Bruxelles, 31/03/2009 (Agence Europe) - Les enjeux du Sommet du G20 ne manquent pas, mais l'important pour les dirigeants des pays et des institutions présents à Londres sera surtout d'afficher leur unité. Répété à l'envi avant le Sommet, ce message devra transparaître dans le texte final, dont l'élaboration a déjà bien progressé, et surtout être traduit ensuite en actes. Les derniers arbitrages se feront sans doute jeudi sur plusieurs points, comme le chiffre du montant affecté cette année à la relance budgétaire (et son impact pour la croissance et l'emploi) ou celui dédié au renforcement des ressources du Fonds monétaire international (FMI) et des banques multilatérales de développement (certains espèrent plus que les 500 milliards de dollars attendus par l'institution de Bretton Woods).
Clé de la relance économique, le soutien à la demande mondiale sera au cœur des discussions. Pas question cependant d'établir une hiérarchie entre les efforts budgétaires et la réforme réglementaire du système financier, ces éléments étant tous deux prioritaires. Sur ce point, comme sur d'autres, une convergence de vues s'installe entre Européens et Américains aux dires du président de la Commission européenne. « Pour la première fois dans une crise économique, le monde travaille ensemble », a déclaré mardi 31 mars José Manuel Barroso en présentant à la presse son point de vue sur les objectifs de la réunion. Le Sommet est une « occasion unique » d'affirmer notre détermination en faveur: - d'une coordination mondiale au plan budgétaire ; - d'une réforme ambitieuse des marchés financiers (un « stimulus de confiance ») ; - d'un renforcement des institutions multilatérales, FMI en tête (un « stimulus de gouvernance globale ») ; - d'un soutien au commerce mondial et - d'un engagement fort en faveur des pays en développement et de la préservation du climat (il faut de l'« équité » envers les pays en développement et de la « cohérence » dans la lutte contre le changement climatique). Cinq attentes et autant d'actions d'une égale importance qu'il faut définir ensemble, pour restaurer la confiance.
Une confiance qui ne dépend pas nécessairement d'un nouvel effort budgétaire, selon M. Barroso, qui réfute les critiques de ceux qui demandent à l'UE de consacrer une part plus importante du PIB à la relance. Ne pas annoncer à ce stade de nouvelles mesures est aussi un choix afin de renforcer la crédibilité et la confiance en ce qui est déjà fait, explique-t-il. À ce stade, il faut donc « se concentrer sur l'exécution ». Ce n'est pas en comparant l'ampleur des différents paquets qu'une solution sera trouvée à la crise. « Les citoyens jugeront la stimulation à l'aune des résultats pas de l'ampleur de l'effort fourni », insiste M. Barroso, en rappelant que « chaque économie est différente » et qu'il faut « adapter nos instruments à ces réalités nationales ». Et de marteler: « Ce qui compte, ce sont les résultats ».
En vue de la réunion, des progrès semblent se dessiner pour un calendrier de réforme du FMI (contrepartie nécessaire à des contributions accrues de certains pays émergents) et sur une régulation financière plus stricte (avec aussi une action concernant les paradis fiscaux et les juridictions non coopératives, dont la liste devrait encore évoluer d'ici jeudi).
Doter l'UE d'une représentation unique, dans les institutions financières internationales (et autres), aurait le mérite de « faire de la place » à d'autres grandes économies. « La Commission ne s'y opposerait pas », mais il n'est « pas très réaliste » aujourd'hui d'attendre une telle évolution, confirme sans surprise M. Barroso. Une meilleure représentation des pays émergents devrait néanmoins apparaître d'ici 2011 (par un renforcement des droits de vote), s'apprête à décider le G20.
Pour la réforme de l'architecture financière, l'évolution des positions entre Américains et Européens va « dans le sens d'une convergence », selon le président Barroso. Opposer mesures budgétaires contre régulation, c'est « un faux débat », souligne-t-il, car il n'est « pas question de l'un ou l'autre, mais de faire les deux ». Si la nouvelle administration américaine est beaucoup plus ouverte sur la régulation financière, elle l'est aussi sur le changement climatique et, peut être, sur le commerce, se félicite M. Barroso (le G20 appellera aussi à résister au protectionnisme et à conclure le cycle de Doha, qui pourrait doper l'économie mondiale d'au moins 150 milliards de dollars par an).
Mais comme pour les différents paquets de relance déjà décidés, seule la concrétisation ultérieure des engagements qui seront pris jeudi permettra de dire que la réunion de Londres n'aura pas été un succès en trompe l'œil. Pour s'en prémunir, le président Barroso confirme d'ores et déjà la nécessité d'organiser d'autres sommets. Il ne faut « pas attendre une solution miracle le 2 avril », c'est un processus et il serait « utile d'en avoir encore un autre cette année », a ainsi jugé M. Barroso. « Que le processus est en train de produire des résultats, c'est évident », indique-t-il, estimant avoir engrangé plus de résultats en matière d'évasion fiscale sur les trois derniers mois qu'au cours des trente dernières années. (A.B.)