Ardu mais possible. Il est encore ardu le chemin qui reste à parcourir pour que l'UE dispose à la fin mars des instruments définitifs de la gestion future de l'euro: les divergences sont encore considérables. Chaque État membre et chaque force politique défend ses positions, convaincu qu'elles sont les plus sages ; et il est logique, tactique oblige, que les positions de principe se durcissent lorsque le moment des décisions approche, chacun visant à obtenir le maximum. Mais je ne crois pas qu'il faille dramatiser ces divergences et en déduire des prévisions trop négatives ; j'estime plus sage de rester raisonnablement optimiste et d'avoir confiance dans les résultats du Conseil européen de la zone euro, en fin de semaine, et ensuite de la session décisive du Conseil européen au complet, à la fin du mois. Comment s'étonner si la recherche de compromis n'aboutit pas entre les ambassadeurs ? Ce n'est même pas au niveau des ministres des Finances que les décisions seront prises ; seuls les chefs d'État et de gouvernement pourront y parvenir.
Le PE défend ses pouvoirs. Les mises en garde du Parlement européen sont tout aussi logiques. Il réclame le respect de ses compétences, en soulignant que les textes en discussion couvrent l'essentiel du paquet Gouvernance économique, un domaine où le PE est colégislateur. Presque tous les groupes politiques ont souscrit une déclaration commune en ce sens. Ceci ne signifie pas, c'est évident, que le moment venu ils seront alignés sur les mêmes positions. Guy Verhofstadt a même déjà décrit en détail son projet alternatif, en rejetant les formules, à son avis, intergouvernementales pour réclamer des orientations fondées sur la méthode communautaire et sur les pouvoirs de la Commission européenne (son projet est résumé dans notre bulletin n° 10329).
Les partis européens veulent être entendus. Les partis politiques européens sont tout aussi explicites. Je le souligne car j'ai l'impression que les opinions publiques ne saisissent pas toujours (dans la mesure très limitée où elles s'intéressent à ces détails) la différence entre les groupes politiques du PE et les partis européens. Le Sommet du Parti Populaire Européen (PPE) qui s'est déroulé à Helsinki à la fin de la semaine dernière, réunissait notamment les présidents du Conseil européen, de la Commission européenne et du Parlement, plus la chancelière allemande ! Faut-il s'étonner si M. Barroso et M. Van Rompuy ont accueilli avec une certaine sympathie le document qu'ils avaient signé ensemble et transmis au Conseil européen (voir EUROPE/Documents N° 2547 joint à notre bulletin n° 10327). Ils avaient innové en présentant un projet commun en vue du Sommet de la zone euro de vendredi ; ils sont conscients qu'il ne restera pas tel quel, ni dans cette réunion, ni dans le Conseil européen qui suivra ; mais ils n'allaient quand même pas le mettre en cause eux-mêmes…
Le Sommet du Parti Populaire Européen a adopté un document en cinq points qui, sans surprises, couvre la nécessité d'une stratégie globale, garantissant la stabilité financière (capacité d'emprunt de 500 milliards d'euros), la croissance économique, la relance de l'emploi et le Pacte pour la compétitivité.
Socialistes divisés ? Dans la conférence de presse finale du parti PPE, son président Wilfried Martens a lancé un appel aux socialistes à ne pas reprendre, dans le cadre institutionnel communautaire, la position populiste que le Parti Socialiste Européen (PSE) avait adoptée le jour avant à Athènes. Le président de ce parti, Poul Nyrup Rasmussen, avait synthétisé cette position dans un communiqué s'appuyant sur une étude d'où il résulte que le Pacte de stabilité préparé par le duo Merkel/ Sarkozy détruirait 600.000 emplois et limiterait durement la croissance, alors que le projet du PSE doublerait (ou presque) la croissance et créerait dans l'UE 8 millions d'emplois d'ici 2015 (voir notre bulletin n° 10329).
À première vue, les positions des deux partis sont tellement éloignées qu'elles ne laissent pas beaucoup de chances à un accord global. Mais il ne faut pas oublier que la participation à la zone euro, quoi qu'en disent à première vue les textes, n'est pas obligatoire. Ce n'est pas un lien imposé de l'extérieur ; le pays qui estimerait préférable de ne pas être lié par ses règles est libre de ne pas y participer, ou d'en sortir. Mais qui veut en faire partie sait à quoi librement il s'engage ; il ne peut pas ignorer ce que signifient la gouvernance économique européenne et les disciplines qu'elle implique, bien au-delà d'une coordination et de l'échange réciproque des projets du budget national de l'année suivante. D'Athènes à Madrid, même les gouvernements socialistes des pays de la zone euro le savent, et acceptent de s'y engager. (F.R.)