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Bulletin Quotidien Europe N° 9683
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le choix de l'Irlande ne doit pas bloquer l'évolution communautaire

Le blocage du Traité de Lisbonne a tout changé, à commencer par le programme du Conseil européen de cette semaine. La réaction apaisante et rassurante du président de la Commission européenne était peut-être nécessaire du point de vue diplomatique, mais elle n'est pas convaincante. Affirmer que l'Irlande demeure engagée dans le renforcement de l'UE est une manière de méconnaître la réalité, car le peuple irlandais a choisi de s'en exclure, et il faut respecter son choix. Le moment est venu de relancer l'intégration entre les pays qui la veulent, les autres faisant partie d'un cercle extérieur qu'ils ont en pratique choisi ou qu'éventuellement ils choisiront. Les autorités irlandaises ont exclu l'hypothèse d'une nouvelle consultation populaire sur le même projet, et l'UE doit rejeter l'idée d'une troisième négociation sur l'approfondissement de l'intégration. Des années de négociations transparentes, avec la participation des parlements nationaux et prenant en considération les souhaits de la société civile ont conduit à des compromis raisonnables. Il faut à présent trouver les moyens de les appliquer entre les États membres qui sont d'accord. Personne n'est obligé de suivre, mais personne n'a le droit d'empêcher les autres d'avancer.

Préparatifs inutiles. En attendant la réaction, les conséquences de ce qui est arrivé sont désastreuses. Presque tout ce qui était en préparation est bloqué. Le nouveau Traité n'entrera pas en vigueur à la date prévue (1er janvier prochain) ni dans un délai rapide après les élections européennes. Les nouvelles adhésions sont bloquées avec la seule exception possible de la Croatie (le président du Parlement européen vient de le confirmer). Le président stable du Conseil européen ne sera pas désigné, ni le Haut Représentant pour la politique étrangère avec son double rôle de vice-président de la Commission et de président du Conseil «Relations extérieures». Les compétences du Parlement européen ne sont pas étendues à la politique commerciale et à la politique agricole, et les droits des parlements nationaux dans les affaires européennes ne sont pas renforcés. Le rapport Dehaene (dont on attendait tellement) et les travaux de mise au point du service diplomatique commun deviennent insignifiants.

En outre et surtout, disparaît la relance communautaire de la politique étrangère et de défense commune, pour laquelle le Traité de Lisbonne avait défini des formules habiles et efficaces, sur des bases essentiellement volontaires, respectant donc pour chaque État membre la faculté de ne pas y participer. Le résultat sera que plusieurs grands États membres avanceront quand même en matière de défense, car ils estiment que c'est indispensable, mais ils le feront sur un plan intergouvernemental.

Les nouvelles perspectives financières seront affectées. Il faut s'attendre aussi à des répercussions sur la prochaine négociation des nouvelles perspectives financières quinquennales. Dans une Europe partiellement bloquée et ne disposant pas des instruments appropriés pour une gestion démocratique et efficace, l'affaiblissement des politiques communes et de leur dotation financière est prévisible. Ceux qui rejettent le renforcement de la méthode communautaire ne pourront pas s'en plaindre, car la solidarité représente un ensemble ; si chacun choisit les secteurs de sa préférence, elle n'existe plus. Un ministre des Affaires étrangères, qui a été vice-président de la Commission, vient d'écrire: «il faut en finir avec l'Europe à la carte où l'on peut dire oui aux Fonds de cohésion et aux aides agricoles, et non aux grands défis de la politique étrangère commune ou à celle de l'énergie.» Il est compréhensible que le ministre irlandais des Affaires européennes s'oppose à une Europe à deux vitesses, en faisant valoir que l'un des principes fondateurs du projet européen est la solidarité ; mais c'est le peuple de son pays qui y a renoncé. Et si la PAC est relancée entre les États membres solidaires, on se demandera pourquoi ces pays devraient donner la préférence à la viande irlandaise sur celle de l'Argentine ou du Brésil: les politiques communes représentent un ensemble, on n'a pas le droit d'en choisir une. Je n'oublie pas que les autorités de Dublin et la classe politique irlandaise en général (tous les partis représentés au Parlement sauf un s'étaient prononcés en faveur du «oui») avaient choisi la pleine participation à l'Europe, et elles ont été étonnées par l'ampleur des mensonges des partisans du non ; mais en démocratie, c'est la majorité qui décide. Si c'était possible, le mieux serait de laisser à ceux qui ont gagné le référendum la responsabilité de gérer les effets de ce qu'ils ont voulu.

Je reviendrai demain sur les idées et formules qui ont été énoncées pour faire face aux conséquences du choix du peuple irlandais. La première discussion au sein du Conseil européen devrait déjà commencer à clarifier la situation.

(F.R.)

 

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