*** CHRISTINE KADDOUS, MARIANNE DONY (sous la dir. de): D'Amsterdam à Lisbonne. Dix ans d'espace de liberté, de sécurité et de justice. Éditions Helbing Lichtenhahn (8 Elisabethenstrasse, CH-4051 Bâle. Tél.: (41-61) 2289070 - fax: 2289071 - Courriel: info@helbing.ch - Internet: http://www.helbing-shop.ch ), Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 2740982 - Courriel: jean@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ) et LGDJ (31 rue Falguière, F-75741 Paris). Collection « Dossiers de droit européen », n° 20. 2010, 221 p., 41 €, 58 CHF. ISBN 978-3-7190-2831-2 (Helbing Lichtenhahn) et 978-2-8027-2916-7 (Bruylant).
Cet ouvrage collectif prolonge une journée d'études organisée conjointement, en avril 2008, par le Centre d'études juridiques européennes de l'Université de Genève et l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles. Il voit des spécialistes académiques et des praticiens de haut vol mesurer très précisément le chemin qui a été parcouru par les pays membres de l'Union européenne dans le domaine de la justice et des affaires intérieures depuis le milieu des années 70 et, plus précisément, dresser un bilan détaillé de dix années de coopération dans le cadre de l'Espace de liberté, de sécurité et de justice, le tout étant jaugé à la lumière des avancées consignées dans le Traité de Lisbonne.
Inutile de préciser qu'il s'agit d'un livre scientifique rigoureux, les juristes distingués qui en signent les différentes contributions étant des experts naturellement peu enclins à brader leur réputation d'excellence. Pourtant, cet ouvrage est jouissif aussi en ce qu'il conjugue de manière savoureuse pertinence et impertinence, la liberté académique s'accommodant mal, en l'occurrence, d'un quelconque recours à la langue de bois. Ainsi, lorsqu'il s'intéresse à « la nouvelle architecture de l'espace de liberté, de sécurité et de justice », le Pr. Henri Labayle (Université de Pau) constate d'emblée que la qualification « nouvelle » tient seulement à la reprise des innovations introduites par les Conventionnels, la nouveauté ayant toutefois été « sciemment rendue illisible par ces prétendus architectes que sont les États membres ». Pour autant, cet auteur ne boude pas son plaisir: même si c'est « au prix de trompe-l'œil familiers aux urbanistes », le dernier Traité a pour mérite essentiel de signer l'arrêt de mort de piliers consacrés à la coopération intergouvernementale, lesquels n'avaient « d'autre explication rationnelle que celle du refus de l'intégration et de la méthode communautaire ». Cette approche s'est révélée incapable de répondre aux besoins de la société européenne, son seul mérite étant, glisse le Pr. Labayle de manière savoureuse, qu'il faut bien désormais « lui reconnaître une vertu pédagogique, celle de la preuve par l'échec qui conduit à accepter comme inexorables des solutions rejetées initialement ».
Le reste de cette contribution - comme du livre, d'ailleurs - se révèle, bien entendu, plus austère, l'auteur montrant de manière savante comment le « retour à l'orthodoxie » est contraint à une adaptation fonctionnelle en raison des particularités propres à cet Espace et du défi de l'efficacité que celui-ci lance à l'Union. Les coordinatrices de l'ouvrage explorent encore, dans sa première partie, le cadre normatif de cet Espace (Marianne Dony, vice-présidente de l'Institut d'études européennes de l'ULB) et sa dimension externe (Christine Kaddous, directrice du Centre d'études juridiques européennes de l'Université de Genève). La seconde partie du livre contient des évaluations des progrès accomplis pour les libertés (Pr. Jean-Yves Carlier, Université catholique de Louvain), pour la sécurité (Gilles de Kerchove, coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme) et pour la justice (Pr. Anne Weyembergh). Des contributions plus courtes offrent enfin des éclairages sur certains domaines spécifiques en matière de coopération civile, d'élargissement de l'espace Schengen, de coopération policière et de quelques aspects institutionnels liés au statut des États associés, tels que la Suisse, ce qui élève définitivement cet ouvrage au statut de balise précieuse pour s'y retrouver dans cet Espace que caractérise la complexité.
Michel Theys
*** Archives de politique criminelle. Espace public / Surveillance et répression. Éditions Pedone (13 rue Soufflot, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 43540597 - fax: 46340760 - Courriel: librairie@pedone.net - Internet: http://www.apedone.net ). Collection « Archives de politique criminelle », n° 32. 2010, 330 p., 978-2-233-00601-1.
