Bruxelles, 18/06/2008 (Agence Europe) - Le Conseil européen s'ouvrira ce jeudi 19 juin à 17 heures avec une première séance de travail au cours de laquelle les chefs d'État et de gouvernement des 27, en présence du président de la BCE, Jean-Claude Trichet, donneront le feu vert officiel à l'adhésion de la Slovaquie à la zone euro au 1e janvier 2009 (EUROPE n° 9657 et n° 9674). Après la rencontre traditionnelle avec le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, les dirigeants entameront en début de soirée leur débat sur les possibilités, pour l'UE, de réagir à la flambée des prix des denrées alimentaires et du pétrole. « Nous discuterons des implications politiques (…) et prendront une série de mesures à court, moyen et long terme », écrit le président en exercice du Conseil européen, le Premier ministre slovène Janez Jansa, dans sa lettre d'invitation à ses pairs. Il sera aussi question, à cette occasion, des objectifs du Millénaire pour le développement. Le dîner de jeudi soir sera entièrement consacré au « non » irlandais sur le Traité de Lisbonne. « Nous demanderons à notre collègue Brian Cowen (Premier ministre irlandais) d'expliquer les raisons du rejet du Traité de Lisbonne dans le référendum. Ensuite, nous examinerons ensemble les issues possibles » à cette nouvelle crise institutionnelle, écrit M. Jansa dans sa lettre. Parallèlement, les ministres des Affaires étrangères parleront des perspectives européennes des pays des Balkans occidentaux.
Vendredi 20 juin, à partir de 10 heures, les chefs se pencheront sur le projet des conclusions préparé par la Présidence slovène. Ils auront un débat sur les initiatives actuellement en cours dans le domaine de la justice/liberté/sécurité, sur l'état des discussions au Conseil sur le paquet « énergie/climat » ainsi que sur la libéralisation des marchés énergétiques dans l'UE. Les dirigeants parleront ensuite des Balkans occidentaux et du renforcement de la politique européenne de voisinage (PEV): ils feront le point sur les préparatifs pour le lancement officiel de l'Union pour la Méditerranée (UMP) le 13 juillet à Paris, et donneront leur appui aux récentes propositions polono-suédoises en faveur d'un renforcement de la « dimension orientale » de la PEV.
Les députés appellent les dirigeants à s'occuper des « vrais problèmes des citoyens »
Mercredi, au Parlement européen à Strasbourg, les députés ont notamment appelé les chefs d'État et de gouvernement à ne pas s'enliser dans un nouveau long débat institutionnel mais à se concentrer sur les vrais problèmes des citoyens. Pour le groupe PPE-DE, Joseph Daul a demandé que le sommet procède à une « analyse calme et responsable » du référendum irlandais sur le traité et qu'il appelle à la poursuite du processus de ratification dans les autres pays membres. « Tous les pays doivent exprimer leur opinion et à la fin, le Conseil européen devra décider de la marche à suivre », a-t-il dit. Il faut, certes, que les 27 prennent le temps de réfléchir aux conséquences du « non » irlandais, mais cette « période d'introspection » doit se terminer le plus rapidement possible car l'UE ne peut pas se permettre de continuer à « regarder son nombril ». « Les citoyens attendent de l'UE qu'elle trouve des solutions à leurs problèmes quotidiens » comme la hausse des prix de pétrole et des produits alimentaires, a dit M. Daul. Le chef du groupe socialiste, Martin Schulz (PSE) est d'accord: « Depuis huit ans, sans interruption, l'UE est en train de ratifier l'un ou l'autre traité », sans succès. « Quelle crédibilité avons-nous encore ? », se demande M. Schulz pour qui les principaux responsables de ce fiasco sont les gouvernements nationaux qui, chez eux, ne cessent de faire de l'UE et des institutions européennes les « boucs émissaires » pour tous les problèmes du monde. Quelques minutes auparavant, le président de la Commission, José Manuel Barroso, avait lui aussi pointé la « responsabilité particulière » des gouvernements nationaux pour la distance qui s'est creusée et la méfiance qui s'est installée entre les citoyens et le projet européen. En faisant, pendant des années et des années, de l'UE le bouc émissaire, les gouvernements ont préparé le terrain pour des « campagnes populistes » contre le projet européen, a estimé M. Barroso. Vous avez raison, a répondu M. Schulz à M. Barroso, « mais il faudrait que vous teniez ces mêmes propos devant le Conseil européen ». Martin Schulz a aussi attaqué de plein fouet le commissaire irlandais Charlie McCreevy. Il est le principal responsable d'une politique de marché intérieur qui favorise la seule dérégulation sans aucune préoccupation pour le social, a dit M. Schulz qui a demandé M. Barroso de « démettre » M. McCreevy de ses fonctions. M. Schulz a aussi critiqué M. McCreevy pour