Bruxelles, 13/10/2009 (Agence Europe) - Réunis de manière informelle, lundi 12 octobre à Vienne (Autriche), les vingt ministres européens de l'Agriculture de l'UE qui se battent depuis plusieurs mois pour obtenir une « régulation européenne des marchés » ont demandé le déblocage, en faveur des producteurs, d'une enveloppe supplémentaire d'au moins 300 millions d'euros à prélever sur le budget communautaire de l'an prochain (2010). C'est la position défendue également par la commission des budgets du Parlement européen, dans ses amendements budgétaires en vue de la première lecture du projet de budget 2010 par le PE (EUROPE n° 9994).
Le club des 20 pays (France, Allemagne, Espagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Estonie, Finlande, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Portugal, Roumanie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Italie et Pologne) souhaite impressionner Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l'Agriculture, à qui il est reproché de ne pas en avoir assez fait pour résoudre la crise qui secoue les producteurs de lait. Les ministres des 20 pays membres réunis lundi après-midi dans la capitale autrichienne représentent 95% du lait produit en Europe. Ils ont eu le soutien des agriculteurs de l'EMB (European Milk Board) qui manifestaient dans les rues au son des cloches tyroliennes.
Ces 20 pays de l'UE ont accordé leurs violons, à Vienne, à propos d'une « contribution commune » en vue du prochain Conseil des ministres européens de l'Agriculture, lundi 19 octobre à Luxembourg. « La crise du marché laitier européen est profonde. Elle met les producteurs dans une situation de détresse sans précédent. Beaucoup d'entre eux ont épuisé leurs réserves financières. La viabilité de ce secteur stratégique pour l'ensemble de l'économie et crucial pour la vie quotidienne des Européens est désormais sérieusement menacée », lit-on dans ce document.
En plus de cette aide supplémentaire de 300 millions d'euros au moins pour permettre aux producteurs de « passer le cap difficile », les 20 ministres demandent que soit adoptée une série de mesures immédiates pour stabiliser concrètement et rapidement le secteur laitier: 1) Rétablir l'équilibre des marchés: - autoriser les stockages public et privé toute l'année et les élargir à d'autres produits, notamment le fromage ; - définir une politique de déstockage contra-cyclique en fonction du niveau des prix (pour ne pas perturber la reprise du marché) ; - renforcer, par une augmentation des aides européennes, la distribution de produits laitiers dans les écoles en élargissant la palette des produits éligibles et les structures bénéficiaires (comme les universités) ; - promouvoir les produits laitiers grâce à une meilleure information des consommateurs (étiquetage de l'origine des produits, étiquetage des substituts laitiers) ; - soutenir l'exportation de produits ciblés (beurre, poudre de lait, fromages) vers certains pays tiers ; - réactiver l'aide à l'incorporation de lait écrémé et de poudre de lait écrémé dans l'alimentation animale, qui a été temporairement suspendue. 2) Modifier l'organisation commune de marché (OCM) unique: - pour habiliter la Commission à prendre des mesures d'urgence dans le secteur du lait, comme elle l'est déjà pour d'autres filières ; - pour donner au plus vite aux producteurs les moyens adéquats de mieux s'organiser et pour encourager une relation contractuelle « juste et équilibrée » entre producteurs, transformateurs et distributeurs, en leur donnant la visibilité dont ils ont besoin.
Accueil mitigé des deux dernières propositions de la Commission
Par ailleurs, le Comité spécial agriculture (CSA), composé des experts des pays de l'UE, a réservé, lundi, un accueil mitigé aux deux dernières propositions de la Commission européenne dans le secteur du lait (EUROPE n° 9994). La Commission propose d'étendre le champ d'application de l'article 186 du règlement
« OCM (organisation commune des marchés) unique » pour permettre à la Commission de prendre des mesures en faveur du secteur laitier en cas de perturbations du marché entraînant des baisses ou des hausses importantes des prix sur le marché intérieur. Plusieurs délégations (dont Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, Luxembourg…) se sont montrées sceptiques sur ce projet visant en fin de compte à accorder plus de pouvoirs à la Commission. L'autre proposition consiste à assouplir les règles sur le rachat de quotas laitiers pour faciliter la restructuration. L'Allemagne et l'Autriche ont demandé, pour éviter les problèmes de distorsion de concurrence, que ces nouvelles règles soient obligatoires et non pas facultatives. Mais la plupart des délégations ont préconisé que cette mesure soit facultative. La Commission a expliqué en substance: - qu'elle ne comptera pas les quotas rachetés quand le prélèvement est dû (pour cause de dépassement du quota national) ; - que quand le pays ne doit pas payer de prélèvement, il pourra garder les quotas rachetés (aux exploitants) dans la réserve nationale pour en faire bénéficier, par exemple, les jeunes ou les agriculteurs situés dans les régions défavorisées (zones montagneuses). Plusieurs délégations, dont la France, ont jugé en général que ces deux propositions ne sont pas suffisantes pour rétablir le calme dans ce secteur. (L.C.)