La pénalisation accrue des comportements dans l'espace public - en l'occurrence surtout en France, mais pas seulement - a incité les responsables de cette collection (deux équipes universitaires et la Mission droit et justice du ministère français de la Justice) à consacrer ce numéro à la prévention et à la répression dans l'espace public. En cinq parties (principes et problèmes de politique criminelle, politique criminelle appliquée, politique criminelle comparée, contributions thématiques et notes bibliographiques), l'ouvrage explore, selon Christine Lazerges, « les bouleversements du contrôle social que signent la déshumanisation du droit pénal et la radicalisation des procédures de contrôle social dans une société de la peur de l'autre et de l'exacerbation voir de la perversion du principe de précaution ». Et l'auteur(e) de l'avant-propos de lancer cette interrogation: « Est-il définitivement utopique d'imaginer que les rues se transforment en chemins d'un autre devenir humain et sociétal pour reprendre la belle expression de Riccardo Petrella ? » En clair, des questions pertinentes mais politiquement incorrectes et des réponses académiques qui, pour certains, ne le seront pas moins.
(MT)
*** STEFFEN ANGENENDT, RODERICK PARKES: Blue Card - (noch) kein Erfolg ? Stiftung Wissenschaft und Politk, Deutsches Institut für Internationale Politik und Sicherheit (3-4 Ludwigkirchplatz, D-10719 Berlin. Tél.: (49-30) 880070 - fax.: 88007100 - Courriel: swp@swp-berlin.org - Internet: http: //http://www.swp-berlin.org ). Collection « SWP - Aktuell », n° 34. 2010, 4 p..
Les prévisions démographiques ne sont pas des plus optimistes pour l'Europe car elles se caractérisent principalement par une hausse de l'âge moyen, ce qui laisse augurer des problèmes importants sur le marché du travail ou encore pour le financement des retraites. La natalité européenne étant faible, les pays européens se doivent donc de recourir à l'immigration. De plus, afin de devenir une économie innovante et compétitive conforme à ce que la Stratégie de Lisbonne stipulait et à la vision reprise dans la Stratégie 2020, l'Europe a besoin de travailleurs hautement qualifiés.
Afin d'apporter une réponse à ces deux questions, l'Union européenne a imaginé de lancer une « carte bleue », pendant européen de la carte verte américaine. Cette nouvelle carte devrait garantir la liberté de circulation au sein du marché unique - et, partant, de l'Union - aux travailleurs qualifiés originaires des pays tiers. Alors que l'idée de la carte bleue a été entérinée par la Directive 2009/50/£EC, sa mise en pratique ne va pas sans poser de problèmes. Dès lors, certaines autres options pourraient être envisagées afin d'atteindre les mêmes objectifs. L'approfondissement du marché du travail européen ou encore la création d'un « marché de l'éducation » en font partie. Ces options sont discutées dans cette brève étude, Steffen Angenendt et Roderick Parkes y retraçant les différentes étapes des négociations ainsi que les problèmes liés à la souveraineté des États membres avant d'analyser les alternatives à la « carte bleue ».
(JD)
*** ERHABOR S. IDEMUDIA, KLAUS BOEHNKE: I'm an Alien in Deutschland. A Quantitative Mental Health Case Study of African Immigrants in Germany. Peter Lang (1 Mosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2010, 130 p., 21,30 €. ISBN 978-3-631-59975-4.
Chaque jour un peu plus, les journaux décrivant les épreuves endurées par les immigrants clandestins pour s'introduire en Europe n'étonnent plus personne. Ils sont même plutôt devenus la norme au vu du nombre toujours croissant d'individus qui échouent le long des côtes européennes en caressant l'espoir banal d'une vie meilleure et en croyant y trouver la corne d'abondance d'où coulent miel et lait à profusion. Le problème est qu'à leur arrivée, ce n'est pas tant du lait ou du miel qu'ils découvrent, mais bien le racisme, la prison, les difficultés diverses, l'acharnement policier, la peur de la déportation et d'autres situations de vie dramatiques. Éprouvant les pires difficultés pour trouver du travail, beaucoup de ces immigrants, souvent titulaires de diplômes universitaires, se retrouvent à laver des assiettes ou à balayer les rues, quand - pire - ils ne sont pas contraints, pour survivre, de s'engager dans la prostitution, le trafic de drogue ou le vol qualifié.
Si beaucoup d'études ont été dédiées à l'analyse empirique de ces populations, aucune à ce jour ne s'est demandé comment ces personnes vivaient et appréhendaient des situations parfois plus dures que celles qu'elles avaient connues dans leur pays d'origine. Cherchant à combler ce manque, cette étude, que l'on doit à une psychologue clinique ayant une chaire à l'Université North West en Afrique du Sud et à un professeur de méthodologie en sciences sociales à l'Université de Brême, suit des immigrants - légaux, illégaux et incarcérés - africains en Allemagne en se focalisant sur le caractère psychologique de leurs expériences. Quelles sont les conséquences psychologiques de l'adaptation à un nouveau pays ? Quels sont les résultats de la frustration et la solitude induites par le racisme ? Comment sera vécu l'inévitable clash entre les civilisations ? Ce sont autant de questions auxquelles les auteurs apportent des réponses sur la base de modèles et de tests de personnalité issus du monde académique. L'étude se limite à l'Allemagne et aborde des thèmes tels que la santé mentale, le stress acculturatif, la perception du racisme ou encore les valeurs. Au-delà des spécialistes et chercheurs en sciences sociales, cet ouvrage s'adresse à toute personne désireuse de prendre conscience de la vie véritable de ces immigrants trop souvent laissés dans l'oubli ou la caricature.
