Luxembourg, 16/06/2008 (Agence Europe) - Lors d'un échange de vues sur le Soudan, auquel a participé Louis Moreno Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale (CPI), les ministres des Affaires étrangères des 27 ont réitéré, le 16 juin, leurs vives préoccupations face à la détérioration des conditions de sécurité au Soudan qui compromet la mise en œuvre de l'accord de paix global et la possibilité d'un règlement pacifique du conflit au Darfour. Ils ont également réaffirmé leur soutien à la CPI et déploré que le gouvernement soudanais persiste à ne pas coopérer avec elle.
Dans ses conclusions, le Conseil estime qu'Ahmad Harun et Ali Kushayb devraient être remis à la CPI. Particulièrement préoccupé par l'affirmation du Procureur selon laquelle les décisions de commettre des crimes, de ne pas les reconnaître ou de les dissimuler sont prises au niveau le plus élevé, le Conseil se dit prêt à envisager des sanctions contre les personnes responsables de la non-coopération avec la CPI.
Le Conseil considère que l'accord de paix global et la constitution nationale provisoire sont la base de la transformation démocratique, de l'instauration de la paix et de la stabilité dans tout le Soudan. Il demande à toutes les parties en présence de jouer un rôle constructif dans la préparation des élections prévues en 2009, notamment en approuvant la loi électorale.
S'agissant des affrontements militaires récents à Abyei, le Conseil espère que l'accord conclu le 8 juin entre le Parti national du congrès et le Mouvement populaire de libération du Soudan servira de base à la résolution du différend et à une solution durable pour la mise en œuvre du protocole d'Abyei. Il invite les deux parties à ne pas entraver les déplacements de la Mission préparatoire des Nations unies au Soudan (MINUS) et des organisations humanitaires, et à faciliter la tenue d'une enquête indépendante sur les événements qui se sont produits dans toute la région. L'UE est prête à apporter son aide pour répondre aux besoins humanitaires des personnes qui ont dû quitter Abyei et à remettre la ville en état pour permettre aux habitants de s'y réinstaller en toute sécurité, précise le Conseil.
Les conclusions expriment la condamnation ferme de l'UE de l'attaque menée par le Mouvement pour la justice et l'égalité contre le gouvernement soudanais au début du mois de mai, ainsi que des bombardements et des attaques contre des civils récemment perpétrés par les forces gouvernementales et leurs milices au Darfour.
Le Conseil souligne la nécessité d'accélérer le déploiement de la mission hybride des Nations unies et de l'Union africaine (UA) au Darfour (MINUAD) et de l'équiper pour qu'elle puisse remplir le mandat qui lui a été confié par le Conseil de sécurité, notamment pour ce qui concerne la protection des civils.
Condamnant les récentes attaques menées contre cette mission de paix, le Conseil invite une nouvelle fois le gouvernement du Soudan à respecter l'accord sur le statut des forces - et en particulier la libre circulation de la MINUAD - et à tout mettre en œuvre pour faciliter le déploiement rapide des militaires et des policiers sélectionnés par l'ONU et l'UA.
Préoccupé par la persistance des violences contre des civils, des forces de maintien de la paix et du personnel humanitaire ainsi que des violences faites aux femmes et des crimes sexuels, le Conseil souligne que ces crimes et ces violations des droits humains et du droit international ne doivent pas rester impunis. Il rappelle à cet égard qu'il est prêt à prendre de nouvelles mesures, notamment dans le cadre des Nations unies, « contre toute partie qui ne joue pas un rôle constructif dans le processus de paix au Darfour, contre toute partie qui entrave la mise en place d'une MINUAD effective, contre toute partie qui, par des actes de violence, compromet la paix et la sécurité au Darfour et dans la région, et en particulier contre toute partie qui empêche les personnes dans le besoin, d'accéder à l'aide humanitaire ».
Pour désamorcer les tensions entre le Soudan et le Tchad, le Conseil invite instamment les deux pays à respecter l'accord conclu le 13 mars 2008 à Dakar. Il salue les efforts diplomatiques actuellement déployés par l'UA et rappelle que l'EUFOR Tchad/RCA est un acteur essentiel de la sécurisation de la région à laquelle il œuvre, avec la MINURCAT et la MINUAD. (A.N.)