Bruxelles, 07/03/2011 (Agence Europe) - Les ministres de l'Emploi et des Affaires sociales de l'UE ont tenu, lundi 7 mars à Bruxelles, un débat politique structuré et ciblé sur les objectifs d'emploi et d'inclusion sociale. Mots clé de ce débat: la compétitivité, avec ses corollaires, l'organisation des négociations salariales, l'avenir des retraites, les politiques de l'emploi. Évaluer l'impact social des grandes politiques de dépenses est au cœur des revendications des ministres « sociaux et d'emploi ».
Le Conseil EPSCO a adopté: (1) le rapport conjoint sur l'emploi, avec une réserve parlementaire du Royaume-Uni qui s'est abstenu; (2) les conclusions dudit rapport qui comportent des messages à communiquer au Sommet européen: l'assainissement budgétaire devrait aller de pair avec un retour à la croissance et une augmentation de l'emploi ; en dépit des contraintes budgétaires, il faudrait garantir et renforcer le rôle des systèmes de protection sociale afin de protéger ceux qui en ont le plus besoin ; les États membres doivent fixer des objectifs ambitieux pour l'emploi et promouvoir l'inclusion sociale. Chypre et la Suède se sont abstenus lors du vote ; (3) les conclusions sur la plateforme européenne contre la pauvreté et l'exclusion sociale, ainsi que l'avis du Comité de la Protection sociale (CPS) qui insiste sur le rôle qu'il entend jouer dans la mise en œuvre des actions envisagées dans le cadre de la plateforme et sur sa contribution dans différents domaines (inclusion active, retraites, soins de santé, services sociaux, pauvreté infantile, inclusion sociale des groupes à risque) ; (4) les messages du rapport sur la dimension sociale de la stratégie UE 2020. Le président en exercice du Conseil, Sandor Czomba, a également informé les ministres des préparatifs du Sommet social tripartite du 24 mars 2011, où seront discutées, avec les partenaires sociaux européens, des perspectives de croissance et de création d'emplois à l'heure de la consolidation budgétaire.
À l'appel du ministre d'État hongrois à l'Emploi, Sandor Czomba, ses homologues devront tenir compte de ce qui a été dit sur le pacte de compétitivité, mais aussi respecter le délai de la mi-avril pour présenter leurs programmes de réforme nationaux. C'est un préalable indispensable pour que la réunion du Conseil EPSCO du 14 juin puisse boucler ce premier semestre avec succès, raison pour laquelle la date du Conseil EPSCO a été postposée d'une semaine, a indiqué Sandor Czomba aux ministres. Compétitivité, justice sociale et emploi doivent aller de pair, a affirmé Laszlo Andor. Le commissaire à l'Emploi, aux Affaires sociales et à l'Inclusion a également souligné que, pour réussir, le Conseil EPSCO devra être « plus percutant, faire entendre sa voix, les politiques de l'emploi et les politiques économiques doivent être combinées ».
Points essentiels du débat. Les cadres fiscaux sont essentiels pour une croissance saine. Il faut donc créer la stabilité macroéconomique, viser la consolidation budgétaire, améliorer la compétitivité des entreprises. Les réformes structurelles sont également importantes pour la croissance et la création d'emplois. Pour les ministres, un des grands défis à plus long terme consiste à exploiter au maximum le potentiel du marché du travail. Le préalable principal en est que « le travail doit être attirant pour les gens », les systèmes de prestations sociales doivent être bien conçus de façon à ce qu'ils encouragent les personnes à revenir sur le marché de l'emploi, les amènent à chercher et à demander de l'emploi. Il faut aussi recourir à des mesures sociales , par exemple une formation et des services de mise à l'emploi de qualité, penser aux plus défavorisés en les aidant à combler leur retard: c'est le cas des jeunes et des travailleurs plus âgés. Nous avons également besoin de systèmes de retraite « qui récompensent une présence active sur le marché de l'emploi ». Importante aussi est une réforme des systèmes fiscaux et des systèmes d'allocations: il faut « inciter au travail, stimuler la création d'emplois », trouver le bon équilibre entre flexibilité et sécurité sur le marché de l'emploi et penser à la durabilité des systèmes sociaux que l'on met en place. Renforcer la gouvernance économique est utile. Les États membres doivent donc remettre leurs programmes de réforme nationaux le plus vite possible, et pour cela la contribution des partenaires sociaux est indispensable.
