Luxembourg, 16/06/2008 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont eu, lundi 16 juin à Luxembourg, un premier échange de vues sur les conséquences du « non » irlandais au Traité de Lisbonne (EUROPE n° 9682). La discussion - en restreinte pendant le déjeuner - n'a pas apporté de clarté supplémentaire sur les véritables raisons qui ont poussé les Irlandais à rejeter le nouveau traité, ni n'a laissé entrevoir de solutions pour sortir de cette nouvelle crise institutionnelle. La question figurera évidemment au centre du Conseil européen de cette semaine (19/20 juin) et occupera les chefs d'État et de gouvernement dès le déjeuner de jeudi soir.
Lundi, au Conseil « Affaires générales/Relations extérieures », le ministre irlandais des Affaires étrangères, Michael Martin, n'a pas voulu - ou pas pu - dévoiler les solutions que propose son gouvernement pour sortir de la crise. « Il est beaucoup trop tôt pour parler de solutions ou de propositions », a-t-il déclaré. Il n'était même pas encore en mesure d'expliquer à ses homologues pourquoi le traité avait été rejeté. «La première chose à faire, c'est d'entreprendre une analyse approfondie pour comprendre les raisons derrière ce vote, et aussi pour voir comment cela pourrait faire évoluer notre relation avec l'UE », a ajouté le ministre. Une chose est certaine, selon M. Martin: « Il n'y a pas de remède à court terme, nous sommes dans une situation difficile ».
Le ministre irlandais a demandé que ses partenaires « respectent » la « décision démocratique » du peuple irlandais. Il a aussi demandé de la « solidarité européenne »: il ne s'agit pas seulement d'un problème irlandais mais d'un problème européen, et l'Irlande attend que l'UE, elle aussi, participe activement à la recherche d'une solution, a-t-il dit (des diplomates irlandais font remarquer qu'après les « non » français et néerlandais, l'UE avait aussi traité la crise comme un problème commun et pas comme un problème franco-néerlandais). Après le Conseil, M. Martin a salué devant la presse l'« esprit fort de solidarité » qui, selon lui, a régné au cours du débat. Au cours du week-end, le Premier ministre irlandais, Brian Cowen, avait lui aussi déclaré que l'UE devait aider l'Irlande à trouver une solution qui, a-t-il insisté, ne peut pas « marginaliser » l'Irlande en Europe. Il réagissait ainsi à une remarque du ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui avait évoqué la possibilité « que l'Irlande laisse la voie libre, un temps, à l'intégration des 26 autres États membres » (lundi, le porte-parole de M. Steinmer a relativisé: le retrait momentané de l'Irlande du Traité de Lisbonne « n'était pas un objectif ni une proposition mais la description d'une option possible », a-t-il dit). Lundi, à l'issue du Conseil, le ministre irlandais a insisté devant la presse: « L'Irlande est profondément engagée en faveur de l'intégration européenne et elle ne veut pas être laissée à l'écart ». L'Irlande a besoin de « temps et d'espace » pour trouver, « collectivement », à 27, une solution, a dit
M. Martin. L'option d'un second référendum irlandais, est-elle envisagée à Dublin ? « Pour l'instant, nous n'avons encore envisagé aucune option », a répondu le ministre.
