Bruxelles, 02/02/2011 (Agence Europe) - Accroître l'intégrité, la transparence des marchés financiers sur les matières premières: la Commission européenne a proposé mercredi 2 février d'agir pour que la financiarisation croissante des marchés des matières premières ne porte pas préjudice à leur bon fonctionnement et pour que ces marchés restent au service de l'économie réelle.
En présentant la communication 'Relever les défis posés par les marchés des produits de base et les matières premières', Antonio Tajani, vice-président de la Commission, a dit que ce texte est important parce qu'il porte sur des questions qui « concernent très directement l'avenir de nos entreprises en Europe, leur productivité, compétitivité et capacité d'innovation ».
Michel Barnier, le commissaire au Marché intérieur, s'est dit « très heureux » que la France ait décidé de mettre ce sujet de l'opacité et de la volatilité des prix à l'ordre du jour des débats du G20 en 2011. « La Commission européenne va apporter sa contribution à ce débat ». La première raison de la volatilité des prix, ce sont « les très fortes évolutions de l'offre et de la demande », a rappelé le commissaire. L'offre diminue dans certaines régions (pour cause de catastrophes climatiques) tandis que la demande augmente, notamment sous l'effet de la démographie. « D'ici 30 ou 40 ans, il faudra doubler la production agricole alimentaire pour répondre à la demande de 9 milliards d'habitants ». Il y a aussi le rôle croissant des interactions entre marchés financiers et marchés physiques, la « financiarisation des marchés de matières premières ». Entre 2002 et 2008, le nombre de contrats financiers de produits dérivés sur les marchés des matières premières a été multiplié par trois, et le montant des transactions a été multiplié par 14 ! Et entre un quart et un tiers des investissements ou des contrats sur les produits agricoles passent par des fonds d'investissement. Sans parler de l'acquisition, dans certains pays, de dizaine de milliers d'hectares par d'autres pays ou groupes financiers. « Les produits agricoles ne sont plus simplement des denrées alimentaires, elles deviennent aussi des actifs financiers », a résumé Michel Barnier.
Parmi les mesures envisagées par ses services figurent: - la proposition de règlement sur les produits dérivés OTC (pour 'over-the-counter-market') pour réduire le risque systémique et augmenter ; - la révision (ce printemps 2011) de la directive dite 'abus de marché' pour clarifier ce que constitue un abus dans les marchés de produits et veiller à ce que tous les marchés et toutes les pratiques abusives qui peuvent se produire soient couverts par les règles européennes ; - la révision « cet été » de la directive sur les marchés d'instruments financiers (MiFID), pour plus de transparence sur les transactions et sur les prix des produits dérivés sur les matières premières, « y inclus en fixant des conditions concernant ces produits quand ils doivent être négociés sur des systèmes de négociation organisés », a précisé Michel Barnier. Il suggère la possibilité d'imposer des limites de position en cas de besoin.
Dacian Ciolos, le commissaire européen à l'Agriculture, a noté que les revenus des agriculteurs sont affectés de plus en plus, ces dernières années, par la volatilité accrue des prix. Or, une forte variation des prix n'est pas forcément bénéfique ni pour les producteurs, ni pour les consommateurs. La situation est particulièrement difficile cette année pour les éleveurs. Cette volatilité des prix « est due aussi à certaines spéculations sur les marchés des produits dérivés » (marchés financiers), a déclaré Dacian Ciolos. Il a reconnu l'existence d'un débat 'académique' sur dans quelle mesure la volatilité des prix des denrées alimentaires est influencée par les marchés financiers. Reste que « le poids de ces fonds d'investissement est tel que s'ils se mettent d'un côté de la balance, ils influencent les marchés », a ajouté le commissaire. Et M. Ciolos de relever qu'une des sources de cette volatilité se retrouve dans le manque de transparence des transactions qui ont lieu sur les marchés des produits dérivés. « Il faut se préparer à la persistance de ces phénomènes et identifier les instruments » à mettre en place. M. Ciolos a évoqué: - assurer un bon fonctionnement des marchés en renforçant la transparence dans les informations sur ces transactions et en fournissant des informations plus précises au niveau international sur la production, la demande, les stocks publics et privés ; - travailler au niveau international pour éviter des crises à répétition liées à des décisions politiques néfastes (comme des embargos à l'exportation, ou des mouvements de marché entraînés plus par des spéculations que par l'état des stocks de certains produits). Le commissaire préconise la mise en place d'une instance internationale (comme la FAO) où l'on peut échanger de l'information et discuter avant de prendre des décisions. Il suggère en outre d'améliorer l'information sur les marchés communautaires (niveaux de production, stocks, perspectives de prix) ; - renforcer l'offre de produits agricoles, notamment dans les régions déficitaires. Il faut investir dans l'agriculture pour augmenter la production et maintenir la capacité de production de l'UE.
La Commission prévoit aussi des mesures pour dynamiser l'efficacité des ressources et promouvoir le recyclage. (L.C.)