Bruxelles, 28/03/2011 (Agence Europe) - Sans surprise, la réponse globale du Conseil européen à la crise de la dette souveraine divise la droite, qui salue les décisions prises, et la gauche hostile aux politiques d'austérité (EUROPE n°10345).
« Notre groupe parlementaire milite depuis le début de la crise financière pour des mesures de convergence budgétaire, fiscale et sociale. Nous y sommes ! », se félicitent le Français Joseph Daul et la Néerlandaise Corien Wortmann-Kool au nom du groupe PPE du Parlement européen. Ils saluent comme une « une bonne nouvelle pour la croissance et pour l'emploi en Europe » l'adoption du Pacte pour l'euro. Concernant au premier chef l'Eurozone, ce pacte vise à faire converger certaines politiques nationales (emploi, salaires, retraites) afin que les États membres gagnent en compétitivité. Six pays hors zone euro (Bulgarie, Danemark, Lettonie, Lituanie, Pologne et Roumanie) y adhèrent.
Le 'Pacte pour l'euro +' laisse sceptique les libéraux. « J'ai de sérieux doutes sur la capacité du 'Pacte pour l'euro +' à atteindre l'objectif (de stabilité financière) dans la mesure où l'expérience passée a montré que les gouvernements nationaux sont incapables de s'auto-discipliner », estime le président du groupe ADLE au PE le Belge Guy Verhofstadt, d'avis que la Commission européenne doit conserver un rôle leader en matière de gouvernance économique. Pour le Suédois Carl Haglund, le Pacte constitue « une couche supplémentaire dans la gamme de plus en plus complexe d'instruments » disponibles. La Française Sylvie Goulard voit quand même d'un bon œil que la gouvernance économique inclue le secteur bancaire et le marché intérieur. Tous demandent que la méthode communautaire redevienne le moteur des initiatives lancées.
Les sociaux-démocrates européens ne l'entendent pas de cette oreille. Dénonçant « les perpétuelles erreurs de gestion des conservateurs », le président du Parti socialiste européen Poul Nyrup Rasmussen critique le sommet qui n'a fait aucune référence à l'« investissement ». « Comment les Européens, qui veulent avant tout entendre parler de création d'emplois, pourront-ils prendre ces conclusions au sérieux ? », s'interroge-t-il, en qualifiant de « Charte pour l'Austérité » les mesures adoptées. Pour l'ancien Premier ministre danois, la création mi-2013 du Mécanisme européen de stabilité (ESM) pour garantir la stabilité de la zone euro est certes « un début » mais aussi une « opportunité manquée », les Vingt-sept refusant que l'ESM puisse racheter des titres de dette souveraine à des créanciers en détenant déjà. Et de réclamer une initiative visant à mettre en place une taxation sur les transactions financières dans l'UE.
Le vert français Pascal Canfin critique le Pacte pour l'euro qui comporte « 90% de mesures néolibérales et 10% de mesures progressistes ». S'il pointe « à juste titre » l'évolution des salaires et de la productivité, le pacte oublie le cas de figure où, comme en « Allemagne », « les salaires augmentent moins vite que la productivité, ce qui permet (à ce pays) de gagner des parts de marché au détriment de ses partenaires européens », ajoute-t-il. Selon lui, poser la question de l'endettement privé est « essentiel » car ce phénomène a fait augmenter la dette publique en Espagne et en Irlande. Mais l'endettement privé ne fera l'objet que d'un « suivi » alors que le frein à la dette publique sera gravé dans le marbre des législations nationales, critique-t-il. Favorable à la récente proposition législative visant à harmoniser l'assiette de l'impôt des sociétés (EUROPE n°10338), M. Canfin regrette quand même le caractère optionnel des futures règles européennes. (M.B.)