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Bulletin Quotidien Europe N° 10261
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Enjeux véritables de la nouvelle politique agricole commune de l'UE

Dépasser les revendications sectorielles. Le danger est maintenant que le débat sur l'avenir de la politique agricole commune (PAC) soit monopolisé par les milieux directement impliqués dans les orientations exposées par la Commission européenne - ministres de l'Agriculture, organisations agricoles, commerçants-, chacun se préoccupant de défendre ses intérêts spécifiques. Ces intérêts sont, bien entendu, licites, car la production, pour exister, doit être correctement rémunérée et soumise à des règles appropriées; mais il faut éviter le risque de laisser de côté l'essentiel, qui est la signification de l'agriculture pour l'avenir de l'humanité en général et de l'Europe en particulier, seule justification de la PAC et de son renouvellement.

Tout le monde a eu sous les yeux, ces dernières semaines, quelques phrases mettant l'accent sur la notion d'une agriculture plus écologique, plus attentive au climat, etc. Ces concepts sont présents dans le texte de la Commission et ils ont été soulignés par le commissaire Dacian Ciolos ; ils ne doivent pas être considérés comme des slogans de façade. Ils doivent au contraire inspirer et déterminer les orientations de l'UE et les décisions à prendre. Si le débat se transforme en une querelle de revendications nationales ou sectorielles, l'appui et l'intérêt des opinions publiques et des forces politiques générales risquent de s'épuiser. Les forces économiques qui ne sont pas directement impliquées dans l'activité agricole et qui considèrent l'ouverture aux produits agricoles en provenance de l'extérieur comme la contrepartie de concessions que l'UE obtiendrait dans d'autres secteurs, imposeraient leurs intérêts. Si les organisations agricoles se limitent à défendre les intérêts de leurs affiliés et à formuler des revendications axées essentiellement sur le niveau des subventions et les autres garanties assurées par la PAC, elles perdront l'appui d'une large partie de l'opinion publique et d'une partie des forces politiques. L'accent doit d'abord être mis sur le caractère unique et irremplaçable de l'activité agricole, non pas dans l'intérêt d'une partie de la population mais de tous.

Signification de l'autonomie alimentaire. Si j'insiste, c'est parce qu'il est déjà arrivé, dans l'histoire de la construction européenne, que le Conseil Agriculture, avec l'appui du commissaire à l'Agriculture de l'époque, transmette au Conseil européen un bon document d'ensemble sur l'avenir de l'agriculture. Mais la vie de ce document était brève ; il était inséré par les ministres des Affaires étrangères dans le paquet, toujours bien fourni, des textes transmis à l'occasion de l'un ou l'autre Sommet aux chefs de gouvernement. Aucun d'eux ne se donnait la peine de le lire et le document terminait sa carrière dans les archives communautaires, où il est sans doute classé avec soin. Il faut que cette fois-ci il en soit autrement ; jamais les conditions n'ont été aussi favorables à la reconnaissance du rôle de l'agriculture aussi bien par les responsables politiques que par les opinions publiques. Il faut saisir l'occasion. Par exemple, l'exigence de l'autonomie alimentaire européenne n'avait jamais été admise avec autant de clarté: autrefois, elle paraissait à certains États membres, habitués à importer d'outre-mer l'essentiel de leur consommation alimentaire, une insulte à la liberté du commerce. M. Ciolos n'a pas utilisé les termes d'autonomie alimentaire, mais il a inséré, parmi les objectifs prioritaires de la PAC renouvelée, la notion de la « sécurité d'approvisionnement », évitant ainsi de donner l'impression que les importations seraient rendues malaisées ; c'est logique. L'UE n'envisage aucunement de contrôler ni de limiter les importations ; elle est de loin le premier importateur mondial de produits tropicaux et autres en provenance des pays en développement, et elle le restera.

La notion d'autonomie alimentaire signifie simplement que l'Europe doit être en mesure, en cas de nécessité, de nourrir sa population, sans être soumise à des chantages éventuels ni aux manœuvres spéculatives du grand commerce mondial des matières premières agricoles. Dans la situation internationale que l'on connaît, et face à l'expansion de la population mondiale et aux chantages possibles, l'UE en tant qu'ensemble doit prendre ses précautions: l'autonomie alimentaire est, dans le monde d'aujourd'hui, la condition incontournable de l'autonomie tout court. L'Europe respectera et elle entend même élargir les échanges ; mais dans le respect des normes de qualité, des méthodes de production et des dénominations contrôlées qu'elle-même s'impose.

La gestion du territoire. Les grands principes sont prioritaires si l'on veut que l'évolution de la PAC obtienne le soutien des opinions publiques. La signification de l'activité agricole dépasse de loin le volume des produits qui en résultent; sa fonction est en fait la gestion du territoire. Ce n'est pas seulement la sécurité alimentaire qui en dépend, mais l'équilibre naturel dans son ensemble ; cette rubrique y reviendra demain. Les règles ne sont que des instruments. Si on l'oublie, la négociation qui s'ouvre tournera mal.

(F.R.)

 

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