Bruxelles, 18/06/2008 (Agence Europe) - N'en déplaise aux autorités françaises, italiennes et espagnoles, la Commission européenne a refusé de revenir sur la fermeture de la pêche au thon rouge (EUROPE n° 9684). Contrairement à ce qu'affirment les professionnels, la Commission dit être en possession de « toutes les données nécessaires pour établir que la flotte européenne de thoniers senneurs a maintenant épuisé ses quotas ». « On ne peut attendre sérieusement de la Commission qu'elle examine les demandes très mal fondées (des États membres) de suspendre » cette interdiction, a déclaré Joe Borg, le commissaire européen à la Pêche, dans un communiqué diffusé dans la soirée de mardi 17 juin.
La Commission se dit convaincue que les nombreuses défaillances dans la mise en œuvre du plan international de sauvegarde des stocks de thon rouge ont eu pour effet de compliquer grandement la tâche des États membres consistant à surveiller les captures réalisées par les navires. Les défaillances concernent, notamment: - de fausses déclarations de captures ; - des retards dans la transmission des plans de pêche et des erreurs dans la transmission des données satellites sur le mouvement des bateaux.
Les services de Joe Borg sont certains que les quotas des thoniers utilisant une senne coulissante sont atteints. Ils savent, par exemple, que: - huit navires à senne coulissante de France qui ont pêché 21 jours depuis le début de la campagne n'ont déclaré aucune prise de thon rouge ; - actuellement, la moitié de la flotte française n'aurait rien capturé, selon les chiffres fournis, alors que les navires restants ont déclaré avoir épuisé environ 90% de leurs quotas individuels ; - 8 thoniers senneurs italiens ont dépassé de 100 à 240% leurs quotas ; - 8 avions de reconnaissance ont été utilisés pour repérer les bancs de thon rouge, ce qui est illégal.
La décision de fermer la pêche n'est pas motivée seulement par la nécessité de protéger le stock. Il s'agit aussi de faire respecter le principe d'équité envers la pêche artisanale qui n'a pas encore utilisé toutes ses possibilités de captures, conclut la Commission.
Michel Barnier, le ministre français de la Pêche, a annoncé son intention d'évoquer le problème lors du Conseil Agriculture-Pêche des 23 et 24 juin, à Luxembourg. Théoriquement, même si Paris n'évoque pas encore cette possibilité, une décision de fermeture de pêche par la Commission peut être remise en cause par les États membres de l'UE par un vote à la majorité qualifiée. (L.C.)