login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10293
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le sommet « énergie » et les relations de l'UE avec les pays fournisseurs

Stratégie commune inexistante. Quel qu'en soit le résultat, la session du 4 février du Conseil européen aura quelque chose d'historique: pour la première fois, les chefs d'État ou de gouvernement consacrent une session à l'énergie. Jamais l'UE ne s'en était occupée de manière explicite au niveau le plus élevé, et on pourrait parier que certains chefs de gouvernement n'en savent pas grand-chose. D'autres s'en occupent attentivement au niveau national, mais sans concertation au niveau européen ; on constate tout au plus des coordinations à deux ou à trois sur l'un ou l'autre dossier, mais le plus souvent les initiatives sont nationales, chaque pays suivant sa stratégie. Je me réfère surtout à l'aspect le plus politiquement délicat: les stratégies d'approvisionnement et les relations avec les pays tiers fournisseurs. Pour d'autres aspects importants, l'action européenne existe: progrès vers le marché unique, efficacité énergétique, infrastructures coordonnées, économies d'énergie, énergies alternatives. Le lecteur peut se référer à la vue d'ensemble publiée il y a deux jours (bulletin n° 10290). Mais ni la présidence hongroise du Conseil « Énergie » ni le président de la Commission européenne n'ont insisté sur l'aspect le plus délicat et essentiel qui est l'approvisionnement en pétrole et en gaz, impliquant les relations avec les pays tiers fournisseurs. Cet aspect a été cité en passant, pour annoncer un document prochain de la Commission ainsi que l'intention de M. Barroso de se rendre la semaine prochaine en Azerbaïdjan pour clarifier la situation concernant le projet Nabucco et le South Stream. En attendant, une coordination des positions nationales n'est pas à l'ordre du jour. Jusqu'à présent, les stratégies des pays de l'UE non seulement sont largement autonomes - chacun pour soi-, elles sont même contradictoires et parfois en concurrence, pour ne pas dire incompatibles.

Un échange de vues préliminaire ? Doit-on alors prévoir que ce Conseil européen n'en discutera pas ? Son président Herman Van Rompuy a fait comprendre que ce n'est pas le cas ; mercredi, dans sa Lectio Inauguralis de l'année académique du Collège européen de Parme, il a notamment déclaré: « Il faut sécuriser notre approvisionnement. C'est un défi qui dépasse les possibilités d'un seul pays. Ce thème sera à l'ordre du jour du Conseil européen du 4 février ». Il n'attend sûrement pas des miracles: mais il semble évident qu'il évoquera ce dossier qui n'a jamais fait l'objet de vrais débats au niveau européen. Il est d'ailleurs compréhensible que les ministres responsables de l'énergie n'en aient jamais discuté, car très souvent le sujet passait au-dessus de leurs têtes: certains chefs d'État ou de gouvernement s'en occupaient déjà à leur niveau depuis longtemps, mais … chacun de son côté. Le 4 février, ils dépasseront difficilement le stade des déclarations de principe ; mais ce serait déjà un commencement.

Attitudes nationales divergentes. Les divergences ou différences d'orientations et de positions ont pris parfois, au cours des années, des dimensions spectaculaires. L'initiative de l'Allemagne et de la Russie de construire le pipe-line North Stream sous la mer Baltique avait été considérée par la Pologne comme une initiative inamicale pour contourner son territoire, et elle avait rencontré aussi des réticences très vives dans les pays riverains de cette mer. Le South Stream a été considéré, et apparaît encore en partie, comme faisant partiellement double emploi avec le projet Nabucco, dont la France avait été en pratique exclue pour des raisons politiques. Plusieurs observateurs estiment toujours que Nabucco et South Stream sont incompatibles ou font double emploi. Les rencontres bilatérales Berlusconi/Poutine, souvent impromptues et toujours confidentielles, ont soulevé des perplexités en Italie même. Les relations de l'UE avec le Bélarus paraissent dans quelques cas plus déterminées par les perspectives énergétiques que par des choix politiques. Les orientations de certains pays européens paraissent dans quelques cas déterminées davantage par les compagnies pétrolières que par les autorités politiques. Certains accords bilatéraux sur les importations de gaz russe sont tellement favorables au pays exportateur, que certains participants du côté européen s'efforcent de les modifier par des moyens juridiques. Les célèbres documents secrets de la diplomatie américaine rendus publics indiquent la méfiance et les réserves des États-Unis à l'égard de la dépendance presque totale de certains pays de l'UE par rapport aux fournitures de gaz russe ou contrôlées par la Russie, en soulevant à Washington perplexités et méfiance.

Un commencement ? Certaines indications sur la rencontre entre Allemagne et Italie qui vient de se dérouler à Berlin parlent d'un projet visant des achats en commun de gaz par les grands pays de l'UE, en Russie et ailleurs, de façon à renforcer leur force contractuelle. On verra si c'est un projet sérieux et s'il sera évoqué au Sommet du 4 février, lui donnant poids et signification.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES