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Bulletin Quotidien Europe N° 9860
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Retour de la confiance européenne et mensonges des eurosceptiques

Une prise de conscience. Ne parlons pas d'un retour de l'enthousiasme européen ; ce n'est pas de saison. Ce qui progresse, et dans des proportions qui dépassent les prévisions, c'est la prise de conscience du fait que, face à la crise, seule l'UE en tant qu'ensemble est en mesure d'agir avec efficacité, aussi bien sur le plan communautaire interne que pour se faire entendre au niveau mondial. Les signaux en ce sens sont nombreux, allant de certaines conversions au Royaume-Uni (parfois surprenantes, tellement elles sont inattendues et radicales) aux pressions de plus en plus insistantes des nombreux pays qui frappent à la porte ; et j'entends aussi bien la porte de l'euro que celle de l'UE elle-même pour qui n'en fait pas encore partie. On peut lire des prises de position explicites dans la presse britannique la plus connue sur le continent: l'Economist, après avoir énuméré les raisons pour lesquelles l'UE est aujourd'hui indispensable, admet que cela ne rend pas Bruxelles plus populaire auprès des électeurs mais nous rend reconnaissants que l'UE existe. Et un éditorialiste du Financial Times annonce: « I am ready to retire as a Eurosceptic », car il constate que l'UE représente le meilleur exemple de gouvernance internationale existante.

La mystification eurosceptique. La compréhension du caractère indispensable de l'action commune européenne progresse donc, en tant que voie pour faire face à la crise économique et financière. Mais en même temps les forces politiques eurosceptiques s'efforcent de faire croire que les résultats positifs peuvent être atteints en appliquant leurs formules, c'est-à-dire la coopération intergouvernementale et le rejet du Traité de Lisbonne, en rongeant ou en limitant les pouvoirs des institutions communautaires et en contestant les procédures supranationales. C'est une mystification. Le degré de solidarité que plus ou moins tous les pays invoquent ne pourra jamais se concrétiser par des coopérations intergouvernementales. Des règles européennes, et des institutions en mesure de les faire respecter selon des procédures communautaires, sont indispensables. Ce n'est pas une opinion, c'est un fait. Citons l'exemple des eurobonds.

Une UE intergouvernementale ne peut pas s'endetter. On invoque le lancement d'emprunts communautaires, initiative que Jacques Delors avait déjà lancée dans son Livre blanc de 1993. Or, ceci présuppose des disciplines européennes et une gestion en commun. C'est comme pour l'euro ; heureusement la Banque centrale européenne (BCE) et le Groupe de l'euro (Eurogroupe) existent. Ils ne sont pas des organismes apatrides ou techniques, comme on essaye parfois de le faire croire avec un degré élevé de démagogie, car ils sont composés des présidents des banques centrales des pays de la zone euro et des ministres des Finances de la même zone. Mais l'ensemble boite, parce que la jambe monétaire (BCE) est solide alors que la jambe économique (Eurogroupe) ne dispose pas de pouvoirs de décision suffisants. Faut-il revenir une fois de plus sur les lacunes et les risques que Jacques Delors dénonce depuis toujours ?

Le résultat est que, même si la monnaie est unique, les pays de la zone euro doivent, pour financer leur dette, emprunter sur les marchés à des taux sensiblement différents, à cause de l'absence de politiques budgétaires harmonisées. Les institutions européennes excluent le danger qu'un pays de la zone euro puisse se trouver en situation de défaut de paiement (debt default), mais en même temps elles assurent qu'en cas de nécessité la possibilité de les secourir existe. Un commentateur qualifié a écrit: « Sans l'euro, la Grèce et l'Irlande seraient déjà en faillite ; l'Italie, l'Espagne et la France auraient subi trois dévaluations en deux ans. » Grâce à la gestion commune de l'euro, ceci n'arrive pas. Mais aussi longtemps que les politiques budgétaires ne seront pas gérées selon des règles communes et que les plafonds d'endettement national autorisés ne seront pas respectés, il est démagogique d'affirmer que l'UE pourrait s'endetter en tant que telle. Certains experts estiment même indispensable un gouvernement économique de la zone euro ; l'UE n'est pas mûre pour le faire, mais la coordination contraignante est indispensable pour qu'il soit possible de partager les risques.

La solidarité communautaire existe. En attendant, regardons de façon positive tout ce que l'Europe a déjà fait ou prépare en matière de gouvernance financière et ce qu'elle concrétise en matière de solidarité, à partir du financement plus généreux de certains instruments communautaires et de l'accélération des déboursements des fonds régionaux. Cette solidarité sera encore renforcée et améliorée entre les États membres qui souhaitent approfondir l'intégration (les pays qui donneraient la préférence aux thèses eurosceptiques auront le droit de rester en marge). Mais une responsabilité commune des déficits budgétaires nationaux n'est pas imaginable aussi longtemps que les politiques budgétaires ne seront pas, elles aussi, gérées en commun dans le cadre de l'UEM. Ceci n'est pas pour demain, mais beaucoup est déjà possible.

(F.R.)

 

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