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Bulletin Quotidien Europe N° 10150
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/russie

Le « Partenariat pour la modernisation » est lancé - Progrès modeste sur les visas - Autres résultats du Sommet de Rostov

Bruxelles, 01/06/2010 (Agence Europe) - Le Sommet UE/Russie de Rostov s'est clôturé le 1er juin par l'adoption d'une déclaration commune sur les priorités du nouveau « Partenariat pour la modernisation » (PpM). L'objectif commun est de « moderniser nos économies et sociétés », indique ce document approuvé par le président russe Dmitri Medvedev et les dirigeants de l'UE, Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso et Catherine Ashton. Européens et Russes, « partenaires stratégique de longue date », s'y s'engagent à travailler ensemble sur des actions pratiques et concrètes de modernisation qui seront « basées sur la démocratie et l'État de droit, à la fois sur le plan national et international ». La référence explicite à la démocratie et à l'État de droit est une petite victoire de l'UE car Moscou aurait préféré limiter le champ d'action du PpM à l'amélioration de la compétitivité économique et des conditions d'investissement et de commerce entre les deux blocs. S'exprimant devant la presse à l'issue du sommet, José Manuel Barroso s'est félicité de ce que l'approche globale, couvrant l'économie et la société, ait été retenue. Il n'est pas possible de moderniser l'économie sans y impliquer aussi la société civile, « les deux sont liés », a expliqué le président de la Commission. Il n'en demeure pas moins que la très grande majorité des « actions prioritaires » du PpM convenues à Rostov sont de nature économique, commerciale ou réglementaire: - faciliter les investissements dans les secteurs d'innovation et de forte croissance ; - promouvoir les petites et moyennes entreprises ; - aligner les normes et standards techniques ; - assurer une protection convenable des droits de propriété intellectuelle ; - promouvoir une économie durable pauvre en émissions de CO2 ; - améliorer l'efficacité énergétique ; - améliorer les liens de transport ; - lutter contre le changement climatique ; - renforcer la coopération dans le domaine de la recherche et du développement ; - améliorer le fonctionnement de la justice et la lutte contre la corruption ; - promouvoir des contacts et échanges entre les citoyens ; - renforcer le dialogue avec la société civile, etc. Les coordinateurs des deux parties ont été chargés d'élaborer un plan d'action en vue de la mise en œuvre des premiers projets concrets. Le PpM, qui avait été suggéré par M. Barroso en novembre 2009 pour soutenir l'agenda de réforme domestique du président Medvedev, se veut complémentaire par rapport aux deux autres grands chantiers en cours entre l'UE et la Russie, à savoir la conclusion d'un nouvel accord de partenariat et la mise en place des quatre « espaces communs ».

Visas. Comme prévu (EUROPE n°10148), les dirigeants ont convenu de franchir une nouvelle étape vers l'objectif à long terme qui reste la suppression des visas. Des hauts fonctionnaires des deux parties sont chargés d'identifier ensemble les mesures techniques et administratives (« common steps ») que la Russie et l'UE devront prendre en vue de l'abolition des visas pour laquelle aucune date n'est encore envisagée. Le président russe a réitéré l'impatience de la Russie de progresser sur ce dossier. La suppression rapide des visas «consoliderait notre partenariat et faciliterait la vie de millions et de millions de citoyens », a dit M. Medvedev. Moscou est prête à supprimer les visas pour les citoyens européens « dès demain ». Malheureusement, la situation n'est pas aussi « facile » dans l'UE qui compte 27 membres et où plusieurs États membres posent problème, a noté M. Medvedev devant la presse en remarquant toutefois que ces réticences « sont plutôt liées à notre histoire qu'à la situation réelle » sur le terrain « car l'abrogation des visas ne représente pas de menace pour la sécurité », a assuré le président russe. Pour accélérer le processus, M. Medvedev a transmis à l'UE un « projet d'accord » sur l'abrogation des visas telle quel la Russie l'envisage.

