Bruxelles, 15/11/2010 (Agence Europe) - Le Parlement européen a préconisé, jeudi 11 novembre, que des mesures soient prises pour aider le secteur de l'élevage à surmonter la crise actuelle qu'il traverse. En outre, il a demandé, dans une résolution, que l'UE agisse pour « limiter dans l'ensemble du secteur agricole les incidences de la volatilité des prix et de la spéculation ».
La Commission européenne est invitée à proposer des instruments de marché qui garantissent une fourniture adéquate de céréales pour l'alimentation animale. Le PE estime qu'un filet de sécurité devrait être appliqué dans tous les secteurs des céréales, avec un prix d'intervention minimum pour le système d'adjudication.
Les parlementaires demandent également à la Commission de prendre les mesures qui s'imposent pour lutter contre la spéculation excessive sur les marchés communautaires ainsi que sur les marchés mondiaux, en l'occurrence dans le cadre de la nouvelle directive relative aux instruments financiers. Ils jugent « urgente » la mise en place d'un plan protéique pour l'Union européenne, qui favoriserait les cultures protéagineuses et légumineuses, lesquelles pourraient jouer également un rôle important dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, le PE se dit « gravement préoccupé » par la consolidation récente intervenue sur le marché des engrais qui a abouti, dans les faits, à la présence d'un seul fournisseur et à la disparition de la concurrence sur de nombreux marchés nationaux. Il est demandé à la Commission de prendre les mesures nécessaires pour « éviter les ententes sur les prix et les abus de position dominante ».
Le PE demande à la Commission de tenir compte, lors de la prochaine réforme de la PAC (politique agricole commune), de la vulnérabilité particulière de certains secteurs d'élevage - comme par exemple la production de bœufs de pâturage - et des conditions déloyales de la concurrence avec les pays tiers.
Importations. Le PE invite la Commission à veiller à ce que les importations en provenance de pays tiers soient conformes aux normes de l'Union européenne en matière de bien-être des animaux, « de manière à éviter une concurrence déloyale ». Il souligne que les secteurs de la viande porcine et de la volaille devront se plier au cours des années à venir à des exigences de plus en plus rigoureuses, sans aucun soutien financier de l'Union européenne.
Commerce. Le PE invite la Commission à préserver pleinement les intérêts des producteurs européens dans les négociations commerciales bilatérales avec le Mercosur et avec d'autres pays tiers, en « évitant des concessions qui pourraient mettre en danger la production d'animaux de l'UE ».
OGM. Il est demandé à la Commission d'assurer la certitude juridique des importations de soja et de maïs en provenance de pays tiers en mettant en place « un seuil pragmatique pour la présence fortuite d'OGM qui ne sont pas encore autorisés dans l'Union européenne mais sont soumis à un examen scientifique ». En effet, l'UE dépend fortement des importations de graines de soja et de maïs en provenance de pays tiers. Toute interruption des approvisionnements en raison d'une présence minime d'OGM non autorisés « a un impact très coûteux pour l'industrie européenne des aliments pour animaux et pour les éleveurs » (par exemple, un milliard d'euros si l'interruption dure six mois).
Farines animales. Les parlementaires demandent à la Commission de « revenir » sur l'interdiction actuelle de viande et de farine d'os dans l'alimentation des non ruminants et « d'évaluer la possibilité de lever les restrictions dans des conditions qui assureraient un niveau maximal de sécurité alimentaire ».
À l'heure actuelle, la viabilité de nombreux élevages de l'Union est gravement menacée par une combinaison de facteurs (hausse des coûts des intrants, dépendance vis-à-vis des pays tiers en ce qui concerne les matières premières pour les aliments des animaux, récente augmentation des prix des céréales, bas prix reçus par les agriculteurs pour les produits à base de viande…).
La Commission s'oppose à des mesures de marché immédiates. Le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos, a répondu que la question de la volatilité des prix sera « traitée dans la réforme de la PAC ». La Commission envisage de « proposer des mécanismes pour traiter la question de la volatilité des revenus », a-t-il proposé. S'agissant des mesures dans le secteur de l'élevage (seulement deux sont disponibles, les restitutions à l'exportation et le stockage privé), le commissaire a précisé que: 1) l'utilisation des restitutions à l'exportation « ne se justifie pas car le prix mondial est plutôt élevé » ; 2) pour l'instant, il n'y a pas d'excédent de viande sur le marché communautaire, « et c'est la raison pour laquelle les mesures de stockage privé ne se justifient pas actuellement ».
Concernant la situation du marché de céréales, « aucune mesure d'urgence ne se justifie » dans ce secteur car « il ne s'agit pas d'un problème d'approvisionnement en céréales du marché européen puisque le prix élevé des céréales sur le marché européen n'est pas dû à un manque d'approvisionnement du marché ». M. Ciolos a rappelé que les stocks d'intervention - essentiellement de l'orge - s'élèvent actuellement à 5,6 millions de tonnes de céréales. Une quantité de 2,8 millions de tonnes vient d'être réservée pour la mise en œuvre du programme 2011 en faveur des plus démunis et le reste de cette quantité sera mis en vente prochainement sur le marché intérieur. La décision a d'ailleurs été déjà prise et la mise sur le marché interviendra dès la fin de ce mois. (L.C.)