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Bulletin Quotidien Europe N° 10255
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/États-unis

L'Europe compte pour Obama, dit l'ambassadeur Kennard

Bruxelles, 12/11/2010 (Agence Europe) - « Il n'est pas juste de dire que l'Europe ne compte pas pour le président Obama », a déclaré l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'UE, William E. Kennard, le 10 novembre devant des journalistes à Bruxelles. La crainte que la nouvelle administration américaine puisse accorder moins d'importance à l'UE que dans le passé avait été exprimée dans les institutions européennes et dans les capitales des États membres après la décision de M. Obama d'annuler le sommet UE/États-Unis qui aurait normalement dû avoir lieu en mai de cette année à Madrid. La raison pour laquelle ce sommet a été « reporté » n'était pas que Washington estimait qu'il n'y avait pas suffisamment de sujets à discuter avec les Européens (comme certains l'ont affirmé) mais simplement un « problème d'agenda », a expliqué M. Kennard. « Il n'a tout simplement pas été possible d'avoir le président ici (en Europe) ». L'ambassadeur se veut très rassurant sur l'état des liens transatlantiques. « Nous avons tous les jours des relations vraiment matures, profondes et intenses », affirme-t-il. Même la défaite électorale subie par M. Obama lors des récentes élections à mi-mandat ne changera rien au bon état des relations transatlantiques, estime M. Kennard. « La bonne nouvelle pour moi, en tant qu'ambassadeur auprès de l'UE, était que ces élections n'ont pas porté sur la politique étrangère » mais presque exclusivement sur l'économie, dit-il.

Agenda du sommet de Lisbonne. Le sommet annulé de mai aura finalement lieu la semaine prochaine (20 novembre) à Lisbonne, en marge du sommet de l'OTAN. Pour l'ambassadeur américain, les questions économiques domineront très clairement ce premier sommet 'post Traité de Lisbonne' présidé par Herman Van Rompuy. Les résultats du G20 à Séoul (voir autre nouvelle) seront discutés et sans doute « réaffirmés » par les dirigeants européens et américains, estime M. Kennard. Le 'Conseil économique transatlantique' (Transatlantic Economic Council, TEC) ne se réunira pas, comme d'habitude, avant le sommet mais seulement les 16/17 décembre. À Lisbonne, il sera aussi question du cycle de Doha auquel les États-Unis et l'UE souhaitent insuffler de la vie.

Seront également discutés au sommet, selon M. Kennard: - la politique de développement. M. Obama a présenté en septembre devant l'ONU son agenda dans ce domaine, et l'UE est en train de renforcer l'interaction entre sa politique étrangère et de développement avec la mise sur pied du nouveau service européen pour l'action extérieure (SEAE). Le moment est donc particulièrement bien choisi pour parler d'une coopération renforcée et plus efficace dans le domaine du développement, estime l'ambassadeur Kennard ; - la préparation de la conférence de Cancún sur le changement climatique. « Nous nous attendons à une discussion sur nos engagements partagés à combattre le changement climatique », dit l'ambassadeur Kennard. Il se dit « frustré » d'entendre régulièrement cette « caricature qui prétend que les États-Unis ne sont pas ambitieux à propos du climat ». Certes, l'administration américaine a d'énormes difficultés à faire passer au Congrès ses projets de loi sur la réduction des émissions de CO2 « mais cela ne veut pas dire que le président Obama ne reste pas engagé sur ce dossier. Au contraire, il a un agenda très ambitieux pour lutter contre le changement climatique et il utilise tous les moyens autres que législatifs en sa possession pour faire avancer les choses », souligne M. Kennard. Au sommet de Lisbonne, Européens et Américains vont surtout essayer de concerter leurs positions et de mettre au point une « stratégie coordonnée » avant de se rendre à Cancún, dit-il ; - la menace terroriste internationale « qui s'intensifie » ces derniers temps avec les incidents autour des vols cargo. Américains et Européens débattront notamment sur « comment nous pouvons coopérer mieux et partager nos informations », explique M. Kennard ; - des questions de politique étrangère et de sécurité, tels que l'Iran et le Proche-Orient.

Il est aussi probable que les Européens soulèvent la question de l'extension du 'visa waiver scheme' à tous les pays membres (y compris la Bulgarie, Chypre, la Pologne et la Roumanie actuellement exclus), ainsi que de la décision des autorités américaines de rendre payante (14 dollars) la demande d'autorisation ESTA (Electronic System for Travel Authorization) indispensable pour se rendre aux États-Unis. M. Kennard « comprend » les réactions négatives des Européens face à cette mesure « irritante » décidée par le Congrès américain et « espère que cette question sera réglée » sans trop de dégâts pour les relations bilatérales.

Le Parlement européen propose ses « priorités ». Jeudi 11 novembre, le Parlement européen, réuni en mini-session à Bruxelles, a adopté une résolution dans laquelle il réaffirme ses positions en vue du sommet de Lisbonne. Les députés expriment notamment leur soutien à la création d'un marché transatlantique sans entraves d'ici à 2015 et invitent l'UE et les États-Unis à mettre à profit tout le potentiel du Conseil économique transatlantique (TEC) pour doper les relations économiques et surmonter la crise actuelle. Les deux partenaires transatlantiques doivent aussi coopérer avec la Chine pour surmonter le litige sur les taux de change qui se joue à l'échelle mondiale « sans recourir à des mesures protectionnistes », estime le PE. Les députés insistent sur la nécessité de conclure le cycle de Doha dans les plus brefs délais. L'UE et les États-Unis sont appelés à adopter une approche commune dans les négociations qui doivent aussi impliquer les économies émergentes telles que la Chine, l'Inde et le Brésil, soulignent les députés. En matière de politique internationale, le PE salue la nouvelle approche américaine vis-à-vis d'Israël, et plaide pour qu'un nouvel élan soit donné au partenariat euro-américain sur la question du conflit israélo-palestinien. À propos des documents militaires classifiés récemment divulgués par WikiLeaks, qui témoignent d'abus de l'armée américaine en Irak, le PE se dit extrêmement préoccupé par la gravité des allégations. Il demande que ce sujet soit discuté au sommet en vue de la mise en place d'une « enquête indépendante transatlantique ». (H.B.)

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