Bruxelles, 16/06/2009 (Agence Europe) - Au lendemain de la réunion climatique onusienne de Bonn qui n'a engrangé aucune percée significative permettant d'augurer d'une issue ambitieuse des négociations internationales en décembre, et à la veille du Conseil européen des 18 et 19 juin, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, appelle l'UE à œuvrer à la conclusion d'un accord ambitieux à Copenhague et à progresser dans l'organisation de sa contribution financière pour aider les pays en développement dans leurs efforts d'atténuation du changement climatique et d'adaptation au phénomène.
Dans sa lettre au président du Conseil européen, Jan Fischer, M. Barroso déclare: « Nous devons travailler simultanément sur plusieurs fronts, pour maximiser l'efficacité de notre contribution au processus de négociation internationale, pour élaborer les concepts qui aideront les pays en développement à s'attaquer à leurs émissions et aux conséquences du changement climatique, pour encourager le développement et l'utilisation des technologies sobres en carbone, et pour les partager avec les économies émergentes et en développement. Nous devons aussi décider, au sein de l'UE, comment organiser au mieux la contribution financière que nous serons prêts à faire pour aider les pays en développement ».
Pour l'heure, le projet de conclusions sur la table du Conseil européen ne souffle mot de cet aspect spécifique relatif à la « cuisine interne » des 27 autrement que par une invitation, faite à la Commission européenne, de présenter rapidement une proposition. Dans le chapitre intitulé « Changement climatique et développement durable », le projet de texte se contente de reprendre le consensus des ministres des Finances de l'UE relatif aux deux principaux critères d'un partage du financement international des mesures de lutte contre le changement climatique (la capacité contributive et la responsabilité à l'égard des émissions de gaz à effet de serre) , et renvoie pour ce faire aux conclusions du Conseil ÉCOFIN du 9 juin sans avancer de chiffre (EUROPE n° 9918). Pour agréer certains États membres - la Pologne, notamment, particulièrement inquiète d'être trop mise à contribution - ces conclusions précisent que les critères de partage externe ne seront pas nécessairement les mêmes que ceux du partage interne.
Rappelons qu'en mars dernier, le Conseil européen s'était engagé à fixer « bien avant la conférence de Copenhague », les positions de l'UE sur trois questions, à savoir: - les principales approches concernant le financement de l'atténuation, de l'adaptation, de l'appui technologique et du renforcement des capacités ; - les détails de la contribution de l'UE ; - les principes de la répartition de la charge entre les États membres - le tout sur la base de propositions concrètes de la Commission européenne. Dans ses conclusions, le Conseil ÉCOFIN, qui a fait sa part de travail en définissant les critères de répartition du financement international, rappelle cet engagement afin de souligner que ces trois questions doivent être discutées simultanément.
Or, pour l'heure, la Commission n'a soumis aucune proposition sur le partage de la charge entre les 27 et « aucune date n'est prévue pour sa présentation. On attend le sommet, on verra après », a précisé, mardi 16 juin, une source proche de la Commission européenne.
Le Conseil européen devrait donc inviter la Commission européenne à lui présenter, aussi vite que possible, à la lumière des négociations en cours, un programme de travail établissant clairement quand seront prises les décisions qui importent, l'objectif étant de garantir qu'il y aura suffisamment de temps pour la coordination interne à l'UE et la prise de décision avant les rencontres internationales importantes préparatoires à la Conférence de Copenhague.
Greenpeace appelle les chefs de gouvernement du G8 au sursaut
La prochaine rencontre décisive au niveau international sera celle du G8 (L'Aquila, Italie, 8 -10 juillet). Étant donné qu'à Bonn (1er-12 juin), pays industrialisés et pays en développement ont campé sur leurs positions, les seconds attendant que les premiers s'engagent plus résolument avant de s'engager eux-mêmes, Greenpeace appelle les chefs d'État et de gouvernement du G8 à passer à la vitesse supérieure et à prendre leurs responsabilités. « Il est clair que de nombreux fonctionnaires gouvernementaux qui ont négocié à Bonn étaient dans leur petite bulle, imperméables aux préoccupations du public et à la science climatique. Le climat est déjà en train de changer (…). Les chefs d'État doivent immédiatement intervenir et sortir les négociations de l'impasse. Ils doivent prendre, personnellement, leurs responsabilités. Au sommet du G8, ils doivent s'engager sur des réductions d'émissions sérieuses et contraignantes, et sur un financement en faveur du monde en développement », a déclaré Martin Kaiser de Greenpeace International. L'ONG redoute qu'au rythme où vont les choses, les gouvernements s'orientent vers « une longue nuit de négociation à l'extrême fin de la conférence de Copenhague ». (A.N.)