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Bulletin Quotidien Europe N° 10271
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Urgence et importance du premier Sommet européen consacré à l'énergie

Chacun pour son compte. La diffusion des documents diplomatiques américains rend encore plus indispensable et politiquement délicat le premier Sommet européen consacré à l'énergie, déjà convoqué pour le début février. C'est sans doute après une réflexion approfondie et après avoir consulté les chefs d'État ou de gouvernement, qu'Herman Van Rompuy a décidé de convoquer ce Conseil européen thématique. Il est indispensable car un aspect essentiel de la politique énergétique, celui des relations avec les pays tiers, échappe totalement à l'UE. Entre les États membres, il n'y a pas coopération mais plutôt rivalité: chacun pour son compte.

La Commission européenne a obtenu quelques résultats dans l'aspect interne de la politique énergétique: création progressive du marché commun, concurrence, renforcement des infrastructures intra-européennes. Mais pour les relations avec les pays fournisseurs, chaque État membre qui en a la possibilité développe sa politique nationale, avec parfois une certaine coopération intergouvernementale, mais toujours en marge des institutions et des règles communautaires ; la Commission apprend parfois par la presse les initiatives nationales, cette rubrique l'a déjà souligné. Les documents récents de la Commission consacrés à ce secteur (notamment celui sur les besoins de l'UE en infrastructures, voir notre bulletin n° 10258) ont suscité des remous au sein du Parlement européen. Après quoi, ce sont les documents diplomatiques américains qui ont suscité des polémiques et soulevé des points d'interrogation.

Évaluations divergentes. Que cela soit clair: ces documents ne représentent pas la position américaine. Il est, à mon avis, faux d'en présenter le contenu avec la formule « voici ce que pense Washington » sur tel ou tel pays, telle ou telle personnalité, telle ou telle attitude ; c'est tout au plus l'opinion d'un ambassadeur ou d'un autre diplomate. Mais ces textes soulèvent parfois des questions fondamentales ; et c'est justement le cas à propos de l'énergie. Sans entrer dans les polémiques qui en ont résulté à propos d'un pays ou d'une personnalité spécifique, les documents américains confirment que les pays de l'UE suivent en matière d'approvisionnement énergétique leurs politiques nationales, sans se préoccuper de coopération européenne. Les accords notamment avec la Russie sont tout au plus coordonnés en partie entre quelques États membres. Dans le cas de l'accord Pologne-Russie sur le gaz, la Commission européenne est intervenue a posteriori, réclamant certaines modifications (voir par exemple notre bulletin n° 10251). Mais dans la plupart des cas, pour les autorités nationales, les règles communautaires et la solidarité sont les derniers de leurs soucis.

Le cas des liens personnels entre Vladimir Poutine et Silvio Berlusconi, qui à première vue discutent et définissent entre eux les relations énergétiques entre la Russie et l'Italie, a été le plus cité car il était, dans les documents diplomatiques américains, le plus spectaculaire. Mais la réalité est bien plus complexe et plus vaste. Tout indique que: a) les États membres, ou leurs compagnies pétrolières, ne sont pas d'accord dans l'évaluation des pipe-lines et gazoducs qui garantiront à long terme la fourniture de l'UE en gaz et en pétrole ; b) les conditions des fournitures en provenance de Russie sont trop rigides et devraient être révisées.

South Stream, Nabucco, mer Baltique: chaque projet est contesté. Le projet Nabucco a depuis longtemps un caractère européen officiel: les accords avec la Turquie existent, d'autres accords ont été souscrits avec les pays fournisseurs potentiels, inutile d'y revenir. Mais les milieux pétroliers de certains États membres continuent à estimer que Nabucco ne sera jamais concrétisé, notamment en raison de l'absence d'engagements fermes des fournisseurs potentiels.

Ce sont bien entendu les promoteurs du projet concurrent South Stream qui expriment ces doutes, ainsi que les autorités russes, compte tenu du fait que l'objectif prioritaire de Nabucco était d'éviter le transit par la Russie (et par l'Ukraine en même temps). Mais d'autres pays de l'UE contestent South Stream, qui est devenu, à leur avis, inutile depuis que l'Ukraine offre, ou semble offrir, toutes les garanties et les infrastructures appropriées pour le passage du produit russe. En même temps, la Pologne conteste le projet de gazoduc sous la mer Baltique, qui serait, selon le Premier ministre, dicté par « des critères politiques et non économiques, alors qu'un parcours terrestre par la Pologne serait plus sûr, simple et moins cher ». Le récent accord entre Russie et Pologne renforce cette position, même si la Commission a formulé un certain nombre de remarques (qui ont d'ailleurs provoqué une vive réaction de M. Poutine).

Cette rubrique n'entend pas prendre position ni trancher qui a tort et qui a raison: chacun a raison de son point de vue. L'objectif de ce résumé succinct, et sans doute incomplet, est de souligner à quel point il est indispensable que ces dossiers soient discutés sur le plan européen au niveau le plus élevé. L'UE dispose d'un mois et demi pour préparer le Sommet du début février. Cette rubrique y reviendra demain.

(F.R.)

 

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