des résolutions d'urgence sur ces deux sujets (EUROPE n° 10378).
En guise d'introduction au débat sur les défis pour l'avenir de la démocratie et le respect constitutionnel dans les pays ACP et dans les États membres de l'UE, un avertissement a même été lancé aux dictateurs de tous bords qui « s'accrochent » au pouvoir. Mais à la veille de la journée internationale contre l'homophobie (17 mai), cette belle unité de vues sur l'universalité des valeurs démocratiques s'est fracassée sur la question des droits des homosexuels. En quelques phrases liminaires, parlementaires européens et ACP ont fait ressurgir le traditionnel clivage sur cette question encore totalement taboue dans les pays africains comme elle le fut longtemps en Europe (la dépénalisation de l'homosexualité au Royaume-Uni remonte aux années 70 - NdlR). La cérémonie inaugurale s'est déroulée en présence de Pal Schmitt, président de la République hongroise et ancien député européen lequel a rappelé l'attachement de son pays au partenariat ACP/UE, et « qui apprécie le travail de notre Assemblée qui réunit des élus de plus de 100 pays », a souligné Louis Michel (ADLE, belge), co-président de l'APP.
David Matongo (membre de l'Assemblée nationale zambienne) et coprésident ACP a rappelé que Budapest avait été « le théâtre d'un soulèvement en faveur de la liberté parmi les plus courageux dans l'histoire du monde (…), un cadeau monumental à la liberté humaine ». Selon lui, ces événements rappellent « le droit inaliénable de toutes les nations à la liberté et l'autodétermination ». Dans le Printemps arabe, le coprésident ACP voit une nouvelle illustration de l'imbrication étroite des questions politiques et des questions de développement, la preuve que la pauvreté et le chômage sont des viviers de mécontentement populaire. Et d'enfoncer le clou: « La démocratie sans le développement inclusif et des opportunités économiques croissantes, cela revient à jouer Hamlet sans le Prince du Danemark ». Citant l'exemple de la Côte d'Ivoire où il a fallu quatre mois pour que soient respectés les mécanismes institutionnels, M. Matongo n'a pas eu de mots assez durs pour les dirigeants qui, après des élections, s'accrochent au pouvoir à tout prix: c'est « inacceptable ». Idem pour « les gouvernements d'unité nationale constitués dans la hâte après des élections contestées (comme au Zimbabwe: NDLR) car ce n'est pas démocratique, cela conforte au pouvoir des despotes dont les mandats ont expiré », a-t-il dit. Estimant que l'Afrique de l'Ouest n'a aucun intérêt à faire « la politique de l'autruche », il a ajouté « nous devons être proactifs ». D'où l'appel qu'il a lancé à tous « pour être catégoriquement du côté de ceux dans le monde qui cherchent à remplacer la tyrannie par la liberté, et à avoir la même audace pour dire à ceux aux tendances tyranniques qu'ils ne devront pas songer à faire passer des lois au Parlement ».
Aux Européens, c'est un « avertissement amical » qu'il a lancé, estimant, sans même prononcer le mot d'homosexualité, mais en invoquant 'le respect de la sensibilité et des valeurs culturelles' que certains « n'ont pas à nous forcer à libéraliser pour permettre des pratiques qui nous sont étrangères, au nom des droits de l'Homme ».
Louis Michel intraitable sur les violations des droits des homosexuels. La réponse de Louis Michel a été sans concession: « La démocratie est une quête permanente de la règle majoritaire et du droit de la minorité, la règle de la loi, un cadre juridique dans lequel aucun parti ne peut modifier la constitution à son profit. Et à ce propos, le droit à la différence est une expression fondatrice des droits de l'homme ». « Je veux dire avec la plus grande détermination que nous n'accepterons jamais que des gouvernements puissent instrumentaliser un quelconque argument culturel pour justifier la chasse et la diabolisation de l'homosexualité. Toute minorité, quelle que soit la nature de ce qui la 'minorise' doit bénéficier de droits identiques. J'exhorte tous les parlementaires à ne pas se laisser entraîner par des approximations fallacieuses. Les relations sexuelles entre adultes consentants relèvent de la sphère la plus intime. Cela n'a rien à voir avec la culture ou la tradition et l'ordre social », a-t-il martelé en rappelant qu'il n'y a pas de « position africaine sur l'homosexualité » puisque le Rwanda (contrairement à l'Ouganda, qui avait envisagé de pénaliser cette orientation sexuelle) a refusé, l'an dernier, de la criminaliser. Il a été interrompu à plusieurs reprises par des expressions de désapprobation bruyantes du côté ACP.
Côte d'Ivoire/Madagascar - deux poids deux mesures ? Plus apprécié dans son intervention sur la démocratie, l'ancien commissaire a jugé « important aussi de respecter les règles du jeu, les résultats des élections que l'on a soi-même organisées et puis toutes leurs conséquences de consolidation institutionnelle et démocratique ». Cela vaut bien sûr pour la Côte d'Ivoire, mais Louis Michel pensait aussi à Madagascar: « J'attends encore toujours que la communauté internationale mette une pression maximale sur ceux qui ont pris le pouvoir par un coup d'État », a-t-il dit, étonné d'avoir vu Andry Rajoelina à la table de Ban Ki-moon et du commissaire au Développement Andris Piebalgs à la quatrième conférence de l'ONU sur les PMA, la semaine dernière à Istanbul. « Ce n'est pas acceptable ». Plus généralement, le coprésident UE a plaidé pour « la démocratie fonctionnelle et une économie qui fonctionne au bénéfice des populations ». Il s'est fait aussi, une nouvelle fois, le chantre de l'appui budgétaire direct aux gouvernements des pays ACP mais s'est dit « très inquiet de la remise en cause actuelle de cet instrument ». (A.N.)