Bruxelles, 24/11/2009 (Agence Europe) - Les hauts fonctionnaires chargés du processus EuroMed ne sont pas parvenus, lundi 23 novembre, au cours d'une réunion à Bruxelles, à s'entendre sur la désignation d'un secrétaire général pour l'UpM (Union pour la Méditerranée), de ses adjoints (cinq ou six, le nombre est un des sujets des négociations ardues en cours) et, plus généralement, sur les statuts de la future structure conjointe. La décision a été renvoyée pour réexamen au 14 décembre prochain et, déjà, des pays arabes ont fait savoir qu'elle ne pouvait être formalisée que par une réunion au niveau des ministres des Affaires étrangères, le but étant d'abord d'amener les ministres à clarifier une situation que plusieurs partenaires jugent brouillée. L'ambassadeur tunisien aurait pris la tête de la contestation, selon des sources concordantes. Il aurait ainsi dit: « Nous avons adhéré au départ à un certain nombre de principes, nous ne sommes pas sûrs de les retrouver » à la lecture du projet de statut, lequel comporte encore plusieurs crochets, des phrases encore en discussion.
Le principal écueil reste la définition de la mission impartie au secrétariat général et le nombre de secrétaires généraux adjoints. Un sixième siège, un de plus que ce qui a été décidé à la ministérielle de Marseille de novembre 2008, a été attribué par la co-présidence française à la Turquie. Chypre et la Grèce ont protesté contre ce fait accompli et ont demandé des garanties futures sur un non rejet de Chypre, si elle se portait un jour candidate à une fonction au sein de l'UpM.
Il y a manifestement un doute général sur les objectifs et la finalité de l'UpM. Au décalage entre les principes initiaux déjà cité et ce qu'il en est advenu un an et demi après le Sommet de Paris, s'ajoute aussi, selon toute évidence, une perte de foi dans ce projet dont nul - ni la Commission européenne, ni les partenaires de la rive sud - ne peut dire s'il va s'inscrire dans le cadre de relations plus fortes avec l'institution européenne - détentrice de budgets conséquents, y compris les ressources de la BEI - ou dans le cadre de rapports intergouvernementaux avec des sources de financement non assurées. La Commission européenne affirme certes qu'elle y contribuera, mais seulement si les objectifs des projets présentés correspondent aux stratégies des « plans d'action » convenues avec chacun des pays partenaires ou dans une perspective régionale (énergie, maritime, environnement, etc.). Sa mission sera surtout, dit-elle, de veiller à la « cohérence globale » de la politique euroméditerranéenne qu'elle ne limite pas au seul projet d'Union pour la Méditerranée, un projet dont on relève clairement désormais qu'il a des contours mal dessinés, si l'on reprend l'image employée par un diplomate suédois lors d'une audition au Parlement européen: « L'UpM est un kit Ikea. Nous avons toutes les pièces et le manuel de montage. Il va falloir comprendre comment tout assembler et, pour finir, se préoccuper des inévitables vis et écrous supplémentaires, restés dans le paquet ». Cette image, parlante, signifie que le chantier demeure ouvert et le manuel peu lisible.
Seul à ne pas douter, l'unique candidat secrétaire général - un diplomate jordanien, Ahmad Massada - pratiquement assuré d'être désigné lundi dernier avait mobilisé la presse de son pays et indiqué formellement à la Commission le choix du logo pour une UpM encore en manque de statuts, de définition claire de sa mission. Un logo et un palais, le Palau de Pedralbes offert gratuitement par la ville de Barcelone: le risque existe que l'UpM se limite à ces deux acquis car plusieurs sources analysent la situation par une décision non équivoque d'observer une « pause de réflexion ». Cette situation pourrait se trouver compliquée par le piétinement du processus de paix au Proche-Orient. Des pays arabes, la Syrie en particulier mais aussi, croyons-nous savoir, les Palestiniens et même l'Égypte se posent la question de poursuivre ou non un dialogue « régional » impliquant Israël, si ce pays ne cesse pas d'en miner les bases par la poursuite de sa politique sur le terrain. (F.B.)