Crise économique et financière. Russes et Européens ont une « vision commune » sur les mesures à prendre dans le cadre du G20 sur la réforme et la supervision des marchés financiers internationaux, a dit M. Medvedev. M. Barroso a, lui aussi, salué le fait que les deux parties sont « largement » d'accord sur la position à prendre au sommet du G20 à Toronto. L'UE a appelé Moscou à ne pas avoir recours à des mesures protectionnistes et à revoir les mesures (hausse de plusieurs droits tarifaires) prises suite à la crise financière en 2008/2009. M. Medvedev s'est félicité de la manière « rapide et efficace » dont l'UE a réagi à la crise de l'euro. La stabilité de la monnaie européenne importe pour la Russie qui détient 40% de ses réserves monétaires en euro, a-t-il dit.

OMC. L'UE a réitéré son soutien à une accession rapide de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce et a salué le « nouveau momentum » qu'ont pris les négociations à Genève. Devant la presse,
M. Medvedev n'a pas été clair sur les intentions de son pays qui est en train de mettre en place une Union douanière avec le Bélarus et le Kazakhstan. Si une adhésion commune à trois est possible, les trois pays entreront ensemble, sinon ce sera fait séparément, a-t-il indiqué. « Nous nous sommes mis d'accord avec nos partenaires pour dire que nous adhérerions ensemble si nous y parvenons, ou séparément si l'état de nos négociations diffère, ce qui est aujourd'hui le cas », a-t-il déclaré. Une chose est certaine, a poursuivi M. Medvedev: « L'OMC a besoin de la Russie et la Russie a besoin de l'OMC ». Il a appelé les États-Unis à aider davantage la Russie à rallier l'OMC. « Nos négociations avec les États-Unis ne sont pas faciles. Il faut que tous, y compris les États-Unis, réalisent que l'OMC n'est pas une carotte, qu'elle n'est pas une prime de bonne conduite ». M. Medvedev a aussi critiqué le fait que son pays soit le seul membre du G20 qui ne soit pas membre de l'OMC. « Il faut que la Russie participe à part entière aux processus d'intégration internationaux », a-t-il dit.

Droits de l'Homme. M. Van Rompuy a exprimé la « grande préoccupation » de l'UE et de « l'opinion publique européenne en général » face à la situation difficile dans laquelle se trouvent les défenseurs des droits de l'Homme et les journalistes en Russie. Il s'est aussi dit préoccupé par le « climat d'impunité » qui règne en Tchétchénie et dans d'autres parties du Caucase du Nord. En revanche, l'UE s'est félicitée de certaines améliorations dans le domaine législatif en Russie, comme la ratification du protocole 14 de la Convention européenne des Droits de l'Homme ou la confirmation du moratoire sur la peine de mort.

Changement climatique. M. Medvedev a affirmé que la Russie était prête à avancer dans les négociations post-Copenhague avec, comme objectif, la conclusion d'un « accord universel et juridiquement contraignant » sur la réduction des émissions de CO2.

Protection des informations classifiées. Les deux parties ont aussi signé, mardi, un accord sur la protection des informations classées. « Il contribuera à mettre en place une coopération plus étroite dans le domaine de la sécurité extérieure », a estimé M. Medvedev. L'accord précise les conditions dans lesquelles des informations classifiées peuvent être échangées.

Questions internationales. Une déclaration commune a été adoptée par Sergueï Lavrov et Catherine Ashton condamnant sévèrement l'intervention militaire israélienne contre le convoi maritime humanitaire en route pour Gaza (voir autre nouvelle). La situation en Géorgie a également été évoquée par l'UE qui a appelé Moscou à « respecter ses engagements » pris dans les accords du 12 août et 8 septembre 2008. Le programme nucléaire de l'Iran (Russie et UE sont sur une même longueur d'onde et soutiennent les nouvelles sanctions préparées au Conseil de sécurité) et la situation en Afghanistan/Pakistan ont aussi été discutés. (H.B.)

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