Herman Van Rompuy insiste. Pourquoi, pour le président du Conseil européen, la querelle sémantique entre coordination ou gouvernance économique de la zone euro est absurde? Parce que, à son avis, le gouvernement économique existe déjà. Dans son discours de Lille (voir notre bulletin n° 10117), il a déclaré: « Les membres du Conseil européen estiment comme moi que le Conseil européen doit jouer le rôle de gouvernement économique. Il est seul à pouvoir réunir l'énergie politique nécessaire pour prendre des décisions courageuses et difficiles pour la prochaine décennie ».
Les raisons d'un recul. Depuis la naissance de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), le nombre de journalistes accrédités auprès des institutions n'avait fait qu'augmenter, jusqu'à dépasser le chiffre de mille (davantage qu'auprès de l'ONU à Washington). Depuis quelque temps, la tendance s'est inversée: des journaux ont retiré leur correspondant, ceux qui en avaient plusieurs en ont réduit le nombre.
L'Association de la presse étrangère à Bruxelles s'en est émue et elle a essayé d'en comprendre les raisons. Certaines sont évidentes: une partie de la presse écrite est en crise et elle réduit ses dépenses ; les systèmes de communication se sont multipliés et la présence sur place est moins prioritaire ; les textes officiels qu'il était autrefois malaisé de se procurer arrivent en quelques secondes par la voie télématique aux rédactions centrales ; on peut assister aux conférences de presse en restant chez soi ; les liaisons ferroviaires entre Bruxelles et certaines capitales sont devenues commodes et rapides et il n'est plus indispensable de résider sur place en permanence. La politique d'information des institutions a aussi été mise en cause.
Je voudrais ajouter une explication supplémentaire, c'est-à-dire l'acharnement à dénigrer l'activité communautaire. Prétendre qu'elle n'a aucune importance ni signification, c'est à la mode. Certes, si un journaliste en est convaincu, il doit l'écrire: sa conscience professionnelle l'impose. Mais il ne peut pas s'étonner ensuite si le rédacteur en chef et l'administration en tirent la conclusion qu'il n'est pas important de garder un correspondant stable là ou rien d'intéressant ne se passe. La construction européenne est-elle un échec ? Pas la peine de s'en occuper trop.
Droits et devoirs, couple indissoluble. Les initiatives des institutions européennes en faveur du peuple rom sont une bonne nouvelle. La population gitane dans l'UE est estimée à 10-12 millions de personnes, elle représente la plus importante minorité ethnique du continent, elle y est géographiquement insérée depuis un millénaire. Les Roms ont les mêmes droits que les autres citoyens européens. Le Parlement européen s'est exprimé avec vigueur en ce sens, la Commission européenne et le Conseil ont pris des engagements. La Commission a confirmé avoir réservé 5 millions d'euros à un projet pilote sur l'intégration des Roms, en plus des crédits déjà consacrés à des actions en leur faveur par le Fonds social européen (FSE) et le Fonds régional (FEDER). Notre bulletin a amplement rendu compte de ces initiatives, et la communication de la Commission sur l'intégration sociale et économique des Roms a été reproduite dans le N. 2532 de notre série EUROPE/Documents (annexé à notre bulletin du 8 avril). Rien n'est acquis, mais tout semble bouger.
Les droits des Roms sont reconnus et ils seront progressivement concrétisés. Le moment paraît donc approprié pour rappeler le deuxième volet: à côté des droits, il y a les devoirs, les uns ne peuvent pas exister sans les autres. Les Roms doivent en être conscients. Ils ont les mêmes droits que tout autre citoyen, mais ils doivent respecter les lois du pays d'accueil. Chacun est libre de ses choix en matière religieuse et culturelle, chacun a droit au respect de ses traditions et de ses croyances; mais en respectant les règles.
Un exemple parmi des centaines: l'école. Les enfants roms y ont droit ; leurs parents ont le devoir de veiller à ce qu'ils la fréquentent, ils doivent s'habituer à les y conduire chaque matin lorsqu'ils sont petits. En Europe, le brassage des races et des populations a été continu au cours des siècles ; dans bien de cas, même pas les spécialistes sont en mesure de faire la distinction entre les différentes origines. Dans d'autres cas, les différences subsistent sans empêcher que les gens vivent ensemble. Mais droits et devoirs sont indissolubles. Si on néglige cette exigence, d'ici dix ans la situation sera inchangée. Le PE votera d'autres résolutions, la Commission lancera de nouveaux projets pilotes, et les successeurs de cette rubrique s'en féliciteront. Et ainsi de suite.
(F.R.)