*** DOMINIK HANF, KLAUS MALACEK, ELISE MUIR (sous la dir. de): Langues et construction européenne. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Cahiers du Collège d'Europe », n° 10. 2010, 286 p., 35,90 €. ISBN 978-90-5201-594-1.
Ce livre rend compte d'une conférence consacrée à la problématique des langues dans la construction européenne qui avait été organisée conjointement par le Collège d'Europe - sur le campus polonais de Natolin - et l'Organisation internationale de la francophonie en novembre 2007. Beaucoup d'eau a donc coulé sous les ponts depuis, mais pas au point d'altérer l'intérêt des contributions réunies dans ce volume ni d'avoir rendu ce sujet obsolète. Un article annonçant, en une du Financial Times, que « Bruxelles » envisageait d'organiser des concours de recrutement en seule langue anglaise afin d'augmenter la présence des Britanniques au sein des services de la Commission (ce que celle-ci a démenti depuis), est venu récemment confirmer, tout au contraire, que la question des langues restait une pomme de discorde potentielle au sein des institutions européennes. D'où l'utilité de cet ouvrage qui se concentre sur la pratique institutionnelle, à la fois politique et juridique, de l'Union en matière linguistique en s'efforçant de la mettre systématiquement en perspective.
Pour le propos introductif, la plume est tenue par Stéphane Lopez, chargé de mission à l'Organisation internationale de la francophonie pour la promotion du français dans les organisations internationales. Pour ce docteur en linguistique et titulaire de plusieurs masters en didactique des langues, politique linguistique et science du langage, l'Europe communautaire s'est démarquée des organisations internationales classiques en affichant d'emblée un « volontarisme linguistique » de bon aloi pour une entreprise visant à nouer un dialogue direct avec « ses » citoyens. Le problème, c'est que l'on est contraint d'observer de plus en plus (et de plus en plus vite), au fil des années, un « affaiblissement du multilinguisme de fait » au profit d'une « langue globale, cet anglais international, souvent sommaire, baptisé bruxellish dans la capitale belge pour le distinguer de l'English normé ». Cette évolution découlerait notamment, selon Stéphane Lopez, du rythme effréné de la construction européenne et du fait que beaucoup de fonctionnaires privilégieraient désormais l'anglais pour la simple et bonne raison que cette langue est plus largement comprise que les autres (sans compter, ajoute-t-il aussi, que son niveau d'exigence est souvent perçu comme moindre alors que « le purisme des francophones (…) dissuade plus qu'il n'engage à prendre la parole en français ». Ce phénomène serait aussi « le versant communautaire des effets linguistiques de la mondialisation », où l'élargissement des échanges s'accompagne d'une augmentation des échanges asymétriques favorable aux anglophones qui détiennent la maîtrise des instruments de diffusion dans tous les domaines: sciences et Internet, médias, arts et culture, diplomatie, finance et commerce, transport international… Mais ce qui vaut pour la mondialisation peut-il valoir pour une entité politique qui se voulait, à l'origine, « le champion de la diversité linguistique et culturelle » ? L'Europe qui se veut de ses « citoyens » peut-elle céder à la « tentation monolingue » sur le plan des langues de travail et ramener ses langues officielles de vingt-trois à cinq ou six ? Pour répondre à ces questions, Stéphane Lopez commence par réfuter l'argument budgétaire car, quand bien même le chiffre qui est alloué à la traduction et à l'interprétation dépasse le milliard d'euros, « il apparaît comme ridicule (entre deux et trois euros par an) » s'il est rapporté au nombre de citoyens. Ensuite, il associe le multilinguisme à la démocratie, sans pleinement convaincre puisqu'il omet de signaler qu'il incombe moins aux fonctionnaires européens qu'aux responsables politiques nationaux de parler de l'Europe telle qu'elle se construit à leurs concitoyens. Donc dans leur langue. Il est plus convaincant quand il associe multilinguisme et diversité de pensée, tant il est vrai que « chaque langue constitue (…) le reflet d'une lecture particulière du monde ». Ce qui l'amène à ce constat tout à la fois pertinent et savoureux: « Le paradoxe est grand (…) de tendre vers l'exclusive d'une Construction européenne qui se fait dans un dérivé de la langue de l'État le moins favorable à l'intégration politique communautaire ». Lopez est convaincant aussi lorsqu'il associe monolinguisme et équité, tant il est vrai que les fonctionnaires qui n'ont pas l'anglais pour langue maternelle en sont réduits, en quelque sorte, à disputer « tous les matchs de football sur les terrains anglais ». Voilà qui manque pour le moins d'esprit sportif, l'équité réclamant, selon l'auteur, que « les anglophones natifs acceptent au moins de s'exprimer dans les enceintes communautaires et, très au-delà, internationales, dans une autre langue que la leur ». Ce qui renvoie avec un clin d'œil à l'article du FT mentionné plus haut.
