Bruxelles, 22/11/2010 (Agence Europe) - Alors que les discussions font rage à Paris sur les mesures à prendre pour gérer de manière plus rigoureuse la pêche au thon rouge, l'Union européenne a aussi présenté des mesures pour protéger les stocks d'espadon et de thon obèse et promouvoir l'interdiction de capturer certains requins.
Il reste cinq jours aux parties contractantes de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA) pour s'entendre sur le dossier le plus controversé, à savoir le thon rouge. Le Japon, qui absorbe 80% des thons rouges pêchés en Méditerranée, a réclamé des contrôles plus sévères pour enrayer la pêche illégale et le marché noir de cette espèce. Tokyo insiste sur la traçabilité de chaque thon rouge arrivant sur ce marché très lucratif. La délégation japonaise, emmenée par Masanori Miyahara, a proposé d'interdire dès 2011 la pêche aux flottes qui ne présenteraient pas de plan spécifique de prévention de la fraude. « Avant que la pêche ne commence, chaque pays devrait apporter la preuve de sa capacité à respecter les règles et présenter un plan spécifique en ce sens pour la saison de pêche 2011 », a suggéré M. Miyahara. Si les plans présentés s'avéraient insuffisants et n'étaient pas approuvés par le comité de contrôle de la CICTA, alors « le pays en question ne devrait pas pouvoir pêcher en 2011 ». Il a précisé que son pays avait refusé cette année, en une seule livraison, plus de 3 000 tonnes de thon rouge venant de Méditerranée, car ils ne présentaient pas les documents légaux nécessaires.
Les États-Unis préconisent une réduction des quotas de pêche du thon rouge en 2011, « vu la recommandation des scientifiques et la nécessité d'être prudent si les données scientifiques étaient incertaines », selon Jane Lubchenco qui mène les négociations pour Washington. Les États-Unis n'avancent pas de chiffres sur cette réduction des quotas préconisée. De même, la délégation américaine insiste sur davantage d'efficacité en matière de contrôle des décisions prises par la CICTA.
Pour le chef de la délégation de l'UE, Pierre Amilhat, la situation est claire: il y a actuellement « trop de bateaux et pas assez de poissons ». « Les décisions que nous devons prendre peuvent s'avérer difficiles pour les pêcheurs mais ils comprendront que ces décisions à court terme serviront leurs intérêts à long terme ».
Pour rappel, l'UE plaide en faveur d'un quota identique à celui de 2010, voire légèrement réduit. Le comité scientifique de la CICTA a dit qu'un maintien de l'actuel quota de 13 500 tonnes par an signifierait une probabilité de 60% d'arriver à une reconstitution à un niveau acceptable des stocks d'ici 2022.
La position de l'UE sur les autres espèces peut être résumée de la manière suivante:
Thon obèse. En 2009, il y a eu une baisse du TAC (total admissible de captures) de 90 000 à 85 500 tonnes en 2010. Pour 2011, l'UE défend la mise en place d'un plan de gestion avec des mesures de contrôle, y compris peut-être une période durant laquelle la pêche de ce poisson serait interdite. L'UE estime que la méthode de collecte des données n'est pas suffisante, et souhaite un renforcement de ce système.
Espadon dans les eaux de l'Atlantique du Nord. En 2009, le TAC a été réduit de 14 000 t en 2009 à 13 700 tonnes en 2010. L'UE préconiserait le maintien au niveau actuel des possibilités de pêche.
Espadon de Méditerranée. Les avis scientifiques préconisent une réduction des captures et de la mortalité par pêche des juvéniles (jeunes espadons). La Commission européenne défendra l'adoption d'un plan de gestion à partir de 2011 pour reconstituer les stocks de ce poisson. La Commission serait favorable aussi à la mise en place d'un TAC en ligne avec ce que conseillent les scientifiques, lesquels proposent le chiffre de 12 100 tonnes. Certains pays de l'UE ont critiqué cette idée de fixer un TAC, au motif notamment que cela inciterait à ouvrir la pêche à un degré beaucoup plus industriel. La Commission défend aussi des mesures techniques pour réduire l'effort de pêche: agir sur la sélectivité des palangres, fixer une taille minimale de capture et de vente (à 90 centimètres) et éventuellement étendre de deux à trois mois par an la période durant laquelle la pêche à l'espadon est interdite en Méditerranée.
Requins. L'UE compte promouvoir, pour protéger les requins, des mesures « ambitieuses » et fondées sur les rapports scientifiques. Le comité scientifique de la CICTA recommande l'interdiction de capturer les espèces de requin renard et de requin marteau. L'UE propose de suivre les avis scientifiques et de défendre une interdiction de la pêche ciblée de requin taupe dans l'Atlantique. En outre, la Commission propose des mesures pour protéger le requin mako.
Marlins. Un plan de reconstitution de cette espèce s'arrête en 2010. L'UE défend des mesures visant à s'assurer que les prises actuelles n'augmentent pas.
Tortues. D'après la Commission européenne, il faut renforcer les mesures visant à éviter les captures accessoires (bycatch) de tortues de mer. (L.C.)