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Bulletin Quotidien Europe N° 10351
Sommaire Publication complète Par article 39 / 40
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 909

*** FRANCE GUWY, PAUL BUEKENHOUT (sous la dir. de): Frontières Grenzen Borders. Passa Porta (46 rue Antoine Dansaert, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2260454 - Courriel: info@passaporta.be - Internet: http://www.passaporta.be ). Collection « Passa Porta Magazine », n° 0. 2011, 132 p., 10 €. ISBN 978-90-8141002-1.

Dans le jargon propre aux éditeurs et journalistes, un « numéro zéro » sert à tester et valider un concept éditorial. En clair, il permet de discerner en interne les ultimes réglages qui s'imposent avant d'affronter le public et son verdict. Dans ce cas-ci, le test est de nature un tant soit peu différente, ce pour plusieurs raisons. D'abord, la maison éditrice n'est pas un éditeur comme les autres. Avant tout, Passa Porta est le nom de la maison bruxelloise des littératures et, littéralement, une invitation à passer le seuil enfin d'aller à la rencontre de l'Autre. Culturellement, bien entendu, mais politiquement aussi - et même surtout. L'association se veut une « ouverture sur le monde » et entend œuvrer à ce que les frontières entre les langues et les cultures soient, en Belgique et en Europe, transgressées. Dans cet esprit, ce périodique - dont les promoteurs avouent d'emblée que « le rythme de publication sera probablement épisodique » - a été pensé comme un instrument au service de l'intelligence et de la tolérance, non point comme un simple projet commercial. Intégralement publié en trois langues, à savoir le français, le néerlandais et l'anglais (le seul regret que l'on pourrait éventuellement émettre est que la troisième langue officielle belge, l'allemand, n'y trouve pas sa place…), il ne pouvait voir le jour sans subventions publiques. À ce titre, l'Union européenne a également dégagé quelques moyens financiers, Passa Porta participant avec des organisations similaires d'Allemagne, d'Espagne, de Grande-Bretagne, de Norvège et de Suède au projet Shahrazad qui « ambitionne (…) de faire entrer clandestinement des récits du monde extérieur, tout en nourrissant depuis l'intérieur le débat sur l'Europe ». Toujours dans cet esprit, ce ne sont pas des salariés mais des bénévoles qui s'expriment dans ces colonnes, des écrivains, artistes et autres intellectuels qui ont jugé utile de consacrer un peu de leur temps à ce combat contre toutes les crispations identitaires et le retour des nationalismes bornés.

Il va de soi que ce magazine très réussi sur le plan graphique aussi ravira d'abord celles et ceux qui ont développé une fibre culturelle. Que l'écrivain et poète francophone belge Caroline Lamarche écrive, dans la lettre qu'elle adresse à son homologue néerlandophone Bart Moeyaert, que « la mémoire d'un adulte qui n'est plus très jeune (…) est comme un tissu mité, que l'air et l'oubli traversent » ou que Luc Tuymans, au détour d'un entretien, explique qu'il peint « comme un autre ferait du vélo » laissera certains de marbre, d'autres pas. Tous, par contre, seront intéressés par la question des langues. Or, parce que Passa Porta ne se résigne pas « au manque de communication entre la Belgique francophone et la Belgique néerlandophone », ce thème est très largement abordé dans ces pages. Au plan belge lorsque, à l'écrivain francophone Patrick Rogiers qui s'insurge car « aucun peuple n'a de frontière à dresser contre lui-même », le poète et essayiste flamand Geert van Istendael rétorque qu'il se fiche bien que les Flamands ou les Wallons parlent l'anglais dans vingt ans ou le chinois dans cinquante pourvu que quelqu'un veuille bien traduire ses poèmes. Le propos se fait plus vaste et acerbe lorsque, à la lumière de l'expérience de l'ex-Yougoslavie et, en particulier, du Kosovo, le philosophe et essayiste Daniel Salvatore Schiffer s'insurge: « Si l'on accepte qu'une région se détache d'un pays sur une base de majorité ethnique, alors dans quelques années on acceptera que Bruxelles se détache de la Belgique pace qu'elle sera majoritairement musulmane et que le maire de Bruxelles ou de Paris pourrait être musulman ». Pour sa part, le sociologue néerlandais Abram de Swaan brocarde allègrement la Commission européenne qui, « malgré ses pieuses protestations en faveur du multilinguisme et contre l'hégémonie de l'anglais (…) est le premier promoteur de l'anglais sur le continent », là où sa ligne de conduite devrait être: « Utilisez la langue nationale, à moins que… ».

