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Bulletin Quotidien Europe N° 9831
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques enseignements de l'interview de M. Barroso à l'Agence Europe

L'interview de José Manuel Barroso à l'Agence Europe (voir nos bulletins N° 9828 et 9829) clarifie sa conception de l'Europe et donc son attitude en tant que président de la Commission, au-delà des évaluations sur ses choix et ses résultats. Ce qu'il a dit indique en particulier que:

1. L'UE ne peut pas, à son avis, être gouvernée selon le critère « majorité contre opposition ». Dans l'Union à 27 (et bientôt davantage), il y aura toujours des pays à majorité socialiste et d'autres à majorité libérale, des coalitions changeantes, des alternances au pouvoir. Il est impensable que les choix et les orientations de l'Europe n'en tiennent pas compte. Il estime que «les familles politiques pro-européennes doivent comprendre qu'elles ne sont pas les ennemies l'une de l'autre, mais qu'elles doivent combattre ensemble certains extrêmes qui sont les véritables ennemis de l'Europe et qui risquent de percer lors des élections européennes. » Pour la prochaine campagne électorale, il souhaite que «les grandes familles politiques européennes aillent aux élections en mettant en avant ce qu'il y a de positif en Europe, même si elles ne sont pas d'accord sur tout. » Les forces politiques mettent toutefois en relief l'exigence de faire valoir devant les électeurs les raisons pour lesquelles elles demandent leur suffrage. L'équilibre n'est pas simple.

2. Les institutions européennes ne doivent pas se faire concurrence. M. Barroso rejette l'idée d'une concurrence entre les trois grandes institutions politiques de l'UE. Lorsqu'il faisait partie du Conseil européen, il avait défendu le rôle et l'autonomie de la Commission. Dans ses fonctions actuelles, il se félicite de l'extension des compétences et des pouvoirs du Parlement ainsi que de la présidence stable du Conseil européen, tout comme de la décision de confier au vice-président de la Commission la présidence du Conseil « Relations extérieures ». Plus les trois institutions sont fortes, plus l'UE est forte. Il rejette l'idée que la Commission doive être tout le temps en guerre avec les États membres: « Je pourrais peut-être augmenter ma cote de popularité, mais les résultats n'y seraient pas ». Or, ce sont les résultats qui comptent. Il souligne que les opinions publiques ne font pas de distinction entre les institutions: pour les citoyens, lorsqu'une décision est prise, c'est l'UE qui agit, c'est l'UE qui décide. Le partenariat actif entre les trois grandes institutions politiques est la base de tout progrès de l'Europe, même s'il s'agit, dans certaines circonstances, d'un partenariat critique. Les concepts fondés sur la rivalité entre les institutions sont, à son avis, stériles.

3. Rôle et composition de la Commission. M. Barroso défend avec vigueur sa Commission face aux accusations d'être devenue un simple secrétariat du Conseil, en faisant valoir le poids et la signification de: a) ses initiatives législatives (dont la concrétisation dépend du Conseil et désormais aussi du Parlement) ; b) son action autonome (c'est elle qui fait face aux grandes entreprises multinationales, d'origine européenne ou américaine ou d'ailleurs, et qui les sanctionne le cas échéant) ; ses pouvoirs de gestion, qui, dans plusieurs domaines, sont considérables. Ce qu'il n'aime pas, c'est lancer des projets qui n'ont pas de chances de réussite car il se méfie des effets d'annonce. Annoncer ce qu'on ne peut pas faire est nuisible pour tous.

M. Barroso a aussi revendiqué en tant qu'élément positif ce qu'il a qualifié de charisme technique de la Commission. Il entend, par cette expression, les travaux préparatoires et la maîtrise des dossiers qui permettent à la Commission de tenir compte de tous les aspects parfois contradictoires d'un projet ainsi que des intérêts nationaux parfois divergents, et ainsi de jouer efficacement le rôle de médiateur entre le Parlement et le Conseil dans le cadre de la codécision. J'ai constaté que souvent les compromis entre les deux Institutions qui détiennent l'essentiel du pouvoir législatif sont ceux préparés par les services de la Commission, grâce à leur connaissance technique des dossiers.

La composition de la Commission représente l'une des questions institutionnelles les plus controversées et débattues, depuis que le Conseil européen s'est engagé - dans le contexte de l'affaire irlandaise- à revenir à la formule un commissaire par État membre. M. Barroso conteste que cette formule soit susceptible de transformer la Commission en une sorte d'aréopage inefficace, d'assemblée de sages. Le nombre de commissaires n'entrave pas, à son avis, l'efficacité de la Commission, sa capacité de proposer, d'agir en se fondant non pas sur l'intérêt national de tel ou tel pays mais sur l'intérêt européen.

La composition et le fonctionnement de la Commission comportent toutefois certains aspects qui méritent d'être approfondis. Ce sera pour demain.

(F.R.)

 

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