Bruxelles, 07/04/2011 (Agence Europe) - Le gouvernement portugais en affaires courantes a envoyé officiellement, jeudi 7 avril, une demande d'aide financière internationale. La veille au soir, il avait reconnu qu'une telle aide était inévitable après avoir combattu pendant des mois contre cette éventualité. Des questions se posent sur la capacité des autorités portugaises actuelles à négocier un paquet de mesures d'austérité qui constitueront la contrepartie d'une aide pouvant osciller entre 60 à 90 milliards d'euros.
« Le gouvernement portugais a informé la Commission européenne de son intention de formaliser une demande d'assistance financière conformément à ce qui a été divulgué par une déclaration officielle du Premier ministre. Je peux ajouter que le gouvernement va formaliser aujourd'hui par écrit cette demande », a déclaré Pedro Silva Pereira le ministre de la Présidence du Portugal. Confronté à des échéances financières importantes d'ici l'été, le pays subit des taux d'intérêt presque prohibitifs pour refinancer sa dette souveraine et les principales banques portugaises, dont les notations avaient été récemment rabaissées, étaient devenues réfractaires à une exposition accrue aux bons du trésor nationaux (EUROPE n°10353 et 10350).
L'intention des institutions européennes est d'aller aussi vite que possible pour soulager financièrement cet État membre, le troisième de la zone euro à souscrire une aide après la Grèce et l'Irlande en 2010. Créés en 2010, plusieurs mécanismes sont opérationnels: le Mécanisme communautaire EFSM doté de 60 milliards d'euros et la Facilité EFSF intergouvernementale capable de lever jusqu'à 250 milliards d'euros. S'ajoute à ces instruments une assistance du Fonds monétaire international. La demande officiellement adressée à la Commission sera examinée par l'Eurogroupe et le Conseil ÉCOFIN ce vendredi près de Budapest où ministres des Finances et banquiers centraux de l'UE se réunissent de manière informelle, en présence d'un haut responsable du FMI. Le ministre hongrois pour la Politique financière András Kármán a promis que la Présidence hongroise accorderait « tout le temps nécessaire » aux discussions sur le Portugal.
Si les ministres des Finances considèrent qu'une assistance s'avère nécessaire pour sauvegarder la stabilité de l'Eurozone, ils jugeront la requête recevable et dépêcheront une mission sur place composée de représentants de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI. Cette mission sera chargée d'évaluer les besoins financiers du Portugal. Comme toute aide financière internationale est soumise à une stricte conditionnalité, elle envisagera avec les autorités portugaises le contour du programme d'ajustement économique qui sera appliqué dans les années à venir en contrepartie de l'aide. Ces travaux peuvent aller vite dans la mesure où une mission s'était déjà rendue à Lisbonne il y a quelques semaines pour aider à la mise au point du quatrième train de mesures d'austérité dont le rejet au parlement national avait provoqué la chute du gouvernement. D'après M. Kármán, ce dernier paquet de mesures constitue « une bonne base pour un programme » d'ajustement économique. Au final, il appartiendra aux États membres d'approuver définitivement le montant de l'aide financière et les conditions assorties à cette aide.
Fin mars, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker avait jugé appropriée une enveloppe de 75 milliards d'euros pour le Portugal. Le journal portugais Diario Economico fixe un plafond de 90 milliards d'euros. Le taux d'intérêt qui sera fixé aux prêts octroyés sera déterminé lors des levées de fonds.
Des questions se posent sur la capacité actuelle du gouvernement portugais à négocier la contrepartie à l'aide financière, une situation qui rend le cas portugais original par rapport aux cas hellènes et irlandais. « Nous assumons que, lorsque les autorités portugaises engageront des négociations, elles auront les compétences pour le faire », a déclaré le porte-parole du commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn. Difficile de dire, à ce stade, quelles seront ces autorités. Le gouvernement en affaires courantes disposant de l'appui formel de l'opposition, ou le gouvernement sorti des urnes lors des élections législatives du 5 juin ? À la tête de l'opposition, le parti social-démocrate (PSD) soutient la demande d'aide formulée par le gouvernement socialiste de José Sócrates, et il souscrit aux objectifs de réduction du déficit budgétaire fixés (4,6% en 2011 et 3% en 2013). En Hongrie, les ministres européens des Finances devront peut-être faire preuve d'imagination quant à la formule de l'aide si celle-ci devait être immédiate.
« Nous avons encouragé les autorités portugaises à demander un soutien », a déclaré jeudi M. Trichet à l'issue de réunion de la BCE (voir autre nouvelle). La ministre espagnole des Finances Elena Salgado a estimé que son pays ne courait « aucun risque » de contagion suite à la demande d'aide portugaise. La veille, M. Rehn a qualifié de « responsable » la décision du gouvernement portugais pour le salut de la stabilité économique du pays et en Europe. Le président de la Commission José Manuel Durão Barroso a garanti que la demande d'aide portugaise serait traitée « aussi vite que possible » selon les règles applicables et il a réaffirmé sa confiance dans la capacité du pays - qu'il a lui-même dirigé - à « surmonter les difficultés présentes avec la solidarité de ses partenaires ». (M.B.)