Déjà sommaire pour ce qui est des langues, cette recension ne rend nullement compte des contributions consacrées, elles, à la problématique des frontières autres que linguistiques. Ce thème est notamment traité par le géographe et diplomate Michel Foucher, qui soutient la thèse paradoxale d'un « retour des frontières » dans la phase actuelle de la mondialisation, et par Régis Debray - pour qui « l'inconsistance de l'Union européenne tient pour beaucoup à l'incapacité de déclarer où elle commence et où elle finit », tant il est vrai que « qui ignore son dedans n'assume pas son dehors ». En guise de conclusion et pour mieux appâter encore, mentionnons seulement cet extrait de la lettre que le journaliste et publiciste Dejan Anastasijevic adresse à la « chère princesse Europe », lui confiant qu'après avoir visité par effraction un Berlaymont où il n'était pas accepté parce que « les gardiens ne daignaient pas croire que nous étions parents », il n'y trouva « que des bureaux climatisés » et sut ainsi… qu'elle ne pourrait « jamais vivre dans un endroit si froid et si vide ». Michel Theys

*** STEFANIE VAVTI: « Wir haben alles in uns… ». Identifikationen in der Sprachenvielfalt / Beispiele aus Südkärnten (Österreich) und dem Kanaltal (Italien). Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009, 194 p., 32,50 €. ISBN 978-3-631-58750-8.

Dans l'Europe des Vingt-sept qui est actuellement la nôtre, il existe encore de petits groupes de population de langue autochtone. C'est le cas notamment des habitants de la Kanaltal, en Italie, qui parlent le slovène et l'allemand, ainsi que de la population slovène du Südkärnten, en Autriche. À la fin de la Première Guerre mondiale, avec la chute de l'empire austro-hongrois et la création de nouvelles frontières, ces populations sont devenues des minorités ethniques au sein de grands États. Depuis lors, ces groupes sont soumis à un important processus d'assimilation qui les menace jusque dans leur existence. Chercheuse et appartenant elle-même à la minorité slovène du Kärnten, Stefanie Vavti a, pour ce livre, été à la rencontre de ces populations. Sa recherche tourne essentiellement autour de l'identité culturelle ou linguistique ainsi que de l'assimilation ethnique. Qui sont ces gens ? Comment se perçoivent-ils au sein d'un environnement multilingue et multiethnique ? À qui s'identifient-ils ? En quoi cela influe-t-il sur leur vie quotidienne ? Dans cet ouvrage construit sous forme de biographies et d'histoires de vie, les réponses sortent directement de la bouche de ces Européens pas comme les autres. On y découvre, par exemple, Zdravko, un Autrichien qui a dû cacher son identité slovène pendant la Seconde Guerre mondiale, ou Antonia, une Italienne germanophone mariée à un Italien parlant le slovène, et dont les paroles ont inspiré le titre de l'ouvrage. Dans un monde de plus en plus empreint de globalisation et dans le contexte particulier de l'Union européenne, cette recherche repose les questions fondamentales d'identité, d'assimilation et d'ethnicité. (VG)

*** ANNEMARIE PROFANTER (sous la dir. de): Kulturen in Dialog / Culture in Dialogo / Cultures in Dialogue. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Interkultureller Dialog », n° 1. 2010, 176 p., 29,70 €. ISBN 978-3-631-59374-5.

Bien que louable, la tâche à laquelle se sont attelés Annemarie Profanter et ses complices était extrêmement complexe: faire la promotion, dans un même ouvrage, du multiculturalisme et de l'interdisciplinarité relevait du défi intellectuel le plus ardu. Pour contourner l'obstacle, les auteurs ont donné la priorité au premier sujet en l'abordant surtout par le biais de la science politique. L'ouvrage est composé de huit chapitres et porte entre autres, dans un premier temps, sur des thèmes horizontaux tels que le débat relatif à l'éventuelle adhésion de la Turquie à l'Union, les libertés démocratiques, la question du pouvoir, le tourisme ou encore la géopolitique post-11 septembre. La seconde partie du livre se concentre sur des questions plus locales, deux contributions étant notamment consacrées aux questions interculturelles dans le Sud-Tyrol, une troisième analysant ce même thème dans le contexte des hôpitaux. (JD)

*** MARCI DI RUZZA, FRANCESCO SORDINI, LORENZO TRAPASSI: Il diritto delle minoranze nella nuova Europa. I principi del trattato di Lisboa ed i loro riflessi sul modello dell'autonomia altoatesina. Rubbettino Editore (10 viale Rosario Rubbettino, I-88049 Soveria Mannelli. Tél.: (39-968) 66104-1 - fax: 662035 - Courriel: info@rubbettino.it - Internet: http://www.rubbettino.it ). 2010, 12 €. ISBN 978-88-498-2916-7.

Le Traité de Lisbonne a reconnu pour la première fois le principe du respect et de la protection des minorités parmi les valeurs fondamentales de l'Union. Dans cet ouvrage, trois jeunes diplomates italiens se demandent quelles pourraient être les implications de cette dernière évolution européenne pour des accords de protection des minorités préexistants, en particulier l'Accord De Gasperi-Gruber qui est à la base du modèle d'autonomie de la région Alto Adige/Südtirol. Ils posent aussi la question de savoir si Lisbonne ne rend pas définitivement obsolète la « fonction de protection » des minoritaires linguistiques de la région que revendiquent encore certains milieux politiques autrichiens. (MT)

*** DAVID VAN REYBROUCK, PETER VERMEERSCH (sous la dir. de): La Constitution européenne en vers. Passa Porta (voir coordonnées supra). Collection « Cahier Passa Porta », n° 1. 2010, 104 p.. ISBN 978-90-8141-001-4.