Lundi, au Conseil, le spectre d'une « Europe à plusieurs vitesses » n'a pas été évoqué, mais les 18 pays membres qui ont déjà ratifié le Traité de Lisbonne ont plaidé avec vigueur pour le « maintien en vie » du nouveau traité et la poursuite du processus de ratification dans les huit autres pays (hormis l'Irlande) dont les parlements nationaux doivent encore se prononcer: Royaume-Uni, République tchèque, Belgique, Pays-Bas, Suède, Espagne, Italie, Chypre. Au Royaume-Uni, Gordon Brown doit faire face à une pression croissante de la part des conservateurs et de la presse eurosceptique qui, dans le passé, réclamaient la tenue d'un référendum britannique sur le nouveau traité et qui, depuis le « non » irlandais, demandent carrément son enterrement immédiat. Normalement, la Chambre des Lords doit examiner et approuver le nouveau traité ce mercredi 18 juin. Gordon Brown semble tenir bon: après s'être entretenu ce week-end avec plusieurs dirigeants européens, il a assuré que Londres allait poursuivre le processus de ratification parlementaire. Le ministre des Affaires étrangères, David Miliband, l'a confirmé lundi au Conseil à Luxembourg. « Dix-huit pays ont déjà donné leur position sur le traité. Nous avons besoin que tous les pays prennent position et nous déciderons alors ce qui doit être fait », a plaidé le ministre. L'attitude de la République tchèque, qui exercera la présidence de l'UE au premier semestre 2009, sera également cruciale pour l'avenir du traité. Pour l'instant, la question est examinée par la Cour constitutionnelle, à la demande du parlement tchèque. Le président tchèque Vaclav Klaus, qui n'a jamais caché son opposition au Traité de Lisbonne, et certains dirigeants de son parti démocrate civique (ODS, au gouvernement) estiment que le "non" irlandais devrait signifier la fin du traité. Le Premier ministre Mirek Topolanek, qui dispose des pouvoirs exécutifs, ne s'est pour l'instant pas encore clairement prononcé sur la ratification. Il a cependant noté qu'avec le traité de Nice actuellement en vigueur, l'UE dispose d'une « base contractuelle stable » qui permet à l'UE de « fonctionner ». Lundi, à Luxembourg, le ministre tchèque des Affaires étrangères, Karel Schwartzenberg, a esquivé la question de savoir si le processus de ratification devrait être poursuivi ou pas dans son pays. « Attendons les résultats du Conseil européen », a dit son porte-parole. Le vice-Premier ministre Alexandr Vondra a déclaré lundi à Prague que la France et l'Allemagne ne devraient pas faire pression sur les autres pays pour qu'ils poursuivent le processus de ratification (référence faite à la déclaration franco-allemande qui a été publiée vendredi 13 juin, peu après l'annonce des résultats finaux en Irlande et appelant notamment à la poursuite des ratifications). « Cette pression me semble malvenue », a déclaré M. Vondra. Les Pays-Bas ont annoncé, immédiatement après le référendum irlandais, leur détermination à poursuivre et à mener à bien le processus de ratification parlementaire (EUROPE n° 9682). La Belgique plaide « avec force » pour la poursuite du processus de ratification, a dit le secrétaire d'État belge aux Affaires étrangères, Olivier Chastel. Au cas où, en fin de compte, l'Irlande resterait dans l'impossibilité de ratifier le traité, alors la Belgique proposerait qu'on envisage le moyen de « surmonter le problème irlandais par la différenciation », en offrant à l'Irlande la possibilité de « renoncer à certaines des avancées contenues dans le Traité de Lisbonne », explique le secrétaire d'État belge aux Affaires européennes dans un communiqué. L'Espagne poursuivra sa ratification parlementaire, a dit lundi le ministre des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, qui prévoit que le traité pourra être ratifié par son pays « début octobre ». L'Italie et Chypre poursuivront aussi leurs ratifications parlementaires. Tout comme la Suède où le parlement procédera comme prévu au vote de ratification du traité, très probablement en automne.
Pas d'impact sur le processus d'élargissement. Plusieurs délégations, y compris la Présidence slovène, ainsi que la Commission européenne ont insisté lundi sur le fait que les turbulences autour du Traité de Lisbonne ne doivent, en aucun cas, avoir un impact sur la poursuite du processus d'élargissement, notamment sur l'entrée de la Croatie qui espère adhérer à l'UE en 2010. « Ce qui s'est passé en Irlande n'a pas de lien spécifique avec le processus d'élargissement », a commenté Dimitrij Rupel. La décision d'ouvrir les négociations avec la Croatie (et la Turquie) en 2005 a été prise à l'unanimité et ne peut pas être remise en cause par le « non » irlandais, a aussi souligné le Commissaire Olli Rehn. Réunis lundi à Prague pour un sommet régional, les Premiers ministres tchèque, slovaque, polonais et hongrois ont aussi insisté sur la poursuite du processus d'élargissement, en dépit de la nouvelle crise institutionnelle. « Les derniers événements en Irlande ne devraient en aucun cas être une raison de travailler moins sur l'élargissement de l'UE, avec des partenaires tels que la Croatie et d'autres pays », a déclaré le Polonais Donald Tusk. « Les complications du processus de ratification du nouveau traité ne doivent pas influer sur l'élargissement de l'UE », a aussi déclaré le Slovaque Robert Fico. (H.B.)