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Bulletin Quotidien Europe N° 10261
Sommaire Publication complète Par article 37 / 38
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 892

*** BICHARA KHADER: L'Europe pour la Méditerranée. De Barcelone à Barcelone (1995-2008). Éditions L'Harmattan (5-7 rue de l'École Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ) et Academia-Bruylant (29 Grand'Place, B-1348 Louvain-la-Neuve. Internet: http://www.academia-bruylant.be ). 2009, 256 p., 24 €. ISBN 978-2-296-07417-0 (L'Harmattan) et 978-2-87209-936-8 (Academia-Bruylant).

Ce nouveau livre que Bichara Khader consacre aux relations entre l'Europe et le monde arabe ne se veut « ni un plaidoyer, ni un réquisitoire des politiques européennes à l'égard des pays de la Méditerranée », tant « le travail intellectuel ne s'accommode pas des postures tranchées, qui ne font pas dans la nuance ». Pour autant, le propos de ce professeur de science politique à l'Université catholique de Louvain où il dirige le Centre d'Études et de Recherches sur le Monde Arabe Contemporain ne manquera pas d'interpeller ceux qui ne se satisfont pas des relations bancales nouées entre les deux rives de la Méditerranée. Dans cet ouvrage, celui qui fut notamment membre du Groupe des hauts experts sur la Politique étrangère et de sécurité commune et du Groupe des sages pour le dialogue culturel en Méditerranée propose un « bilan dépassionné » mais critique - au sens où la critique se veut et se révèle ici résolument constructive - du Partenariat euro-méditerranéen dans ses différentes déclinaisons depuis 1995.

L'auteur esquisse ainsi une synthèse critique de la Politique européenne de voisinage, laquelle pèche, selon lui, par des moyens « dérisoires par rapport à l'ampleur de la tâche », par une couverture géographique trop large, par sa « méthode par trop unilatérale » et par ses principes « euro-centrés ». Afin de l'améliorer, il propose de la découper en trois initiatives différentes: une initiative paneuropéenne qui engloberait l'Union et tous les pays européens membres du Conseil de l'Europe ; une initiative entre l'Union et Israël, tant ce pays entretient une relation particulière avec les Vingt-sept et jouit d'un état de développement économique inhabituel dans la contrée ; enfin, une initiative euro-arabe qui marquerait « la prise en compte » par l'Union « de l'identité arabe et des spécificités des problèmes de cette région ». De la sorte, la finalité ne serait plus « d'étendre le marché intérieur à l'extérieur des frontières » de l'Union, mais d'aider à la promotion de l'état de droit, de la pacification régionale et de l'intégration horizontale entre les pays voisins eux-mêmes, en cherchant à les convaincre que « le modèle de l'intégration européenne peut être un réservoir d'enseignements pour la construction de leur futur ».

Dans le même esprit, Bichara Khader jette un œil à l'Union pour la Méditerranée en analysant l'idée initiale de son « géniteur », le président Sarkozy, à travers ses discours de Toulon et de Tanger, ainsi que des premières réactions à la naissance de ce « nouveau bébé » dont on ne sait pas à ce stade « s'il sera vigoureux ou rachitique ». Il ne le sait pas mais il n'est pas loin de partager le pessimisme de Ferdinando Riccardi en la matière puisqu'il propose déjà de lui substituer un « partenariat régional privilégié » entre, d'une part, les huit pays de l'Union riverains de la Méditerrané et de la Mer Adriatique, ainsi que la Turquie et la principauté de Monaco, les cinq pays de l'Union du Maghreb arabe et l'Égypte, d'autre part, la Commission et la Ligue des États arabes en étant des membres à part entière.

C'est à offrir un bilan mesuré du Processus de Barcelone que l'auteur consacre pourtant l'essentiel de ces pages, l'originalité de sa démarche étant de s'attarder sur les transformations géopolitiques, économiques et migratoires qui, depuis 1995, ont affecté de près ou de loin ce Processus. De la sorte, il s'emploie à vérifier si l'étape dans les relations mouvementées entre les deux rives de la Méditerranée qu'a constituée ce Processus a marqué, ou non, un pas dans la bonne direction. Au terme de cette analyse aussi fouillée que minutieuse, sa conviction est que, au-delà de ses retombées positives, le Processus est demeuré « insuffisant au regard des conflits tenaces qui enveniment les relations et des défis que pose l'espace méditerranéen en termes de création d'emplois, de réduction de la pauvreté, d'amélioration de l'éducation, d'ouverture culturelle et de réformes politiques et institutionnelles ». D'où, en conclusion, un appel vibrant de l'auteur à « revoir le partenariat de fond en comble », l'Union étant invitée à adopter « une attitude qui rompe avec la vision d'une Méditerranée menaçante et remette en scelle l'idée humaniste, si chère à Edgar Morin, de la Mer-Mère ».

Michel Theys

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http: //http://www.europeenformation.eu ). 2010, n° 356, 259 p., 12 €. Abonnement: 40 €.