Pour les militants transculturels de Passa Porta, cette Constitution européenne « poétique » est bien plus que « la réinterprétation frivole d'un fiasco politique ». Ils ont raison, mille fois raison: il s'agit d'une œuvre pleinement européenne, un long poème où s'expriment les sensibilités, les ressentis de l'Europe comprise dans sa diversité. Et même du monde à travers certains qui y ont trouvé asile. Au départ, les membres du Collectif de poètes bruxellois (qui a également été très actif dans l'ouvrage qui fait la tête de cette Bibliothèque) ont écrit une première ébauche de constitution, « avec beaucoup de blancs et d'articles inachevés » - on parlerait, dans un autre milieu, de brakets… Elle a été envoyée à d'autres poètes d'Europe, certains couronnés de prix littéraires, d'autres « traumatisés », en leur demandant s'ils voulaient y ajouter ou modifier quelques vers, proposer un nouvel article. Beaucoup le voulaient: ce recueil de poésie est l'écho de cinquante voix « résonnant de tous les coins de l'Europe », dans toute leur diversité elles aussi: frison, galicien, romani ont eu voix au chapitre, au même titre d'ailleurs que les sonorités du perse, du berbère, de l'arabe et du turc emmenées par certains exilés lettrés. Comme ce premier poème véritablement européen a été publié en français, en anglais et en néerlandais, inutile de préciser que ce recueil est aussi un hommage à l'art de la traduction. Remarquable ! (MT)

*** SAMUEL SALZBORN (sous la dir. de): Politische Kultur. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Politische Kulturforschung », n° 1. 2009, 232 p., 27,90 €. ISBN 978-3-631-58019-6.

Les tensions nées, sur la scène des relations internationales, des différences entre les cultures politiques des différents acteurs offrent un champ d'étude des plus intéressants, quand bien même il est souvent négligé par les milieux académiques. Certaines organisations internationales ou supranationales sont des exemples quotidiens des difficultés pouvant naître de ces différences nationales, et parfois même régionales. À cet égard, l'Union européenne et ses institutions offrent une vitrine exceptionnelle à l'étude de ce sujet. C'est que la politique ne se pratique pas de la même manière dans les pays, même ceux où la démocratie prévaut. La pratique démocratique, la culture du consensus et d'autres éléments sous-jacents à ce système peuvent se révéler fort différents d'un pays à l'autre. Ces différences sont souvent ancrées très profondément dans le système politique national, celui-ci étant l'héritier de l'histoire du pays, de sa culture et de la psychologie de ses dirigeants. Cet ouvrage dirigé par un politologue de l'Université de Gieâen prend en compte tous ces aspects. Néanmoins, avant d'explorer les racines historiques, sociologiques et psychologiques de la culture politique, Samuel Salzborn commence par poser les fondements théoriques de la discipline. Le reste de l'ouvrage est composé d'articles de politique comparée dans lesquels différents contributeurs allemands étudient l'une ou l'autre retombée des différences de cultures dans les relations internationales. Bien entendu, la question européenne n'est pas oubliée, alors qu'une autre analyse porte sur les différences en matière de communication politique et leurs conséquences dans les relations internationales. À noter encore que Christine Kulke (Université de Berlin) s'intéresse, elle, à l'égalité des sexes dans la culture politique, avec les conséquences et les défis qui y sont attachés. (JD)

*** JAN RUBES: Prague et la Tchéquie de A à Z. André Versaille éditeur (7 rue d'Alost, B-1000
Bruxelles. Tél.: (32-2) 2133705 - Courriel: information@andreversailleediteur.com - Internet: http://www.andreversailleediteur.com ). Collection « Les Abécédaires du voyageur ». 2011, 238 p., 14,90 €. ISBN 978-2-87495-119-0.

Ce guide sur Prague et la République tchèque est un modèle du genre. Pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il n'est pas qu'un guide touristique: professeur de littératures à l'Université libre de Bruxelles, Jan Rubes y invite le lecteur à vivre les réalités historiques et actuelles de ce pays. En somme, il est moins question de visiter que de comprendre un pays qui n'est pas abordé comme un musée mais bien comme un être vivant en permanence. Son auteur y offre un témoignage identique à celui rapporté par « un prince de Ligne qui se disait Bruxellois à Vienne et Viennois à Bruxelles ». Il est, de la sorte, une invitation à la rencontre vraie, point à la visite touristique stérile. Ensuite, et dans le même esprit, ce guide n'est pas un guide, mais un compagnon qui, à partir de plusieurs centaines d'entrées, conduit à faire sentir plus qu'à découvrir la culture du pays (du Baroque à Dvorak, de Kafka à Vaclav Havel), à contextualiser les faits marquants de son histoire (des accords de Munich à la scission du pays d'avant, la Tchécoslovaquie), à décrire et dépeindre son identité et ses communautés humaines, ainsi que ses lieux et multiples richesses touristiques, à faire revivre ses personnalités historiques, à résumer de manière vivante et fiable l'état de ses relations extérieures, de sa vie quotidienne autant que de sa vie politique, économique et sociale. Une invitation à la rencontre ! (MT)

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