Bruxelles, 18/06/2008 (Agence Europe) - Dans le cadre des débats organisés à l'occasion de l'Année européenne du dialogue interculturel, le Parlement européen a invité l'avocate pakistanaise des droits de l'homme, Asma Jahangir, rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion et de croyance depuis 2004, à venir s'exprimer en séance solennelle mercredi 18 juin. Soulignant qu'elle souscrivait entièrement aux objectifs énoncés par le Conseil de l'UE et le Parlement européen en proclamant 2008 année du dialogue interculturel, Mme Jahangir a tenu un discours éclairé et vivement applaudi sur l'intérêt du dialogue interculturel pour le maintien de la paix et le respect des droits de l'homme dans le monde et sur l'importance essentielle du dialogue interreligieux en ce sens. Un dialogue qui doit intégrer toutes les communautés de croyants, y compris les athées, a-t-elle affirmé, ajoutant que le dialogue interculturel doit s'élargir à l'ensemble de la société civile, et aux gouvernements afin de créer un espace de dialogue le plus large possible. « Le dialogue interculturel est très important pour surmonter les attitudes sectaires et intransigeantes et afin de renforcer la tolérance religieuse partout dans le monde », a ainsi déclaré la représentante des Nations Unies, qui ajoute que le dialogue entre communautés religieuses et/ou culturelles différentes permettait un rapprochement d'idées par un partage de valeurs universelles communes. Si le dialogue à lui seul ne résout pas les problèmes, il s'agit d'une première étape essentielle, a poursuivi Mme Jahangir, pour autant qu'il ne dérape par sur des effets pervers, lorsque l'une des deux parties cherche à convaincre l'autre de la supériorité de sa culture ou de sa religion. Illustrant ses propos d'exemples concrets, Asma Jahangir s'est réjouie, par exemple, des réunions interreligieuses organisées en Israël et dans les territoires occupés, où des intellectuels juifs et arabes cherchent à rétablir le dialogue en condamnant les attitudes extrémistes de leurs concitoyens. Elle rappelle aussi d'autres initiatives, comme le rapprochement des catholiques et des protestants à Belfast. « Malheureusement, les efforts menés sur le terrain font rarement la Une des médias, sauf s'il est question de violence interreligieuse », a-t-elle regretté.
À la question de savoir qui doit participer au dialogue interculturel, l'avocate a souligné le rôle fondamental des femmes, premières victimes des extrémismes de tous bords, mais aussi actrices de premier plan - mais malheureusement oubliées - pour rétablir le dialogue entre communautés opposées. Elle s'est félicitée, à ce propos, des initiatives du Parlement européen pour défendre le droit des femmes. Pour conclure, Mme Jahangir a déclaré que « les valeurs doivent servir de pont entre les différentes religions et les croyances », afin de renforcer les droits de l'homme dans le monde. Rappelant que le Parlement avait plaidé pour la libération de Mme Jahangir, assignée à résidence à Lahore le 3 novembre 2007 lors de l'imposition de l'état d'urgence par le gouvernement pakistanais et libérée le 16 novembre 2007, la vice-présidente du PE, Rodi Kratsa-Tsagaropoulou, l'a félicitée pour son discours qui renforcera le message du PE en faveur du dialogue et de la compréhension mutuelle. (I.L.)