Bruxelles, 07/03/2011 (Agence Europe) - Réunis séparément ce week-end afin de préparer le Sommet de l'Eurozone du vendredi 11 mars, les leaders européens conservateurs et socialistes n'ont pas écarté la possibilité que les modalités des aides financières internationales accordées à l'Irlande et à la Grèce soient renégociées (EUROPE n°10329). D'éventuels changements impliqueraient nécessairement des contreparties, par exemple en matière de convergence des politiques économiques et budgétaires.
Dans la déclaration qu'elle a adoptée vendredi 4 mars à Helsinki, la famille du Parti populaire européen (PPE), qui gouverne la majorité des pays de l'UE dont la France et l'Allemagne, s'engage à promouvoir « une réévaluation périodique de l'assistance internationale et européenne, qui pourra conduire à des modifications éventuelles des programmes d'aide en place ». Elle reconnaît aussi que « les mesures prises dans le cadre des programmes de consolidation nécessite des ajustements au niveau national ». Les discussions vont bon train sur la modification de critères tels que les taux d'intérêt fixés pour les prêts accordés, une requête répétée avec insistance par le gouvernement bientôt en place à Dublin, ou la durée de maturité des emprunts. Des conditions allégées associées à une aide financière internationale pourraient contribuer à convaincre le Portugal, pays de la zone euro considéré comme le plus susceptible de faire appel à une aide.
Le PPE est néanmoins d'avis qu'une renégociation des aides doit s'accompagner du respect de « critères » (« benchmarks ») fixés de manière conjointe, de nouvelles mesures pouvant dès lors s'avérer nécessaires pour atteindre les objectifs fixés. Quant à la mise sur pied du 'Pacte pour la compétitivité', exigé par l'Allemagne et la France, il estime que « les pays de la zone euro soient prêts à soumettre à évaluation toutes les mesures prises, y compris celles faisant partie des compétences nationales ». À la Commission européenne de faire des propositions dans les domaines qui relèvent de sa compétence. Une façon d'atténuer les fortes critiques envers le caractère intergouvernemental du pacte.
Réunis à Athènes à l'invitation du Premier ministre socialiste George Papandréou, les sociaux-démocrates européens prennent sans détour la défense de l'Irlande et de la Grèce. « L'objectif du soutien financier de l'Eurozone aux pays sinistrés doit consister à stimuler la reprise économique. À ce titre, les paquets d'aide financière déjà accordés doivent être renégociés, les taux d'intérêt diminués et la période accordée pour rembourser les emprunts allongée », déclarent-ils dans leur communiqué. Accusant les conservateurs de vouloir imposer un agenda néolibéral uniquement guidé par l'austérité, ils affirment que la stimulation de la compétitivité économique ne passe pas obligatoirement par des coupes dans les salaires et les prestations sociales. Ils plaident pour une stratégie d'investissement dans les dépenses d'avenir et les infrastructures qui serait financée par une taxation sur les transactions financières et l'émission d'euro-obligations. Et d'annoncer une prochaine campagne d'information pour la définition de minima sociaux communs et la préservation des systèmes de sécurité sociale.
Le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn s'est prononcé clairement en faveur d'une renégociation des aides financières internationales accordés à l'Irlande (67,5 milliards d'euros) et à la Grèce (110 milliards d'euros). « Je crains que nous en demandions trop à ces deux pays avec des conditions de crédits trop strictes », a-t-il déclaré au quotidien allemand Handelsblatt paru lundi. D'après lui, la durée de remboursement des emprunts grecs devrait être étendue à sept années. Lundi, Athènes a jugé « complètement injustifiée » la nouvelle dégradation de sa notation par l'agence Moody's.
Donnant-donnant. Avant d'accepter d'élever leur niveau de solidarité, l'Allemagne et la France demandent aux pays de la zone euro en difficulté de s'engager à effectuer des efforts supplémentaires. Disposant d'une marge de manœuvre limitée en raison d'une situation politique intérieure difficile, la chancelière allemande Angela Merkel devrait adopter une position ferme lors des négociations portant sur une réponse exhaustive à la crise de la dette souveraine. Il est inutile d'accorder un répit si les conditions pour l'obtenir ne sont pas plus strictes pour les pays qui en font la demande, a-t-elle déclaré à Helsinki.
Présent lors du pré-sommet du PPE, le futur Premier ministre irlandais Enda Kenny a plaidé la cause de son pays. « Nous voulons des ajustements. Notre requête globale, c'est de réduire les coûts de l'aide », a-t-il déclaré. Le parti qu'il dirige, le Fine Gael, et le Labour ont scellé ce week-end un accord gouvernemental qui s'inscrit dans la lignée du programme d'ajustement économique négocié par les précédentes autorités irlandaises. Les coupes budgétaires et les hausses d'impôts évaluées à six milliards pour 2011 sont maintenues et seront poursuivies par des économies de trois milliards en 2012. 25 000 départs volontaires sur trois ans sont prévus dans la fonction publique. La Commission a accueilli avec satisfaction, lundi 7 mars, « l'engagement ferme du gouvernement entrant » de respecter le rythme de consolidation budgétaire menant à un déficit public inférieur à 3% du PIB national d'ici 2015. (M.B.)