Ce numéro de la revue fédéraliste chère à feu Alexandre Marc contient un très riche dossier consacré au Partenariat euro-méditerranéen, sous un titre clairement évocateur: « La fin d'une vision ? » C'est peu de dire, en effet, que les auteurs mobilisés dressent un tableau d'un optimisme pour le moins mesuré. En témoigne, par exemple, ce constat d'Edmund Ratka, doctorant en sciences politiques à l'Université de Munich, au terme d'une analyse qui le voit assimiler l'Union pour la Méditerranée à « une vision française de la civilisation et du leadership »: « une politique qui est basée sur un paternalisme européen vis-à-vis des pays du Sud - inhérent à la vision développée par Sarkozy - ne peut avoir un succès durable ». Et d'ajouter, assassin: « Un véritable partenariat autour de la Méditerranée semble difficilement réalisable tant que le monopole d'interprétation de ce qui pourrait être une civilisation méditerranéenne et une vision sur la région euro-méditerranéenne reste une prérogative du Nord ». Les contributions mettent notamment en lumière le fait que l'Union sacrifie désormais les incitations à la transformation démocratique sur l'autel de la sécurité et des bonnes relations avec les régimes semi-autoritaires. Dans son introduction, le politologue Dagmar Röttsches, coordinateur scientifique de ce dossier, observe aussi que, avec la Politique de voisinage, l'Union n'arrive pas à offrir une « carotte » incitant les pays partenaires à entamer des réformes internes qui soit aussi « convaincante » que la perspective, à terme, d'une adhésion.

(MT)

*** HEINZ KRAMER: Die neue Aussenpolitik-Konzeption der Türkei. Stiftung Wissenschaft und Politk, Deutsches Institut für Internationale Politik und Sicherheit (3-4 Ludwigkirchplatz, D-10719 Berlin. Tél.: (49-30) 880070 - fax: 88007100 - Courriel: swp@swp-berlin.org - Internet: http: //http://www.swp-berlin.org ). Collection « SWP - Aktuell », n° 25. 2010, 4 p..

La question de l'intégration de la Turquie au sein de l'Union reste plus que jamais controversée, en tout cas depuis l'arrivée au pouvoir du conservateur Recep Tayyip Erdogan. Son arrivée à la tête du gouvernement du pays coïncida avec d'importants changements politiques et sociétaux, notamment au niveau de la laïcité, point très important pour beaucoup de gouvernements européens. Ces changements ont aussi concerné l'Union européenne car, échaudés par les atermoiements de certaines capitales européennes concernant une adhésion de la Turquie, la politique étrangère turque a pris un tournant en optant pour la « profondeur stratégique ». En vertu de cette doctrine, la Turquie ne se voit plus comme un État-frontière de l'Europe et d'obédience occidentale. La culture turque et la religion musulmane se raffermissent à l'intérieur, tandis qu'Ankara prend un rôle plus prépondérant dans ses relations de voisinage. Il s'agirait, en somme, d'une véritable révolution identitaire pour la Turquie qui aurait cessé de s'identifier à son voisin occidental, l'Union européenne. L'auteur de cette brève étude revient sur ce changement de politique et sur ces conséquences.

(JD)

*** ESTELLE POIDEVIN: L'Union européenne et la politique étrangère. Le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune: moteur réel ou leadership par procuration (1999-2009). Éditions L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Internet: http://www.editions-harmattan.fr ). 2010, 210 p., 20 €. ISBN 978-2-296-12475-2.

Un temps journaliste à Bruxelles, Estelle Poidevin y travaille désormais pour la Commission après avoir trouvé le temps de consacrer à la décennie vécue par Javier Solana en tant que Haut représentant un mémoire dans le cadre du Master pratiques et recherches internationales de Sciences Po. Cet ouvrage en est l'aboutissement. Il la voit forger le concept de « leadership par procuration » pour rendre compte de la place à la fois essentielle et fragile du Haut représentant. Dans une première partie, elle étudie la genèse de la fonction de Haut représentant, les réticences manifestées par les États membres - certains plus que d'autres, expliquant, selon elle, « l'ambiguïté constructive » du mandat confié à l'ancien Secrétaire général de l'OTAN. Elle y évalue aussi le rôle joué par Solana dans la gestion des crises, ses marges de manœuvre, la mesure dans laquelle les innovations institutionnelles en matière de Politique européenne de sécurité et de défense ont permis, ou non, à l'Union d'avoir un impact sur le terrain. La seconde partie est précisément consacrée au « Haut représentant à l'épreuve du terrain », ce thème étant abordé à la lumière de la diplomatie traditionnelle et d'opérations de gestion de crise.

(PBo)

*** WALTER POSCH: Die Sanktionsspirale dreht sich. Stiftung Wissenschaft und Politk, Deutsches Institut für Internationale Politik und Sicherheit (voir coordonnées supra). Collection « SWP - Aktuell », n° 26. 2010, 4 p..