La politique des salaires est un sujet brûlant, sensible tant pour l'UE que pour les États membres. À l'avenir, des analyses complémentaires seront utiles pour bien voir comment l'évolution salariale à moyen terme peut intégrer l'évolution de la productivité et contribuer au renforcement de la compétitivité, et voir comment on peut utiliser cet outil pour prévenir les déséquilibres macro-économiques. Les différentes formations du Conseil devront renforcer leur coopération, et plus particulièrement les Conseils EPSCO et ECO/FIN.
La Belgique a souligné l'importance du Conseil EPSCO pour les Sommets européens de printemps, où il délivrera les grandes orientations en matière d'emploi, et de juin où il s'agira des orientations politiques. En matière de gouvernance, la Belgique estime qu'il faut renforcer le rôle des partenaires sociaux européens et les rencontrer aussi avant le Sommet de juin. « Réduire le coût des salaires, lutter contre la fraude, renforcer la dimension sociale en matière de lutte contre la pauvreté infantile, avoir une politique des retraites soutenable et adéquate demande une vision plus équilibrée », a affirmé Joëlle Milquet, vice-première ministre belge. « Il est impensable que les décisions d'avenir qui concernent les systèmes de retraites, l'organisation des négociations salariales et les politiques d'emplois ne soient plus suivies par les ministres des Affaires sociales », s'est exclamé le ministre français Xavier Bertrand pour qui on pourrait envisager que certaines mesures du Pacte soient déclinées au niveau national dans le cadre de discussions avec les partenaires sociaux. Citant également la lutte contre les fraudes, les abus et le travail clandestin, Xavier Bertrand a noté que des mesures pourraient être envisagées pour lutter contre les « entreprises boîte aux lettres » (celles qui prennent un siège fictif dans un autre État membre de l'UE pour contourner ses obligations nationales). Pour l'Italie, nous devons miser sur la stabilité en travaillant sur la durabilité à moyen et long terme des systèmes de protection sociale. Pour le Royaume-Uni, les emplois doivent être meilleurs que les prestations sociales. Il faut que les citoyens soient attirés par l'emploi, a enchaîné la Finlande, « et là intervient le paramètre salarial qui ne doit pas être oublié. Dans ce cadre, les États membres doivent se fixer des objectifs ambitieux en matière de flexicurité ». Pour Chypre, la question des salaires est liée à plusieurs indicateurs au niveau de l'UE (et pas un seul): le PIB, le prix et le niveau de vie. Pour cette raison, Chypre s'abstiendra lors du vote. L'Autriche s'est dite convaincue que la compétitivité est tout à fait compatible avec le respect des normes sociales. À propos de l'effort d'assainissement des finances publiques, la Pologne a estimé important d'évaluer les effets des programmes des politiques actives de marchés de l'emploi, d'insister sur le rôle des politiques sociales qui créent des opportunités, des emplois et qui ne se limitent pas à gommer les disparités. Pour sortir de la crise, il faut des réformes structurelles. Pour créer de l'emploi, il faut améliorer l'environnement des entreprises, créer des adéquations entre les compétences et les prévisions du marché, des systèmes de protection sociale efficaces et garantir leur viabilité à long terme et veiller à un meilleur équilibre coûts/prix, a enchaîné l'Estonie. Pour la Slovaquie, créer des emplois de qualité est une bonne base pour une reprise économique, la création d'emplois et la sortie de pauvreté. « La meilleure chose, c'est de rendre le travail rémunérateur, c'est-à-dire que le retour au travail doit être plus intéressant que les prestations de chômage ». Le Portugal a demandé de ne pas oublier que les partenaires sociaux, par le biais des conventions collectives, sont les principaux responsables de la fixation des salaires, ce qui ne se fait pas au niveau de l'UE. (G.B.)