Bruxelles, 17/03/2011 (Agence Europe) - En prédisant jeudi que certains réacteurs nucléaires dans l'UE ne répondront pas aux plus hautes normes communautaires de sécurité, Günther Oettinger a provoqué une polémique avec la France, dont le ministre de l'Énergie Eric Besson s'est dit « choqué » par les déclarations du commissaire, qu'il rencontrera le 21 mars lors d'une réunion spéciale du Conseil Énergie. Le commissaire à l'Énergie accumule les jugements catastrophistes depuis le début de la crise nucléaire au Japon.
Probablement très ému par la menace nucléaire au Japon, Günther Oettinger n'en finit plus d'aligner les maladresses cette semaine. À l'issue d'une réunion de coordination avec les États membres, les autorités nationales de sûreté et l'industrie, qui ont marqué un accord de principe en faveur de tests de résistance (stress tests) des 143 réacteurs en activité dans l'UE à différents risques allant des risques sismiques aux attentats terroristes en passant par les raz-de-marée, les inondations et les pannes géantes d'électricité (black-out), le commissaire à l'Énergie a surpris son monde mardi, en qualifiant d'« apocalypse » l'incident majeur qui, depuis le tsunami du vendredi 11 mars, frappe la centrale de Fukushima 1 au Japon. Devant une commission du Parlement européen mercredi, M. Oettinger se montre très alarmiste, se disant « très préoccupé » par la situation au Japon, parlant de « véritable catastrophe » et affirmant que l'installation touchée au Japon « n'est plus maîtrisée, on ne la contrôle plus ». En outre, la veille, le commissaire semble faire fi du devoir de réserve de l'exécutif européen sur la question du bouquet énergétique, en appelant à « étudier la question de savoir si l'UE peut couvrir ses besoins énergétiques sans le nucléaire dans un futur prévisible ». Or, par respect du principe de subsidiarité, qui laisse aux États membres le choix souverain du bouquet énergétique, et donc celui de recourir ou non à l'atome, la Commission européenne fait généralement preuve de la plus grande réserve sur le dossier nucléaire, le chef de l'exécutif européen José Manuel Barroso ayant même défendu jusqu'ici une position « agnostique » sur cette question.
Dans un entretien qui devait être diffusé jeudi dans le journal de la chaîne franco-allemande Arte, M. Oettinger a de nouveau mis les pieds dans le plat, en prédisant que certains réacteurs dans l'UE ne répondront pas aux tests de résistance qui devront être réalisés d'ici la fin de l'année sur la base de critères communs à définir. « Je pense que le test de résistance que nous voulons mener sur tous les réacteurs nucléaires montrera qu'ils ne satisfont pas tous aux plus hautes normes de sécurité », déclare-t-il, rappelant qu'en Allemagne, les autorités viennent de décider d'arrêter pour un trimestre sept réacteurs. Les tests de résistance montreront que « l'un ou l'autre des 143 réacteurs (dans l'UE) aura du mal à satisfaire aux plus hautes normes », sans citer d'installations en particulier. Ses propos ont toutefois fait bondir le ministre français de l'Énergie Eric Besson, qui s'est aussitôt dit « surpris et choqué par les déclarations du commissaire qui sont de nature à inquiéter nos concitoyens et à jeter le discrédit sur une industrie ». « Affirmer sans preuves que certains réacteurs ne passeront pas les tests de sécurité, au moment où l'on prétend les organiser est pour le moins surprenant », a-t-il ajouté. La France compte le plus grand parc nucléaire d'Europe, avec 58 réacteurs en exploitation, générant plus de 75% de l'électricité du pays. M. Oettinger aura l'occasion de s'expliquer lundi, lors du Conseil Énergie spécial dédié à la crise nippone, et qui doit se pencher sur l'organisation des fameux tests de résistance. (E.H.)