Depuis plusieurs années, l'Iran fait l'objet de sanctions économiques de la part de l'Union européenne en raison de ses activités nucléaires, Téhéran continuant à enrichir du plutonium malgré les Traités internationaux tandis que les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique se sont vus à plusieurs reprises interdire l'accès aux installations iraniennes, voire même à son territoire. Malgré ces sanctions, européennes et autres, l'activité d'enrichissement du plutonium en Iran continue. L'auteur de cette brève étude pose, dès lors, la question de l'efficacité de ces dernières, se demandant par conséquent s'il ne serait pas plus efficace d'utiliser la carte diplomatique. Après avoir brièvement retracé l'histoire des sanctions contre l'Iran, Walter Posch analyse les conséquences de cette politique pour les droits de l'homme en Iran et pour la sécurité énergétique de l'Union européenne. L'auteur envisage aussi la possibilité d'une guerre. Les différentes alternatives possibles pour l'Union européenne sont passées en revue dans la dernière partie.

(JD)

*** ANNEGRET BENDIEK, ANNE SCHMIDT: Ein Europaïsche Freiwilligenskorps für humanitäre Hilfe. Stiftung Wissenschaft und Politk, Deutsches Institut für Internationale Politik und Sicherheit (voir coordonnées supra). Collection « SWP - Aktuell », 445. 2010, 4 p..

Après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti au début de l'année, l'Union européenne, notamment sous l'égide de la Commission et plus précisément de la commissaire responsable Kristalina Georgieva, a mis en place une force de réaction coordonnée entre les différents services d'aide envoyés par les États membres. Cependant, il ne s'agissait pas réellement d'une aide humanitaire de l'Union, mais d'une aide des pays européens. Cette expérience a confirmé que l'établissement d'un corps européen d'aide humanitaire apporterait des avantages non négligeables, entre autres en termes d'efforts de coordination ou de vitesse de mobilisation. La commissaire compétente a d'ailleurs annoncé qu'une proposition concrète allant dans ce sens serait présentée d'ici la fin de l'année. Ce projet est au centre de cette brève étude, les deux auteurs y soupesant différentes difficultés, telles que celle de la mobilisation des moyens. Ils reviennent aussi sur le principe même de la création d'un corps d'aide humanitaire européen et sur ses alternatives. Ils envisagent l'US Peace Corps comme exemple de fonctionnement pour le projet européen.

(JD)

*** PIERRE HAZAN: La paix contre la justice ? Comment reconstruire un État avec des criminels de guerre. André Versaille Éditeur (Centre Dansaert, 7 rue d'Alost, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2133765 - Courriel: information@andreversailleediteur.com - Internet: http://www.andreversailleediteur.com ) et Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (70 rue de la Consolation, B-1030 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2418420 - fax: 2451933 - Courriel: admi@grip.org - Internet: http://www.grip.org ). Collection « L'international en jeu », n° 1. 2010, 128 p., 9,90 €. ISBN 978-2-87495-080-3.

Ancien correspondant pour « Libération » et « Le Temps », Pierre Hazan a bifurqué vers l'enseignement, animant notamment un séminaire sur la justice post-conflit à l'Institut de hautes études internationales et du développement (Genève). Ses échanges avec ses étudiants ont fort probablement alimenté la réflexion qui est à l'origine de cet ouvrage dans lequel il mesure les diverses implications de la diplomatie judiciaire née au début des années 90, quand la Bosnie était à feu et à sang. Depuis, les tribunaux pénaux internationaux se sont multipliés, ce qui a suscité autant de virulentes controverses. Au fil des pages, l'auteur examine le bien-fondé et la portée de cette diplomatie judiciaire en fonction des objectifs qu'elle s'est elle-même fixés: a-t-elle contribué à la stabilité, au retour à la paix et à la sécurité internationale, comme elle prétend ? Les réponses apportées en mesurent tout à la fois les acquis, les limites, les ambiguïtés et le potentiel créatif pour soulager les victimes et la société. L'ouvrage est divisé en deux parties. Dans la première, l'auteur examine l'émergence de nouveaux concepts (peacebuilding, paix négative et paix positive, justice pénale et justice restaurative, réconciliation) qui ont accompagné la révolution judiciaire des années 90. À travers ce prisme, il analyse la manière dont, depuis, la relation politique et juridique entre la recherche de justice et celle de la paix a été repensée. Le cadre historique et normatif ainsi posé, il analyse ensuite, dans la seconde partie, l'impact de la diplomatie judiciaire à partir d'une dizaine de situations concrètes, de l'Afghanistan (qu'il présente comme « le désastre de l'impunité ») au Liban en passant par l'Ouganda, le Soudan, le Libéria, l'Afrique du Sud (pays où il y a eu « troc de l'amnistie en échange de la vérité »), l'ex-Yougoslavie (avec « la preuve par Srebrenica ») et, enfin, le Chili. Il fait ainsi surgir les dilemmes et les problématiques que l'intrusion du judiciaire a posés et continue de poser sur les processus de paix. Voilà qui lui permet, in fine, d'avancer un premier bilan très prudent de l'action de la justice internationale dans ses rapports avec la guerre et la paix.

(MT)

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