Bruxelles, 06/12/2010 (Agence Europe) - L'Union européenne, à l'instar des Nations unies, de l'Union africaine et de la CEDEAO (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest), ne reconnaît qu'un et un seul président de la Côte d'Ivoire: Alassane Ouattara, unique vainqueur de l'élection présidentielle et le seul à avoir été proclamé comme tel par la Commission électorale indépendante. Catherine Ashton, la Haute représentante pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité de l'UE, l'a fait savoir dès vendredi 3 décembre au soir via une déclaration officielle, publiée au nom de l'Union européenne qui dénonçait la confiscation du processus démocratique dans ce pays.
José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a réaffirmé lundi 6 décembre son soutien implicite à Alassane Ouattara et sa condamnation, implicite elle aussi, de la confiscation de la victoire par le président sortant qui s'est proclamé lui aussi président après invalidation des résultats par le Conseil constitutionnel. S'exprimant à l'ouverture des journées européennes du Développement à Bruxelles, M. Barroso a déclaré: « La semaine dernière, nous avons assisté au déroulement d'un scénario que nous avons, malheureusement, vu trop souvent: l'histoire d'élections démocratiques dont les résultats n'ont pas été acceptés par ceux qui ont perdu et qui compromettent la stabilité et la paix dans leur pays. Je fais allusion à la situation en Côte d'Ivoire. Pareilles situations se sont produites de trop nombreuses fois dans le passé et elles sont l'une des principales causes de la pauvreté et de l'instabilité. Cela ne devrait pas être. Et cela n'est pas inévitable ».
L'UE prête à des sanctions. Vendredi soir, Catherine Ashton avait déclaré: « Je salue la déclaration du représentant spécial du secrétaire général, M. Choi, certifiant la qualité du processus électoral en Côte d'Ivoire, le fait que les résultats publiés par la Commission électorale indépendante sont représentatifs de la volonté des citoyens ivoiriens et déclarant M. Ouattara vainqueur des élections. Je félicite M. Ouattara pour sa victoire et appelle toutes les parties au processus électoral à respecter la volonté du peuple et à accepter les résultats du processus électoral tels qu'ils ont été certifiés par le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies. Je lance à tous un appel au calme ». Ayant pris note du fait que le Conseil de sécurité était prêt à prendre des mesures appropriées contre ceux qui font obstruction au processus de paix et en particulier au travail de la Commission électorale indépendante, la Haute représentante ajoutait: « L'Union européenne est prête à prendre ses responsabilités à cet égard ».
Ferme condamnation par l'APP. Depuis Kinshasa où ils étaient réunis en Assemblée parlementaire paritaire (APP) ACP-UE, les eurodéputés et les élus ACP ont clairement « condamné la décision du Conseil constitutionnel d'invalider les résultats provisoires publiés par la Commission électorale indépendante de Côte d'Ivoire ». Ils ont aussi « exhorté toutes parties concernées à faire preuve de la plus grande retenue après la proclamation des résultats définitifs par le Conseil constitutionnel de Côte d'Ivoire et à recourir aux voies légales pour toute réclamation ». L'Assemblée parlementaire paritaire « refuse de reconnaître les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel qu'elle considère comme contraires à la volonté exprimée par le peuple ivoirien par la voie des urnes », précisait la déclaration publiée samedi 4 décembre.
Un gouvernement illégal. Michael Gahler (PPE allemand), membre de l'APP et président de la délégation du Parlement européen responsable des relations avec le Parlement panafricain, a souligné que « si le vainqueur proclamé de l'élection présidentielle ne représente pas la volonté du peuple ivoirien, alors le nouveau gouvernement est illégal. Cela doit avoir des conséquences sur les relations entre la Côte d'Ivoire et l'Union européenne, et aussi sur les relations intra-africaines dans le cadre de l'Union africaine ». (A.N.)