login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9895
Sommaire Publication complète Par article 10 / 36
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/eurogroupe

L'Europe ne devrait pas minimiser la crise sociale qui s'annonce

Bruxelles, 05/05/2009 (Agence Europe) - En tablant sur une contraction de l'économie de 4% en 2009, « la Commission a visé juste ». C'est en tout cas l'avis de l'Eurogroupe, au sein duquel un « assez large accord de tous les États membres » s'est dégagé lors de la présentation des dernières prévisions de printemps, lundi 4 mai (EUROPE n° 9894). Selon son président Jean-Claude Juncker, ces prévisions sont « un peu plus optimistes, tout en restant très noires » que celles publiées par le FMI il y a 15 jours et qui avaient été critiquées par plusieurs pays européens pour leur pessimisme. Si elles ne permettent pas de conclure à un véritable redressement, certaines données récentes viennent illuminer les perspectives d'activités, a estimé M. Juncker à l'issue de la réunion. « Nous commençons à observer des signaux positifs aux États-Unis, en Asie, en Europe », a renchéri devant la presse le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Joaquín Almunia, même si les préoccupations portent plutôt sur l'impact social de la crise.

Appel à la responsabilité sociale. Après la période de création nette d'emploi des dernières années, les taux de chômage sont repartis nettement à la hausse (dans la zone euro, le taux devrait atteindre 9,9% en 2009 et 10,4% en 2010, contre 7,5% en 2007 et 2008). « Cela risque de nous mener vers un débat de fond sur la bonne articulation de notre modèle économique et social », anticipe M. Juncker, pour qui on aurait tort de sous-estimer « le caractère explosif » que peut revêtir cette situation. « Nous sommes au milieu d'une crise économique et financière, nous allons vers une crise sociale puisque crise d'emploi il y aura ». Tous nos efforts doivent être orientés pour y faire face, avec notamment des politiques de l'emploi plus actives, or « j'ai l'impression que beaucoup d'hommes politiques sous-estiment l'ampleur de ce phénomène », analyse-t-il. Dans ce contexte, le président de l'Eurogroupe regrette aussi profondément que le Sommet de l'emploi du 7 mai à Prague s'organise finalement en formation restreinte (une Troïka et non pas un Sommet de chefs d'État comme souhaité initialement par la Présidence tchèque et la Commission européenne). Et le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois d'asséner: « Lorsqu'on n'a pas d'idée, ce n'est pas une raison pour ne pas s'occuper des problèmes ».

Mais pas à des mesures additionnelles de relance. S'il répète l'appel aux employeurs à « ne pas procéder à des licenciements prématurés » et a plutôt recourir au chômage partiel, M. Juncker et ses homologues ne voient pas à ce stade la nécessité d'augmenter le volume des efforts budgétaires pour contrer les effets de la crise actuelle. En dépit du « tableau ombragé » des prévisions économiques, « nous ne pensons pas que les États membres de la zone euro ou de l'UE en tant que telle devraient ajouter de nouveaux éléments aux programmes conjoncturels qui ont été décidés et dont l'exécution vient d'être entamée ». Les premiers effets des mesures de relance se feront sentir vers la fin 2009 et produiront leur véritable impact en 2010, a répété M. Juncker. Les mesures budgétaires (« considérables ») des États membres sont donc suffisantes et « à l'heure où nous sommes nous ne voyons pas l'intérêt de lancer de nouveaux programmes conjoncturels dans le vide ». Pour permettre aux efforts déjà déployés de contribuer pleinement à la reprise et à restaurer la confiance, il est en revanche primordial de s'occuper du traitement des actifs dépréciés, ont répété MM. Juncker et Almunia, sans évoquer le moindre chiffre (le FMI a récemment évalué à 750 milliards d'euros les dépréciations d'actifs que les banques de la zone euro pourraient encore enregistrer d'ici 2010). La voie à suivre pour assainir le secteur bancaire est en effet laissée à la discrétion des États membres (qui doivent simplement se conformer aux orientations et principes définis par la Commission - EUROPE n° 9848).

Le retour à la consolidation des finances publiques se prépare. Avec la crise, les soldes budgétaires vont se détériorer davantage et les estimations de la Commission sont à cet égard jugées « crédibles » par les ministres des Finances de la zone euro, selon M. Juncker. En espérant que le contexte des prochains mois sera plus propice à un retour à l'effort de consolidation budgétaire, leur intention est toujours de définir une stratégie de sortie de la spirale de déficit et de surendettement, car « nous n'avons pas la faculté de reporter le fardeau des politiques d'aujourd'hui sur les générations à venir », a-t-il insisté. Confirmant l'ouverture prochaine de procédures pour déficit excessif à l'encontre de cinq États membres (Pologne, Roumanie, Lituanie, Lettonie et, pour la zone euro, Malte), M. Almunia a aussi annoncé, pour « les mois à venir », certaines décisions du même acabit pour les pays n'ayant pas dépassé les 3% en 2008, mais projetant des déficits excessifs en 2009 et 2010. Dès le mois prochain, en juin, l'Eurogroupe fera le point sur les perspectives des finances publiques à moyen et long terme. À cette occasion, les ministres entameront une discussion sur l'ajustement de leurs stratégies budgétaires de manière à atteindre les « Objectifs à moyen terme » (OMT) de retour à l'équilibre, qui ont été partout repoussés du fait de la crise. (A.B.)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES