Bruxelles, 16/06/2009 (Agence Europe) - Si le Conseil européen de cette semaine (18/19 juin) décidait de désigner formellement José Manuel Barroso comme président de la prochaine Commission européenne, il risquerait un vote négatif au Parlement européen en juillet non pas nécessairement contre le candidat Barroso mais contre la « méthode Barroso qui consiste à profiter des derniers jours du Traité de Nice pour faire un croche-pied au Parlement européen » en l'empêchant de jouer le rôle démocratique renforcé que lui réserve le nouveau Traité de Lisbonne, a affirmé mardi le coprésident des Verts au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit. Il existe au parlement nouvellement élu un « front du refus », composé des Verts, des socialistes (PSE), des libéraux (ADLE) et de la Gauche unitaire (GUE/NGL), qui trouvent « inadmissible » que le prochain président de la Commission soit désigné en toute précipitation et sans débat préalable au parlement en suivant les dispositions du Traité de Nice et que le reste de la Commission soit formé plus tard sous le Traité de Lisbonne, a-t-il mis en garde devant la presse. Plusieurs députés favorables à M. Barroso mais opposés à la « méthode » envisagée devraient rejoindre cette alliance, estime M. Cohn-Bendit. « Si le Conseil européen persiste et signe et décide quand même de désigner M. Barroso sous le Traité de Nice, il risque d'y avoir un vote négatif en juillet », dit-il. Comment est-il possible que M. Barroso, qui se présente comme l'un des plus grands défenseurs du Traité de Lisbonne et qui souligne les vertus démocratiques du nouveau traité, insiste tellement pour être désigné et élu sous le Traité de Nice ?, se demande encore le co-président des Verts. « Ce devrait être un honneur pour lui d'être désigné sous Lisbonne » et d'obtenir ainsi une légitimité démocratique accrue grâce à l'implication beaucoup plus importante du PE dans ce choix, dit-il.
L'argument principal avancé par les défenseurs d'une désignation rapide en juin/juillet (y compris par M. Barroso lui-même, la Présidence tchèque et par la future Présidence suédoise), à savoir que dans ces temps de crise, l'UE ne peut pas se permettre d'avoir une Commission « affaiblie » par l'incertitude prolongée autour de son futur président, est balayé d'un revers de la main. M. Barroso et sa Commission resteront de toute façon en place jusqu'au renouvellement de la Commission en novembre ou plus tard dans l'année ; il n'y a donc pas de vide ou d'incertitude, affirme M. Cohn-Bendit qui conclut: « Il est complètement idiot de dire que la Commission ou l'UE serait affaiblie. Il n'y a aucune justification pour ne pas nommer toute la Commission sous les règles du Traité de Lisbonne ». Au contraire, le Parlement européen serait le grand perdant d'une désignation du président de la Commissions sous Nice. C'est comme dans le football où les joueurs doivent s'imposer dès les cinq premières minutes s'ils veulent se faire respecter par leurs adversaires au cours du match, explique M. Cohn-Bendit: « Si le PE ne se fait pas respecter en juillet (au tout début de la nouvelle législature), il ne sera jamais respecté (par le Conseil européen et la Commission) pendant les cinq prochaines années ».
Un candidat alternatif n'est « pas exclu ». Les Verts demandent donc que le débat sur la désignation du président et sur le renouvellement de l'ensemble de la Commission soit reporté en automne (après le référendum irlandais, le vote formel du PE sur l'ensemble de la Commission devant de toute façon avoir lieu seulement après l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne) et qu'il se déroule en premier lieu au Parlement européen. Plus encore: M. Cohn-Bendit souhaite que le Parlement puisse débattre de la question de savoir « qui sera le meilleur candidat pour gérer la Commission face aux crises économique, climatique et de globalisation » et proposer ensuite un candidat soutenu par une majorité des députés ; celui-ci pourrait ensuite être formellement désigné par le Conseil européen et le PE voterait alors sur cette désignation. Le co-président des Verts n'exclut pas que le candidat soutenu par une majorité des députés soit en fin de compte José Manuel Barroso « mais je n'exclus pas que d'autres candidats émergeront », dit-il. Des candidats alternatifs potentiels existent (il a cité Poul Nyrup Rasmussen et Guy Verhofstadt) mais, pour l'instant, M. Cohn-Bendit ne souhaite pas dévoiler le nom de « son » candidat favori. « Nous ferons des propositions le moment venu quand le débat sera lancé au Parlement européen », dit-il. Le co-président des Verts a laissé entendre que son groupe pourrait aussi soutenir un candidat venant du PPE pourvu que ce ne soit pas M. Barroso. « La surprise viendra d'un élan vers une personne qui ne sera pas Barroso (…) mais un nouveau candidat qui a une stature en Europe, qui est reconnu dans tous les courants politiques, qui est aussi acceptable pour tous ceux qui voulaient Barroso et qui vient du même espace politique (que M. Barroso) mais qui se différencie de sa méthode caméléon», a dit M. Cohn-Bendit. Son souhait est tout de même que ce soit quelqu'un qui, à l'époque, était dans le « camp des opposants à la guerre en Irak ». (H.B.)