Bruxelles, 24/02/2011 (Agence Europe) - Quelle solidarité les États membres sont-ils prêts à mettre en œuvre pour aider l'Italie, qui, après avoir recueilli plus de 5 000 immigrants tunisiens en quelques jours, s'inquiète aujourd'hui des conséquences des événements libyens ? Cette question, le ministre italien de l'Intérieur, Roberto Maroni, est venu la poser jeudi 24 février à ses homologues, déposant par ailleurs sur la table plusieurs demandes concrètes, comme un fonds de solidarité européen pour aider les pays du Sud à gérer les arrivées de migrants et les demandes d'asile et, surtout, un partage du fardeau, en termes d'asile et d'immigration. Mais il n'a pas tout à fait reçu l'écho escompté, la plupart des États membres ayant souhaité jeudi en rester au renforcement de l'agence Frontex, et de ses missions, et se baser d'abord sur les fonds européens déjà disponibles avant de créer un nouveau fonds spécifique. Une réunion « en demi-teinte », a déploré M. Maroni à l'issue de la rencontre, regrettant que certains pays présents aient par ailleurs « exprimé une totale fermeture » quant à la relocation en Europe des clandestins et des demandeurs d'asile. « On nous a dit: c'est votre problème ».
Jeudi matin, M. Maroni avait pourtant dit craindre une véritable « catastrophe humanitaire » en Libye et appelé en ce sens à la solidarité des États membres, le ministre prévoyant non plus des centaines de milliers de réfugiés susceptibles de venir en Italie et dans l'UE mais « près de 1,5 million » de candidats potentiels. Ces chiffres avaient été donnés la veille par l'agence Frontex, se basant sur les estimations de l'Organisation internationale des migrants qui avait évoqué la présence actuelle de « 500 000 à 1,5 million de migrants irréguliers » en Libye.
Ils avaient cependant été nuancés par le directeur de l'agence, Ilkka Laitinen, refusant de dire si ces personnes arriveraient en Europe. Cette réserve et cette volonté de ne pas spéculer ont d'ailleurs été jeudi la ligne de conduite d'une série d'États membres, dont l'Allemagne, la Belgique, la France, le Royaume-Uni ou encore les pays scandinaves. Des pays ne partageant pas du tout le sentiment d'urgence italien et pas vraiment prêts à avancer sur le partage du « fardeau ».
Pour Thomas de Maizière, ministre de l'Intérieur allemand, « l'Allemagne a eu l'an dernier environ 40 000 demandeurs d'asile, la Suède 30 000, la Belgique 20 000 et l'Italie 7 000 ». Certes, « l'Italie fait face à un défi mais n'est en aucun cas submergée ». Pour le ministre allemand, les annonces italiennes pourraient même avoir un effet pervers: « Il n'y a pas d'afflux de réfugiés pour le moment et il ne faut pas le provoquer en en parlant ».
Du côté de la Belgique, si la situation libyenne reste en effet à surveiller, il n'existe pas non plus d'urgence et, pour Melchior Wathelet, secrétaire d'État à l'asile et aux migrations, les conditions ne sont pas encore réunies pour aller plus loin dans la solidarité. Car, de la solidarité, l'UE en a déjà témoigné en envoyant en Italie la mission Hermes de l'agence Frontex, a-t-il poursuivi, opérationnelle à ce stade jusqu'au 31 mars. Pour tous ces pays, l'urgence reste d'abord d'aider les pays principalement concernés par les événements libyens, comme la Tunisie ou l'Égypte, en les aidant à faire face à un afflux de réfugiés et en leur permettant surtout de les garder sur place. (S.P.)