En conclusion, Lopez plaide pour que l'Union « se dote d'une authentique politique linguistique interne de nature à enrayer la chute de l'usage du français et de l'allemand » comme langues de travail à la Commission. Et de stigmatiser ce qui pourrait devenir « une démarche à contresens… de l'Histoire » en ce qu'il serait à tout le moins paradoxal, « à une époque où les positions monopolistiques commerciales sont dénoncées et sévèrement sanctionnées », de « réduire le réseau linguistique à une voie/x à sens unique ». Autant d'idées qui sont étayées dans la suite de l'ouvrage où sont, entre autres, passés en revue, de manière cette fois moins flamboyante, les régimes et pratiques linguistiques des institutions, ainsi que les défis à relever en termes de traduction, codification et interprétation de textes juridiques, la dernière partie étant, elle, enfin consacrée aux « enjeux du multilinguisme dans la construction européenne ».
Michel Theys
*** ANGELES LINDE LOPEZ, RASALIA CRESPO JIMENEZ (sous la dir. de): Professional English in the European Context: The EHEA Challenge. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Linguistic Insights / Studies in Language and Communication »,
n° 109. 2010, 374 p., 60 €. ISBN 978-3-0343-0088-9.
Cet ouvrage réservé aux spécialistes (enseignants, linguistes, etc.) présente différentes facettes de l'anglais dit professionnel telles qu'elles se présentent aujourd'hui dans le paysage universitaire européen. Cet anglais professionnel a vu le jour dans les années 60, lorsqu'il est apparu que les cours traditionnels d'anglais ne répondaient plus aux demandes des étudiants et, surtout, des employeurs potentiels. L'apparition et la montée en puissance de l'anglais « à des fins spécifiques » et/ou « particulières » en a résulté dans l'Espace européen de l'enseignement supérieur. À travers les contributions savantes qu'il contient, cet ouvrage éclaire une série de questions théoriques et pratiques liées à cet idiome utilitaire, que ce soit en termes d'analyse de discours et de corpus, de technologies de l'information et de la communication, d'approches méthodologiques, etc. (PBo)
*** CHRISTINE BEAL: Les interactions quotidiennes en français et en anglais. De l'approche comparative à l'analyse des situations interculturelles. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Linguistic Insights / Studies in Language and Communication », n° 99. 2010, 424 p., 60,60 €. ISBN 978-3-0343-0027-8.
Remarquablement claire et fouillée, cette étude explore le lien entre « façons de parler » et culture à travers l'analyse des échanges ordinaires de tous les jours, en français et en anglais. De la sorte, l'auteur décrypte un certain nombre de malentendus interculturels causés par ces pratiques langagières différentes. Le premier chapitre présente le cadre théorique de la recherche, les notions-clefs de la terminologie employée. Dans les trois chapitres qui suivent, Christine Beal analyse tour à tour le système des tours de parole (à savoir prise de parole, chevauchements, interruptions…), les aspects rituels des échanges (ouvertures de conversations téléphoniques, abordage des collègues dans les demandes de renseignements, salutations et retrouvailles, conversations de politesse) et les actes de langage directifs (comment « faire agir » l'autre: requêtes instructions, conseils…). Il est à noter que la même technique est utilisée pour ces trois analyses: description et analyse d'exemples d'échanges entre Français, puis entre locuteurs de langue anglaise, le tout suivi par une analyse de malentendus interculturels (perception des Français par les anglophones et vice-versa). Le dernier chapitre voit l'auteur offrir une synthèse des traits distinctifs dégagés pour chacune des deux communautés linguistiques, ce qui lui permet de montrer leurs convergences et d'établir le lien avec les valeurs culturelles sous-jacentes. Il est à noter qu'un résumé en anglais accompagne chaque chapitre. (MT)
*** Bulletin d'information et de documentation. Juillet-décembre 2009. Service information et presse du gouvernement luxembourgeois (33 bd Roosevelt, L-2450 Luxembourg. Tél.: (352) 247-82181 - fax: 470285 - Courriel: edition@sip.etat.lu - Internet: http://www.gouvernement.lu ). 2010, 295 p..
Cette publication officielle luxembourgeoise rend compte de manière exhaustive des activités du gouvernement grand-ducal au cours du deuxième semestre 2009. Il part de la formation de la nouvelle équipe gouvernementale de Jean-Claude Juncker en juillet 2009 pour revenir sur certains événements ou discours jugés majeurs. Le tout est ponctué par une chronologie des faits intervenus. (MT)
*** CHRISTOPH DEMMKE, TIMO MOILANEN: Civil Services in the EU of 27. Reform Outcomes and the Future of the Civil Service. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2010, 285 p., 41,90 €.
ISBN 978-3-631-60466-3.
