Strasbourg, 10/03/2011 (Agence Europe) - Comme prévu, le Parlement européen, réuni en plénière à Strasbourg, a appelé l'UE, jeudi 10 mars, à s'engager, à l'image de la France (voir autre nouvelle), vers une reconnaissance officielle de l'entité politique d'opposition au chef du régime libyen Mouammar Kadhafi, le Conseil national de transition (CNT) installé à Benghazi et dirigé par l'ancien ministre libyen de la Justice, Mustafa Abdel Jalil. Dans une résolution commune aux groupes PPE, S&D, ADLE, Verts/ALE et ECR, adoptée à une écrasante majorité (584 voix pour, 18 voix contre et 18 abstentions), les députés européens exhortent la Haute représentante de l'UE Catherine Ashton à « établir des relations avec le CNT » pour « démarrer le processus » de leur reconnaissance officielle par les Vingt-sept.
Condamnant avec « la plus grande fermeté » les violations flagrantes et systématiques des droits de l'Homme en Libye perpétrées par les forces, milices et mercenaires de la Jamahiriya libyenne, et appelant son chef, le colonel Kadhafi, à abandonner immédiatement le pouvoir, le Parlement appelle aussi les États membres de l'UE à « se tenir prêts » pour un mandat de l'ONU permettant, en coordination avec la Ligue arabe et l'Union africaine, d'instaurer une zone d'exclusion aérienne (no-fly zone) dans le ciel libyen, pour empêcher les avions de chasse de l'armée de Kadhafi de bombarder la population ou de viser les migrants fuyant la violence croissante. Les députés appellent aussi à une action européenne coordonnée pour geler la totalité des avoirs libyens et les biens détenus par la famille de Kadhafi et ses acolytes connus, en Europe ou dans des institutions financières européennes opérant dans des paradis fiscaux. Est par ailleurs saluée la décision du Conseil, le 28 février, d'interdire la fourniture à la Libye d'armements et de munitions.
Préoccupé par la crise humanitaire croissante qui a forcé plus de 200 000 migrants à fuir la Libye, dont bon nombre sont bloqués à la frontière entre la Libye et la Tunisie, ou immobilisés dans des camps de réfugiés en Tunisie, Égypte et au Niger, le Parlement appelle le Conseil, la Commission européenne et la Haute représentante à mettre à disposition toutes les ressources financières et humaines nécessaires à l'appui d'une solide opération humanitaire internationale. En outre, il presse l'UE et ses États membres de fournir des moyens de transport aériens et maritimes pour aider au rapatriement ou à la réinstallation des migrants, des demandeurs d'asile et des réfugiés en provenance de Libye, en phase avec l'appel conjoint lancé par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). La Commission est appelée à veiller à ce que toutes les mesures nécessaires, y compris des ressources financières, humaines et techniques adéquates, soient en place pour que l'UE puisse réagir de manière appropriée en cas de mouvement migratoire massif, conformément à l'article 80 du Traité sur le fonctionnement de l'UE. À la demande des députés italiens et maltais, et malgré quelques réticences initiales des autres délégations nationales, la résolution applique le principe de solidarité et de partage des responsabilités en matière de contrôle des frontières, fixé par le Traité de Lisbonne.
Le Parlement salue la récente décision de l'Assemblée générale de l'ONU de suspendre la Libye du Conseil des droits de l'Homme. Notons enfin que, dans une résolution distincte sur le Conseil des droits de l'Homme, adoptée à main levée, les députés condamnent les violations flagrantes et systématiques commises en Libye, en faisant observer que certaines d'entre elles pourraient constituer des crimes contre l'humanité. (E.H.)