Bruxelles, 09/12/2010 (Agence Europe) - À peine l'UE et la Russie se sont-elles accordées cette semaine, après des années de discussions, pour ficeler au plan bilatéral un accord ouvrant la voie à l'adhésion russe à l'OMC, que la Géorgie menace d'y faire obstacle en usant de son droit de veto. Bruxelles, qui ne veut pas rater le coche, appelle au dialogue entre Moscou et Tbilissi. EUROPE passe en revue les travaux encore nécessaires pour finaliser l'entrée en 2011 de la dernière grande économie mondiale encore hors de l'OMC.
Au lendemain de la confirmation de l'accord bilatéral à l'OMC entre l'UE et la Russie sur l'accès au marché des biens et services, ficelé le 24 novembre, formalisé par le memorandum of understanding signé en marge du sommet UE/Russie le 7 décembre à Bruxelles et qui règle les derniers désaccords bilatéraux sur les tarifs à l'exportation de bois et les droits ferroviaires, ouvrant ainsi la voie à l'adhésion prochaine de la Russie à l'OMC, la Géorgie a jeté un pavé dans la mare, laissant entendre qu'elle pourrait s'y opposer. « La Géorgie possède un droit de veto, et la Russie n'intégrera pas l'OMC sans accord », a déclaré mercredi 8 décembre le porte-parole de son premier ministre Niko Mtchedlichvili. « [Nous sommes prêts] à mener des négociations sur ce sujet, mais notre position reste la même: avant d'entamer les négociations, il faut d'abord régler la question des postes douaniers de Psou et de Roki », a-t-il ajouté. Tbilissi pose donc comme préalable à l'adhésion russe la mise en œuvre de structures douanières communes sur un barrage de la rivière Psou en Abkhazie et le tunnel de Roki en Ossétie du Sud. Les discussions sur ce dossier sont polluées depuis le conflit russo-géorgien à l'été 2008 par des tensions politiques qui enveniment les relations entre les deux pays.
Se heurtant à des difficultés sur des questions douanières, les discussions bilatérales entre la Russie et la Géorgie constituent donc le dernier écueil à l'adhésion de la dernière grande économie mondiale encore hors de l'OMC. À ce jour, Moscou a en effet ficelé des accords bilatéraux à l'OMC sur l'accès au marché des biens et services avec pas moins de 61 pays membres, dont très récemment les États-Unis. Lors d'une réunion de travail technique le 8 décembre au siège de l'OMC à Genève, l'UE a appelé la Russie et la Géorgie à « renouer le dialogue pour résoudre les questions en suspens», selon une source proche de l'organisation. L'appel de l'UE a été soutenu par le chef du groupe de travail concerné, qui s'est dit prêt à offrir ses services en tant que médiateur. Une attitude significative de la volonté de conclure des négociations lancées en 1993, un record dans l'histoire de l'organisation.
Outre lever l'obstacle géorgien, plusieurs travaux restent à accomplir pour mettre un terme à ces longs pourparlers d'adhésion. Il s'agit d'abord de consolider les 61 accords bilatéraux passés avec des pays membres pour préparer la liste des engagements de la Russie à l'OMC. Au plan multilatéral, il s'agit aussi de régler trois dossiers en suspens: la question des subventions agricoles et des taxes à l'exportation sur le blé, les questions relatives aux mesures sanitaires et phytosanitaires et aux barrières techniques au commerce, ainsi que la question des mesures restrictives aux échanges prises par la Russie pour faire face à la crise. (E.H.)