login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10155
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques indications pour concrétiser la coopération entre l'UE et la Russie

Les délais nécessaires pour mettre en place les instruments de la politique étrangère européenne comportent des inconvénients, c'est inévitable. Une partie des media et certaines forces politiques réagissent comme si cette politique était déjà en place, vu que Herman Van Rompuy et Catherine Ashton ont pris leurs fonctions et que la création du service diplomatique européen est décidée. Pourtant, M. Van Rompuy avait averti: « Si nous partons du principe d'une politique étrangère commune, nous raterons tout. Nous devons mettre en œuvre des politiques, rechercher des compromis au cas par cas, thème après thème.» Cette rubrique s'est efforcée d'expliquer cette situation, y compris à la Conférence annuelle des Chaires Jean Monnet (bulletin n° 10148). Mais l'incompréhension de la réalité s'est encore manifestée en deux occasions: le sommet UE/Russie et les positions des États membres après les événements de Gaza.

À propos de Gaza. Sur ce sujet, les huit pays de l'UE qui font actuellement partie de l'organisme des Nations Unies responsable des droits de l'homme se sont exprimés de manière divergente à propos de l'organisation d'une enquête internationale: certains ont voté pour, d'autres se sont abstenus, deux ont voté contre. Ce résultat peu brillant confirme que la politique extérieure commune est une réalisation progressive, et à quel point il serait opportun que le service diplomatique européen soit rapidement en place. L'intention de M. Van Rompuy de réunir le Conseil européen chaque mois, ou presque, devrait se concrétiser, afin que les chefs d'État et de gouvernement discutent en permanence, à leur niveau, toutes les questions importantes.

Une approche à modifier. Les relations avec la Russie représentent un cas très instructif. Un partenariat approfondi serait autant profitable à l'une qu'à l'autre partie. Moscou a accepté, sans en être totalement convaincue, que le Sommet de Rostov respecte la nouvelle structure institutionnelle de l'UE ; les résultats ont été modestes (voir cette rubrique d'hier). Il est nécessaire que les États membres modifient leur approche: les chefs d'État ou de gouvernement doivent coordonner leurs positions, s'informer réciproquement de leurs démarches et les discuter dans le cadre communautaire. On ne leur demande pas de renoncer aux rencontres bilatérales avec M. Medvedev ou M. Poutine, qui sont utiles et dans quelques cas indispensables, tout comme ils ne renoncent pas aux rencontres bilatérales avec le président des États-Unis ou avec d'autres pays tiers. Mais les institutions communautaires doivent en être informées et en débattre, alors, que pour le moment, il arrive que la Commission ou le président du Conseil européen apprennent certaines démarches ou visites par la presse, et que les orientations nationales en matière d'énergie comportent des orientations et des engagements parfois contradictoires ou même en concurrence l'un avec l'autre.

Moment favorable. Le moment est favorable au changement de la dimension des relations réciproques.

La Russie avait ressenti auparavant le risque de perdre de son influence dans les nouveaux États issus de l'éclatement de l'URSS, et elle soupçonnait l'UE d'avoir tendance à la remplacer. Des observateurs qualifiés estiment que l'action russe en Géorgie visait surtout à reconquérir poids et prestige, au-delà des aspects territoriaux ou militaires. Le même souci s'exprime dans des initiatives telles que l'accord avec l'Ukraine à propos de la Crimée et de la base de Sébastopol. Dans cette stratégie, le secteur de l'énergie a un rôle essentiel, ainsi que le prouvent l'effort de développer les voies directes pour l'approvisionnement de l'UE en gaz et en pétrole, sans passer par d'autres pays, et l'offre d'achat par Gazprom de l'entreprise énergétique ukrainienne. La relance des bonnes relations avec la Pologne va dans la même direction.

L'UE doit de son côté donner de la cohésion et de la cohérence à ses relations avec la Russie. À l'heure actuelle, on l'a indiqué plus haut, c'est parfois par la presse que la Commission européenne apprend qu'un chef de gouvernement de l'UE a rencontré M. Poutine, ou qu'un accord énergétique national est conclu avec Moscou, ou que certains États membres ne croient pas à la réalisation du projet Nabucco s'il n'est pas modifié. Cette rubrique avait fait état à la fin mars de la situation et des évolutions possibles (voir notre bulletin n° 10109). Depuis lors, quelques progrès politiques ont été constatés. La Pologne a été partiellement rassurée et elle est moins méfiante à l'égard de la coopération euro-russe.

La coopération est indispensable pour la Russie, pour des raisons à la fois politiques, stratégiques (débouchés garantis pour son gaz et son pétrole), financières et technologiques (pour concrétiser les projets colossaux d'exploitation des ressources énergétiques). Elle est fondamentale pour l'Europe, qui doit regarder en avant en faisant preuve de la vision de Jacques Delors avec son projet de Communauté de l'énergie.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES