Strasbourg, 07/04/2011 (Agence Europe) - Le rejet en plénière, par 264 voix pour, 300 voix contre et 61 abstentions, mercredi 6 avril, du projet de résolution commune aux groupes PPE, S&D, ADLE, Verts/ALE et GUE/NGL, sur les leçons de l'accident nucléaire à la centrale de Fukushima Daichi, consécutif au tremblement de terre et au tsunami qui ont dévasté le Japon le 11 mars, confirme la profonde division au Parlement européen, aussi bien entre les groupes politiques qu'en leur sein, sur le rôle à réserver à l'avenir à l'énergie atomique.
En dépit d'un accord unanime sur la nécessité de conduire des tests de résistance (stress tests) des 143 réacteurs implantés dans l'UE et des installations futures à une série de menaces (risques sismiques, inondations, raz de marée…), et de les étendre aux réacteurs en activité ou futurs des pays tiers voisins, avec toutefois quelques nuances sur les questions relatives à l'indépendance des parties qui conduiront ces tests, le Parlement européen n'est pas parvenu à s'accorder sur les leçons à tirer de l'accident nucléaire au Japon pour la sûreté nucléaire en Europe. Les groupes des sociaux-démocrates (S&D) et des Verts/ALE en particulier se sont opposés au texte final après le rejet de l'amendement proposé par la Suédoise Marita Ulvskog (S&D) invitant les États membres à « préparer des stratégies envisageables pour une sortie du nucléaire à moyen ou à long terme ».
À l'issue des votes, les groupes se sont rejeté la responsabilité de l'échec du Parlement à trouver une position commune, sur une question si sensible.
« Nous regrettons la tournure démagogique prise par le débat sur le nucléaire. Profitant de l'émoi suscité à juste titre, dans l'opinion publique européenne, par la catastrophe survenue au Japon, les verts se sont engouffrés dans la brèche pour lancer un réquisitoire contre le nucléaire », déplorent, dans les rangs du PPE, les Français Gaston Franco, Jean-Pierre Audy, Françoise Grossetête et Philippe Juvin. « Aveuglés par leur jusqu'au-boutisme, ils ont pris en otage le débat sur la sûreté et l'ont détourné de ses vrais enjeux, empêchant ainsi le Parlement européen de prendre une position commune forte », ajoutent-ils.
Du côté du groupe libéral (ADLE), le Belge Guy Verhofstadt jette le blâme sur « les deux positions extrêmes », « ceux qui veulent que rien ne se produise et ceux qui veulent que les centrales nucléaires ferment immédiatement ». « Il est absolument scandaleux que le Parlement n'ait pas de position sur la sûreté nucléaire. Au vu des informations que nous avons sur la sûreté de certaines centrales en Europe et dans les pays voisins, ceux qui ont voté contre la résolution portent une lourde responsabilité », ajoute la Suédoise Lena Ek.
Chez les verts, le Luxembourgeois Claude Turmes impute pourtant la responsabilité de l'échec à Lena Ek, coordinatrice du groupe libéral sur ce dossier, laissant entendre qu'elle ne pouvait pas appeler son groupe à voter en faveur de l'amendement proposé par le S&D, étant membre du parti pro-nucléaire au pouvoir en Suède. L'écologiste français Yannick Jadot dénonce pour sa part une « hypocrisie toujours de mise ». « La résolution n'abordait que du bout des lèvres les questions importantes de sûreté nucléaire, et manquait l'opportunité de s'inscrire dans une volonté de sortie progressive du nucléaire. C'est pourquoi nous nous sommes opposés au texte. Comme de plus en plus de nos pairs, nous croyons que la sortie progressive du nucléaire s'impose en France et en Europe. Parce que le risque est trop important », explique-t-il. (E.H.)