login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10348
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Europe doit faire face à ses graves difficultés financières et budgétaires

Un dossier dont on n'ose pas avouer les conséquences. Actuellement, c'est l'Europe qui est pauvre. On le sait, mais on n'ose pas en parler ouvertement, ou du moins on n'ose pas en avouer les conséquences. L'UE traverse de sérieuses difficultés budgétaires en tant qu'ensemble, et presque tous ses États membres sont obligés de limiter leurs dépenses. Le budget communautaire est soumis à un régime d'austérité (explicitement requis depuis plusieurs mois par cinq gouvernements) et la plupart des États membres doivent faire face à des déficits budgétaires qui les obligent à supprimer certaines dépenses de manière parfois radicale. L'abondance de ressources et les réserves monétaires somptueuses sont ailleurs. Et pourtant, c'est toujours à l'Europe qu'on fait appel, c'est à elle qu'on demande de multiplier les financements et même de faire face à des dépenses qui en toute logique devraient être assumées par d'autres. Combien de pays de l'UE sont-ils en train de sacrifier des domaines d'action dont notamment, malgré les protestations, le domaine culturel ou l'enseignement? On voit les sursauts que suscitent les programmes d'austérité, les réactions des secteurs touchés. Il ne faut pas oublier que, pour tout pays, les premières obligations sont celles à l'égard de ses citoyens ; et l'UE en tant qu'ensemble doit sauvegarder les politiques communes.

Pour des dépenses externes justifiées et efficaces. Il reste évident, dans le contexte indiqué, que l'Europe et ses États membres doivent faire face à leurs engagements externes ; mais en veillant à ce qu'ils soient justifiés et efficaces. Justifiés dans leur principe et efficaces dans leurs résultats. Voici quelques cas controversés.

Les pays africains associés se sont en pratique dégagés, à juste titre, de toute obligation à l'égard de l'Europe et ils sont aujourd'hui entièrement libres de leurs choix économiques et politiques. La tentative européenne d'établir de nouvelles relations commerciales conformes aux règles du GATT a largement échoué. Les faits sont là: plusieurs pays africains ont multiplié leurs liens notamment avec la Chine, que ce soit pour l'exploitation de leurs richesses naturelles ou pour leurs achats de marchandises, et ils considèrent n'avoir aucun compte à rendre à l'Europe. Il arrive que des scandales éclatent indiquant que les financements de l'UE ne sont pas correctement utilisés ou que des chefs des pays bénéficiaires s'en approprient pour leur usage personnel ; mais l'UE n'a pas de facultés de contrôle. C'est une question complexe, car il est normal que des pays souverains soient jaloux de leur indépendance ; il reste à évaluer jusqu'à quel point les obligations de l'autre côté, c'est-à-dire l'UE, demeurent inchangées, qu'elles soient financières ou commerciales.

À mon avis, le nouveau régime commercial a été mal conçu et mal négocié, et l'UE a ses responsabilités. Afin de respecter les règles du GATT, les « préférences » de l'UE en faveur des produits des pays associés ont été en principe supprimées, en vue d'être remplacées par des « accords de partenariat » entre l'UE et les différentes régions d'Afrique. Mais les Africains ont constaté qu'ils n'étaient pas outillés pour faire face à la concurrence de l'Europe et des pays tiers. À chaque occasion, les deux parties s'échangent des accusations prouvant que le système ne peut pas fonctionner ; l'agriculture africaine traditionnelle est ruinée, certaines organisations non gouvernementales (ONG) sont vivement contestées, à juste titre d'ailleurs. Mais si l'UE n'a aucun droit de regard et si elle a été massivement remplacée sur les marchés africains, pourquoi doit-elle continuer à respecter des engagements à l'égard de pays qui souvent ne lui reconnaissent aucun rôle, sinon celui de les subventionner ? Cette remarque ne couvre pas, c'est évident, les interventions humanitaires face à certains drames, domaine où l'UE continue à être le donateur le plus généreux.

Autre situation anormale: des pays arabes grands producteurs de pétrole font de plus en plus leurs emplettes en Europe, en achetant des palais, des hôtels, des œuvres d'art, des équipes de football. Pourquoi l'Europe doit-elle être seule à prendre à sa charge l'essentiel du coût de l'Autorité palestinienne, y compris les rémunérations et les retraites du personnel ? Il est vrai qu'en même temps certains pays tiers de premier plan donnent l'impression de comprendre la réalité financière de l'Europe: la Chine achète des bons du Trésor grecs, le Brésil a annoncé qu'il en fera autant avec des bons du Trésor portugais.

Dépenses indispensables et justifiées. Les remarques qui précèdent sont d'autant plus justifiées que l'UE fait face au coût incontrôlable de l'avalanche des réfugiés qui débarquent sur ses côtes. Ce sont des dépenses croissantes que l'Europe accepte quel qu'en soit le poids. Mais les dimensions de l'île de Lampedusa sont celles que la nature a faites, les installations grecques sont étroites et limitées et - pour reprendre une phrase célèbre - l'Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Elle s'organise et ce n'est pas dans ce domaine qu'elle fera des économies. Mais ailleurs, c'est inévitable. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES