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Bulletin Quotidien Europe N° 9868
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Nouveau président de la Commission européenne: la saga des maladresses

Il est permis de douter que les deux principaux partis politiques européens et les deux principaux groupes politiques du Parlement européen aient fait preuve de sagesse et de clairvoyance dans la gestion du dossier relatif au choix du prochain président de la Commission européenne.

Une situation regrettable. Le Parti populaire européen (PPE) et le groupe parlementaire PPE-DE, en indiquant de manière très explicite José Manuel Barroso comme leur candidat, ont en pratique obligé les autres groupes et partis à prendre position contre lui ; campagne électorale oblige. Les socialistes ont été encore plus malhabiles, en se plaçant dans l'impossibilité d'indiquer leur candidat. L'Agence Europe n'a évidemment pas à se prononcer pour l'une ou l'autre personnalité ; ce n'est pas son rôle. Mais elle peut trouver regrettable la naissance d'une situation qui suscitera inévitablement remarques et polémiques autour de l'activité de la Commission et vives critiques envers l'action de son président, car c'est la règle de toute campagne électorale depuis que la démocratie existe. Plus tard, au moment de former une majorité ou de se partager les fonctions, la rivalité pourra baisser d'un cran et des coopérations deviendront possibles sur certains dossiers ; mais, pendant la campagne, plus on frappe fort et plus on augmente (ou l'on croit augmenter) ses chances. Un responsable à haut niveau d'un groupe politique a expliqué: « Je dois bien dire aux électeurs pourquoi ils doivent voter pour mon parti plutôt que pour un autre ».

Un groupe de personnalités de premier plan (dont Jacques Delors, Jean-Luc Dehaene et Guy Verhofstadt, voir notre bulletin d'hier), dans un appel à mobiliser l'opinion publique dans un véritable débat sur l'avenir de l'Europe, a invité les partis à désigner leur candidat à la présidence de la Commission. En même temps, Jo Leinen a invité le PSE (Parti des socialistes européens) à soumettre aux électeurs une candidature alternative à celle de M. Barroso, et il a en pratique ouvert la campagne en affirmant que la Commission actuelle a échoué dans le contrôle des marchés financiers et dans la stabilisation du marché du travail, soulignant que les électeurs ne doivent pas seulement s'exprimer sur une nouvelle orientation politique mais aussi choisir les personnalités qui devront la concrétiser. À première vue, c'est logique.

L'erreur des socialistes. Où se situe alors l'erreur des socialistes ? Elle est double: l'incapacité, du moins jusqu'à présent, à désigner leur candidat (et c'est à cette incapacité que Jo Leinen a réagi) et surtout le fait que plusieurs personnalités socialistes de premier plan se sont déjà prononcées en faveur d'un nouveau mandat pour M. Barroso. C'est le cas du Premier ministre britannique Gordon Brown (qui appartient, on le sait, au parti travailliste, membre du PSE) avec une motivation très chaude: il a fait un excellent travail, il a mis en place une Europe plus forte, plus juste et plus prospère et il a montré la voie sur la question du changement climatique. C'est le cas des chefs de gouvernement d'Espagne et du Portugal. En sachant que la majorité des autres chefs de gouvernement appartiennent au PPE ou en sont assez proches, et que c'est le Conseil européen (donc, les chefs d'État ou de gouvernement) qui désigne le président de la Commission (et il doit le faire à l'unanimité), il semble évident qu'un candidat socialiste n'aurait pas, dans les circonstances actuelles, beaucoup de chances. Sauf en cas de succès spectaculaire des listes socialistes aux prochaines élections européennes. C'est bien l'objectif de Jo Leinen et des autres responsables socialistes qui estiment nécessaire que le PSE désigne son candidat. Mais lors de la rencontre de la semaine dernière entre les dirigeants socialistes, seule Martine Aubry, du PS français, s'est prononcée explicitement contre M. Barroso et pour une personnalité alternative. Comment la désigner, cette personnalité, vu que M. Brown, M. Zapatero et M. Socrates se sont déjà prononcés pour M. Barroso ?

Une évolution inopportune ? J'ajoute que des politologues qualifiés estiment inopportun, voire même nocif, que le président de la Commission ait des liens étroits avec un groupe politique du Parlement européen. Dans une Union réunissant un grand nombre d'États membres, il y aura toujours en même temps des gouvernements de tendance socialiste et d'autres du centre, des coalitions de centre-droite et d'autres de centre-gauche. La Commission doit être au-dessus de ces divisions et tenir compte de tous les intérêts pour définir l'intérêt européen. Elle ne doit pas avoir des comptes à rendre à l'un ou l'autre groupe parlementaire, jusqu'au jour où l'UE serait une véritable Fédération, sur le modèle des États-Unis d'Amérique ; ce qui n'est pas prévisible et peut-être même pas souhaitable.

C'est pourquoi le titre de ce commentaire parle de « saga des maladresses ».

(F.R.)

 

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