Un sujet de coopération dans un moment difficile. Comment éviter que le Sommet UE/Afrique de la fin du mois se réduise en définitive à une occasion supplémentaire pour quelques déclarations de principe sur la volonté commune de coopérer et de renforcer les relations ? Pour cet aspect, on peut faire confiance à l'imagination des participants ; les belles phrases ne manqueront pas. Mais les résultats ? Plusieurs éléments invitent à la prudence, à commencer par le lieu de la rencontre: la Libye, seul pays africain qui n'a aucun lien officiel avec l'Europe, ne faisant partie ni de l'Union pour la Méditerranée ni du groupe ACP et n'ayant pas d'accord bilatéral. Mais l'essentiel est ailleurs. Les accords de partenariat économique (APE) rencontrent réserves et méfiance dans la plupart des pays africains (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10245).
L'information publiée il y a deux jours (bulletin n° 10253) confirme à quel point les dirigeants africains doutent et s'interrogent. Leur liberté de choix en matière de coopération avec les pays tiers, l'utilisation de leurs ressources naturelles et l'évaluation générale de leurs intérêts ne sont évidemment pas en cause. Ce qu'il reste à définir, c'est la place de la coopération avec l'Europe dans ce nouveau contexte. Parmi différentes suggestions, celle des partenariats agricoles, dont il est question dans notre bulletin précédent, est, à mon avis, à retenir car - à l'envers d'autres évolutions - elle contribuerait à trois objectifs essentiels: la sauvegarde de la nature, un degré raisonnable et progressif d'autonomie alimentaire et de nombreux emplois. Et elle pourrait aussi contribuer à rétablir la confiance dans d'autres domaines de coopération.
Un message fort sur l'Afghanistan. La commission des affaires étrangères du Parlement européen a approuvé, à une majorité écrasante (60 voix pour, 1 contre, 5 abstentions), le rapport Arlacchi, qui réclame une politique radicalement nouvelle en Afghanistan. La session plénière se prononcera le mois prochain. Il y a presque quatre mois, cette rubrique avait amplement évoqué ce rapport (bulletin n° 10186), tant il était significatif d'indiquer la volonté du Parlement d'affirmer son rôle dans la politique étrangère de l'Union. Notre bulletin n° 10185 avait déjà résumé le rapport et rendu compte de la conférence de presse dans laquelle Pino Arlacchi (groupe ADLE) avait vigoureusement dénoncé l'inefficacité de la guerre, les détournements énormes de l'aide internationale civile (80% n'arrivent pas à destination) et l'ampleur de la culture du pavot, source de la presque totalité de la production mondiale d'opium.
Si l'appui à ce rapport est confirmé en session plénière, l'UE aura lancé un message fort en s'éloignant radicalement des positions officielles par la voie de son institution issue du suffrage universel.
La porte de la coopération militaire dans l'UE n'est pas fermée. Cette rubrique ne s'exprime pas, en général, sur les questions militaires et prend encore moins position sur les attitudes et les initiatives des États membres en cette matière. Pour deux raisons: pour écrire sur ce domaine complexe et sensible, il faut bien le connaître ; notre Agence publie deux fois par semaine un bulletin spécialisé, Europe Diplomatie & Défense, qui couvre amplement le sujet. Si j'y consacre aujourd'hui ces lignes, ce n'est pas pour porter un jugement sur l'accord franco-britannique du 2 novembre, mais pour formuler quelques remarques sur des éléments à prendre en considération avant d'estimer que cet accord bilatéral marque la fin du projet d'une coopération militaire européenne. Premier élément: l'aspect le plus spectaculaire de l'accord concerne la coopération nucléaire. Or, la Grande-Bretagne et la France sont les seuls pays de l'UE qui possèdent l'arme atomique ; une coopération en ce domaine n'est imaginable qu'entre eux. Deuxième élément: un objectif essentiel des mesures décidées est de rationaliser les dépenses. Or, les deux pays participants sont de loin ceux qui dans l'UE supportent le poids financier le plus lourd ; il ne serait pas raisonnable de faire l'exercice d'économies avec des États membres qui ne respectent pas, pour la défense, les engagements souscrits dans le cadre de l'OTAN. Troisième remarque: Londres et Paris considéraient comme urgente la coopération (avec la rationalisation des dépenses qui en résulte). Or, combien d'années seraient nécessaires pour parvenir à un accord de ce genre dans le cadre de l'UE ? Remarque supplémentaire: Londres pourrait souhaiter aussi indiquer, en se rapprochant de Paris, qu'elle n'entend pas coopérer exclusivement avec les États-Unis en matière de défense, domaine qui couvre aussi la coopération industrielle et technologique.
Ces remarques n'enlèvent rien aux considérations et objections formulées par ailleurs, qui dénoncent les dangers et les répercussions de l'accord de Londres, Mais, à mon avis, elles ne sont pas négligeables. (F.R.)