(NDu)
*** ANDREAS GESTRICH, LUTZ RAPHAEL, HERBERT UERLINGS (sous la dir. de): Stangers and Poor People. Changing Patterns of Inclusion and Exclusion in Europe and the Mediterranean World from Classical Antiquity to the Present Day. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Inklusion/Exklusion », n° 13. 2009, 615 p., 90,50 €. ISBN 978-3-631-59947-1.
Ce livre rend compte d'une série de conférences menées par le Centre de recherches collaboratives. Plus de cinquante spécialistes académiques représentant des disciplines aussi diverses que l'histoire, l'histoire de l'art, la sociologie, les sciences politiques ou la littérature ont participé à ce programme qui vise à mieux comprendre ce qui constitue la situation ou la configuration sociale du fait d'être pauvre ou étranger - et partant de l'inclusion et de l'exclusion dans les sociétés d'Europe. Est-ce uniquement la pénurie (dans le cas des pauvres) ou l'origine différente (dans le cas des étrangers) qui détermine l'inclusion ou l'exclusion dans la société ? Il apparaît qu'en plus de ces données de nature structurelle, il est nécessaire de prendre en compte la dimension sémiologique, à savoir toutes sortes d'actes - de nature administrative, politique ou morale - menant à l'inclusion ou à l'exclusion. À cet effet, les auteurs de l'ouvrage examinent les pratiques culturelles et traditions cognitives des sociétés européennes afin de comprendre la manière dont la sémantique de l'inclusion et de l'exclusion s'est d'abord construite, et ensuite disséminée dans les cultures européennes. Les auteurs partent de l'analyse des structures sociales dans l'Égypte de Ptolémée pour aboutir dans l'Allemagne d'aujourd'hui avec le retour des Allemands de l'ancienne Union soviétique et la manière dont ces derniers ont été perçus par l'Allemagne de l'Ouest. Le traitement qui leur a été réservé est lui aussi pris en compte, les contributions soulignant que le traitement et la position des pauvres et des étrangers ont toujours tenu une place centrale dans la perception que les sociétés européennes avaient d'elles-mêmes depuis l'antiquité. L'ouvrage aborde ces thèmes en examinant les droits d'appartenance et d'inclusion des étrangers dans les espaces politiques européens et, d'autre part, en passant en revue les différentes juridictions concernant les personnes pauvres et les politiques mises en place à leur égard. Il va de soi que l'ouvrage aborde aussi le thème de l'inclusion et de l'exclusion en Europe en tenant compte du rôle joué en la matière par la religion: les émotions et les modes de pensée européens ayant été, en large partie, formés par la morale chrétienne, les auteurs étudient aussi l'évolution de la charité, du moyen âge à nos jours, ses discours et les conséquences institutionnelles qui en ont découlé.
(NDu)
*** FLORENTINE MAIER: Scrap Iron and Old Stagers. Constructions of Old Age in Unemployment. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Sprache im Kontext », n° 33. 2009, 282 p., 49,30 €. ISBN 978-3-631-59288-5.
La question du chômage, et plus particulièrement de celui qui frappe les personnes âgées, est on ne peut plus d'actualité en Europe pour l'instant. À l'heure où les États s'accordent à dire que l'on doit travailler plus longtemps, un nombre croissant de personnes tombant dans la catégorie des « vieux » - comprenez les plus de cinquante ans - sont incapables de réintégrer le marché du travail. Même si l'âge exact à partir duquel une personne est considérée comme « vieille » diffère selon l'endroit, il est clair qu'à partir de la quarantaine, bien des personnes paniquent, craignant de ne pas retrouver une occupation si jamais elles venaient à perdre leur emploi actuel. Et les chiffres leur donnent raison. En Autriche, où cette étude a été menée, la durée moyenne de chômage pour les 60 ans et plus était plus du double de celle des moins de 20 ans. Les États cherchent à mettre en place des politiques de réinsertion pour ces personnes, mais les résultats restent très mitigés, voire mauvais, et renforcent finalement l'idée que si on est vieux, on ne trouve pas d'emploi. Partant de ce constat, l'auteur de ce livre examine comment cette idée s'est formée et comment elle est entretenue par les personnes elles-mêmes, d'une part, par les agents du gouvernement à travers notamment les directives mises en place par le Service public pour l'emploi autrichien, de l'autre. Experte dans le domaine de la gestion en ressources humaines, Florentine Maier cherche à comprendre comment l'interaction entre les chômeurs et les conseillers d'emploi du gouvernement mène à la construction de la catégorie « personnes âgées », en quoi cette construction influe sur la compréhension du chômage qu'ont ces personnes et quelles sont les conséquences d'une telle représentation pour les chômeurs et pour les employés qui traitent avec eux dans la vie de tous les jours, ainsi que dans le contexte plus large des politiques du marché de travail.
(NDu)