Bruxelles, 13/01/2011 (Agence Europe) - Le président de l'Université milanaise Bocconi, Mario Monti, a invité le Parlement européen à introduire un lien entre la réforme de la gouvernance économique en Europe et la mise en œuvre du marché intérieur, jeudi 13 janvier lors d'une audition publique organisée au Parlement européen. Il s'agit dans ce débat de trouver « une passerelle entre le marché intérieur et le paquet sur la gouvernance économique », a déclaré M. Monti. Selon lui, il n'est « pas normal » que le paquet législatif ne prévoie rien pour stimuler l'intégration des économies nationales à travers l'approfondissement du marché unique. À Sylvie Goulard (ADLE, française) qui lui demandait comment concrétiser ce lien dans les textes législatifs, il a évoqué l'introduction de références à des investissements prioritaires et de long terme. Il faudra aussi éviter que les États membres comptabilisent la majorité de leurs dépenses dans la rubrique 'investissements' afin de contourner les règles budgétaires européennes. Faisant référence à son rapport sur la relance du marché intérieur (EUROPE n° 10237), M. Monti n'a pas contredit Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge) qui estimait indispensable de réaliser l'intégration économique aussi à travers le volet fiscal: « Il n'est pas envisageable d'avoir une intégration économique sans certaines mesures de coordination fiscale ». Et l'ancien commissaire européen de lancer l'idée d'une réunion du Conseil européen spécialement focalisée sur la gouvernance économique.
Euro-obligations. L'émission conjointe d'euro-obligations par les pays de la zone euro ne devrait pas susciter de craintes, a estimé M. Monti notamment dans les pays attachés à la discipline budgétaire ou inquiets de voir par ce biais leurs coûts d'emprunt augmenter. Selon lui, l'analyse économique prouve qu'il est faux de dire que l'Allemagne subira une hausse de ses coûts d'emprunt. Mise en place au printemps 2010 pour venir en aide aux pays de la zone euro, la Facilité EFSF pourrait être l'agence européenne chargée d'émettre les euro-obligations. Mercredi, la Commission européenne s'est prononcée pour un accroissement de cet instrument intergouvernemental (EUROPE n°10292), de même que la Banque centrale européenne ce jeudi (voir autre nouvelle). Pour créer les « euro-bonds », il faudrait modifier l'article 125 du Traité de Lisbonne qui interdit tout sauvetage financier d'un État membre, a rétorqué Werner Langen (PPE, allemand).
Professeur à l'Université KU de Leuven, Paul de Grauwe voit dans les euro-obligations « un premier pas vers l'union politique » de l'UE. À Jean-Paul Gauzès (PPE, français) qui se demandait quel pays allait au final rembourser la dette souveraine émise en commun, il a estimé qu'une dette soutenable ne doit pas être remboursée car elle peut être refinancée à l'infini. « Le caractère insoutenable d'une dette dépend du taux d'intérêt », a-t-il ajouté: au-delà de 9%, une dette n'est plus soutenable. Le Portugal a émis mercredi des bons du Trésor à 10 ans à un taux d'intérêt proche de 7%. (M.B.)