son rôle trop passif dans la campagne référendaire. Pour le groupe libéral, Graham Watson (ALDE) a parlé d'une crise de confiance entre les citoyens et les institutions européennes et a rappelé la responsabilité des gouvernements dans la promotion du projet européen. « Expliquer le projet européen aux citoyens est une tâche de tous les jours, pas seulement au moment des ratifications de traité », a-t-il dit. Monica Frassoni (Verts/ALE) estime qu'une simple « solution diplomatique » au problème irlandais ne sera pas suffisante pour remettre le projet européen sur les rails, après ce qu'elle appelle l'échec de l'« Europe des gouvernements ». L'Irlandais Brian Crowley (UEN) a souligné qu'il faudra maintenant comprendre pourquoi ses compatriotes ont voté contre, au lieu de montrer du doigt les Irlandais. Il a néanmoins plaidé pour la poursuite des ratifications dans les autres pays dont les choix doivent aussi être respectés. Francis Wurtz (GUE/NGL) voit dans le non irlandais, qu'il salue, un signe de « l'approfondissement de la crise de légitimité du modèle européen ». Au lieu d'augmenter la sécurité des citoyens, le modèle économique et social de l'UE renforce la précarité des citoyens, affirme-t-il, critiquant aussi la manière dont l'UE décide, « loin des gens et sans eux ». Le Britannique Nigel Farage (IND/DEM), vêtu d'un T-shirt clamant: « Respect the Irish Vote », a lancé un « bravo » aux Irlandais. Pour lui, les ratifications doivent s'arrêter immédiatement car le Traité de Lisbonne est « mort ».
Une majorité pour la poursuite des ratifications
Le débat général qui a suivi a mobilisé un grand nombre d'élus irlandais, et il a donné la possibilité aux partisans de la poursuite des ratifications de s'exprimer. Aucun démocrate, s'est exclamée Marian Harkin (ALDE), ne peut légitimement s'opposer au droit des autres de s'exprimer, comme l'ont fait les citoyens irlandais. L'Europe est en construction (un « work in progress »), ajoute Mme Harkin, un projet qui, malgré les difficultés, « vaut toujours, toujours la peine ». C'est aussi l'opinion de la socialiste Avril Doyle, qui invite ses compatriotes au calme, dénonce la tactique de certains partisans du « non », qui ont essayé de faire croire que le Traité de Lisbonne impose l'euthanasie et l'avortement. « Le mensonge l'a emporté sur la vérité », accuse le socialiste Proinsias De Rossa qui propose une nouvelle date pour la ratification du traité, avant les prochaines élections européennes. Les partisans du « non » ne sont pas restés silencieux: Lisbonne est mort, les ratifications doivent être arrêtées, affirment Bairbre De Brun (GUE/NGL) et le Vert Ian Hudghton, qui reconnaît certains points positifs du traité mais proteste contre l'obscurité de son langage. Quant à Cathy Sinnot (IND/DEM), elle dénonce la transformation de l'Irlande d'un pays basé sur les valeurs chrétiennes en une société matérialiste et sans valeurs.
La grande majorité des parlementaires, en réitérant le respect dû à tous les pays membres, sans exception, a plaidé pour la poursuite des ratifications. Certains d'entre eux ont vertement accusé les gouvernements de ne pas avoir bien fait leur travail d'information, comme l'Autrichien Othmar Karas (PPE/DE) qui estime que ces derniers devraient, lors de la réunion du Conseil européen, s'excuser auprès des citoyens pour leur « manque d'information, de courage et de droiture » Et le social-démorate allemand Jo Leinen les invite à accepter enfin qu'une politique d'information commune, mise au point avec la Commission et le Parlement (la Commissaire Wallström l'a remercié pour cette suggestion) est une nécessité démocratique. Le Vert autrichien Johannes Voggenhuber renchérit: vous n'avez pas compris le message du « non » français et néerlandais, vous avez concocté un traité illisible et maintenant vous vous étonnez des réactions des citoyens. Dans le même esprit, le socialiste français Bernard Poignant rappelle: « Le sixième non sur neuf référendums, ça, ça interpelle… », en constatant que l'Europe vit une crise d'identité et qu'elle aurait besoin d'un leadership fort, mais que « là, nous sommes un peu orphelins ». Les ratifications vont se poursuivre, affirme le libéral britannique Andrew Duff, en citant le vote qui a lieu ce mercredi même à Westminster. M. Duff aurait souhaité « moins de libertas et davantage de veritas » dans la campagne irlandaise, et il remarque que « le plébiscite est une forme de démocratie davantage adaptée à des circonstances révolutionnaires qu'à des décisions sur des révisions complexes de traité ». Son compatriote travailliste Gary Titley soutient lui aussi la poursuite des ratifications, comme le socialiste tchèque Libor Roucek, qui proteste contre l'enterrement de Lisbonne prôné par le président de son pays. (H.B./L.G.)