« … La qualité de vie en Europe dépend en grande partie de ceux qui travaillent pour le gouvernement et de la façon dont celui-ci fonctionne en tant que tel »… Décochée dès la troisième ligne de l'introduction de cet ouvrage, cette assertion a de quoi rebuter tous ceux qui ne jurent que par le marché. Et ceux-ci, à lire dans la foulée que les « services publics ont » même « une fonction démocratique et éthique », prendront sans doute le parti de refermer pour toujours ce livre aux relents dangereusement dogmatiques. Dommage pour eux car, en réalité, le Pr. Demmke (Institut européen d'administration publique à Maastricht, Collège d'Europe, Université de Maastricht) et Timo Moilanen, chercheur au Département d'études politiques et économiques de l'Université d'Helsinki, endossent dans ces pages l'habit du scientifique et non pas du propagandiste politique, leur but étant de comparer et d'analyser les services publics nationaux et les traits dominants des réformes qu'ils connaissent dans les vingt-sept États membres de l'Union. Les auteurs commencent par examiner les processus de réforme concernant le statut des fonctionnaires, les changements organisationnels, les politiques de recrutement et de rémunération, la décentralisation des responsabilités en matière de gestion des ressources humaines, la sécurité des emplois et, enfin, l'éthique. De la sorte, ils cherchent à voir s'il existe des différences et des similarités dans les réformes qui sont menées dans les pays de l'Union, afin de vérifier si et dans quelle mesure les fonctions publiques nationales s'écartent de conserve des structures bureaucratiques traditionnelles. Ils parviennent ainsi à des conclusions mesurées, les processus de réforme ne devant pas conduire, à leurs yeux, à des progrès et changements spectaculaires, ni à une uniformisation totale dans le cadre européen. (MT)
*** EVA PFÖSTL (sous la dir. de): Rapporti tra Unione Europea e organizzazioni internazionali. Editrice Apes (93 piazza Navona, I-00186 Roma. Tél.: (39-6) 6865904 - fax: 6878252 - Internet: http://www.editriceapes.it ). Collection « Istituto di Studi Politici 'S. Pio V' ». 2010, 251 p., 25 €.
ISBN 978-88-7233-057-9.
Aujourd'hui, l'Union européenne s'impose comme la première puissance commerciale au monde et, aussi, comme la principale donatrice d'aide au développement et humanitaire. Elle est aussi la deuxième puissance monétaire mondiale en termes de circulation et de réserves monétaires. Et pourtant, le temps n'est plus où Hegel pouvait parler de l'Europe, en 1832, comme de « la fin de l'histoire ». Ainsi que l'indique le Pr. Antonio Fiorella (Université « La Sapienza » de Rome) dans sa préface, le temps est plutôt, du côté des Vingt-sept, au « catastrophisme diffus » que suscite la prise de conscience que l'Europe a perdu sa centralité dans un environnement mondial en mutation. Pour autant, rien n'est perdu car, ainsi que les personnalités du monde académique italien mobilisées dans cet ouvrage le montrent, la projection extérieure de l'Union peut seulement se comprendre, comme le résume Eva Pföstl, à la lumière d'une « ambition normative » fondée sur des valeurs universelles telles que la paix ou la démocratie libérale. C'est à la lumière de cette particularité que les auteurs analysent les rapports noués par l'Union avec les organisations internationales, à savoir entre autres Nations Unies, Organisation mondiale du Commerce et Organisation internationale du Travail. (MT)
*** Fedechoses… pour le fédéralisme, depuis 1973. Presse fédéraliste - Maison de l'Europe (18 av. Félix Faure, F-69007 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Décembre 2010, n° 150, 32 p., 3 €. Abonnement: 20 €.
Cette livraison de Fedechoses porte le n° 150, ce qui signifie, à son rythme de diffusion trimestriel, plus de trente-sept années au service de la diffusion de l'idée fédéraliste. Trente-sept années aussi de fidélité au slogan adopté par l'Union européenne des fédéralistes lors de son congrès de Montreux de 1947, « Une Europe unie, dans un monde uni », et aux valeurs du « Fédéralisme de la Résistance » particulièrement représentés par le « Manifeste de Ventotene » et par la « Déclaration fédéraliste des Résistances européennes ». Ce numéro anniversaire est très riche, comprenant notamment un Focus très riche sur la tension permanente entre Europe intergouvernementale, communautaire ou fédérale. On y trouve notamment une analyse de « la technique du fédéralisme » redevable à Michel Mouskhely, juriste strasbourgeois trop tôt disparu. Préfacée en 1952 par Henri Frenay qui rappelait notamment que, « dans l'histoire, les Confédérations ont sombré toujours dans l'impuissance, la discorde ou la guerre », sa plaquette fera prochainement l'objet d'une utile réédition chez Presse fédéraliste. À noter aussi une « Lettre ouverte aux membres du Parlement européen » que l'UEF-France consacre à la nécessaire suppression du droit de veto, Bernard Barthalay commentant, pour sa part, un sondage qui montre que « 55% des jeunes Français veulent des États-Unis d'Europe ». (MT)