Bruxelles, 31/03/2009 (Agence Europe) - Le commissaire européen à l'Élargissement est sorti satisfait de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères (« Gymnich ») du week-end dernier qui, dit-il, a « clairement et fermement réitéré la perspective européenne des pays des Balkans ». En revanche, Olli Rehn n'est pas encore entièrement rassuré à propos de la volonté politique des États membres d'aller de l'avant dans le processus d'intégration européenne des pays de la région indépendamment de la grave crise financière et économique actuelle et des doutes persistants sur l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Ces craintes, le commissaire les a exprimées, mardi, devant la commission des affaires étrangères du Parlement européen où
- le jour de ses 47 ans - il s'est livré à un fervent plaidoyer en faveur de la poursuite de la « politique de stabilisation dans les Balkans occidentaux, une politique qui est aussi appelée politique d'élargissement de l'UE ». La politique d'élargissement reste la « principale force motrice » des réformes et de l'évolution démocratique dans les pays balkaniques et mettre en cause cette politique reviendrait à « jouer avec le feu » dans une région ou la stabilité, la démocratie et la prospérité économique sont d'une importance capitale pour l'UE. S'adressant (sans les nommer) à des pays membres comme l'Allemagne, la France ou le Luxembourg qui ont déjà clairement indiqué qu'ils n'approuveront plus aucune adhésion tant que le Traité de Lisbonne ne sera pas en vigueur, M. Rehn a dit: « Bien sûr que nous avons rapidement besoin du Traité de Lisbonne pour rendre l'UE plus efficace. Mais les problèmes (de sa ratification et mise en œuvre) ne sont pas des raisons pour arrêter notre politique de stabilisation des Balkans ». « Personne ne demande que ce processus avance avec la vitesse d'un Eurostar mais il faut que le train avance, qu'il n'y ait pas d'interruption », insiste M. Rehn.
Le commissaire a ensuite évoqué la situation spécifique dans certains des pays concernés, notamment:
Croatie. Le différend frontalier avec la Slovénie bloque toujours la poursuite des négociations mais tout espoir n'est pas perdu, dit le commissaire: boucler les pourparlers d'adhésion « d'ici la fin de l'année » est toujours « faisable » à condition que Zagreb et Ljubljana parviennent rapidement à régler leur dispute. Comment ? L'offre de la Commission de mettre en place un groupe d'experts internationaux présidé par Martti Ahtisaari pour « faciliter » la recherche d'une solution à ce « problème bilatéral » est « bonne, réaliste et viable », mais il faut absolument que les deux parties (qui ont accepté cette idée s'accordent sur le mandat et les méthodes de travail de ce groupe, a dit M. Rehn. Une nouvelle réunion entre le commissaire et les deux ministres des Affaires étrangères est prévue pour ce mercredi à Bruxelles. Mardi, M. Rehn n'a pas encore voulu se prononcer sur les réactions croate et slovène à sa proposition modifiée de la semaine dernière. Le commissaire s'est dit par ailleurs « très inquiet » du comportement de certains médias dans les deux pays qui, par leur « rhétorique nationaliste », accentuent encore davantage les tensions.
Serbie. M. Rehn avait de bonnes nouvelles à annoncer. La Commission est en mesure de répondre positivement à la demande serbe de transformer près de 50% des aides de préadhésion pour 2009 (soit environ 100 millions d'euros sur un total de 200 millions) en aide budgétaire pour aider la Serbie à faire face à la crise financière et économique (Belgrade avait fait cette demande le 24 mars dernier, voir EUROPE n°9868). Pas de progrès à annoncer, en revanche, sur la question de l'accord de stabilisation et d'association (ASA) intérimaire dont la mise en œuvre est toujours bloquée par les Pays-Bas qui réclament une meilleure coopération de Belgrade avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (et notamment l'arrestation de Radko Mladic). M. Rehn aura cette semaine une entrevue avec Serge Brammertz, le procureur général du tribunal.
Kosovo. La Commission présentera en automne (au moment de l'adoption des rapports annuels sur les pays candidats) une « étude de faisabilité » qui fera le point sur les développements politique, économique et social ainsi que sur la perspective européenne du Kosovo. Cette étude examinera aussi la question de savoir « comment nous (l'UE) pouvons avoir une relation contractuelle avec le Kosovo alors qu'il n'est pas reconnu par cinq de nos 27 États membres » (Roumanie, Chypre, Grèce, Espagne, Slovaquie), a expliqué M. Rehn. Quelle que soit la réponse à cette question politiquement et juridiquement complexe, il est clair que l'UE a une « responsabilité à assumer, même si certains pays ne reconnaissent pas le Kosovo », dit-il. L'important est de ne pas laisser se développer un « trou noir » dans les Balkans.
ARYM. Alors que le premier tour des élections présidentielles dans l'ancienne République yougoslave de Macédoine s'est bien déroulé le 22 mars (en conformité avec la plupart des normes démocratiques internationales), il faudra encore que la « finale », le deuxième tour prévu pour le 5 avril, confirme ce jugement. « La manière dont se déroulent ces élections sera très importante pour l'avenir européen du pays », a dit M. Rehn. Si, en outre, l'ARYM parvient à remplir les huit critères (« benchmarks ») définis en mars 2008, la Commission pourrait recommander dans son prochain rapport de progrès (attendu pour l'automne) une date pour l'ouverture des négociations d'adhésion avec ce pays qui est « candidat » depuis décembre 2005.
Albanie. Les élections parlementaires du 28 juin prochain seront un « test » très important pour la « maturité politique » du pays, estime le commissaire. Le pays envisage de déposer sa candidature d'adhésion encore avant la fin de la Présidence tchèque en dépit des demandes répétées de Bruxelles de retarder, si possible, cette décision et de se focaliser davantage sur les réformes. Mardi, M. Rehn n'a pas voulu répondre à une question d'un député qui voulait savoir comment la Commission accueillerait une demande d'adhésion albanaise qui serait déposée encore avant l'été. Il a, en revanche, insisté sur le fait que le statut de pays candidat ne pourra être accordé qu'à des pays qui ont fait les réformes nécessaires et qui ont fait preuve d'une « bonne application » de l'ASA et de « stabilité démocratique ».
Bosnie-Herzégovine. Le pays a fait en 2008 des progrès en matière d'intégration européenne avec, notamment, la signature de l'ASA intérimaire qui est « plutôt bien » appliqué. Malheureusement, on a vu ces derniers mois le retour des « rhétoriques nationalistes », ce qui est « regrettable », a dit M. Rehn. (H.B.)