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Bulletin Quotidien Europe N° 9674
Sommaire Publication complète Par article 34 / 35
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 781

*** JEFFREY KOPSTEIN, SVEN STEINMO (sous la dir. de): Growing Apart ? America and Europe in the Twenty-First Century. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 326111 - Courriel: directcustserve@cambridge.org - Internet: http://www.cambridge.org ). 2008, 237 p., 14,99 £. ISBN 978-0-521-70491-5.

Certains recueils d'essais académiques peuvent se dévorer comme un roman policier bien troussé, à l'intrigue ravivée de page en page et de chapitre en chapitre. Tel est le cas de ce livre exceptionnel qui, s'il n'entraîne pas son lecteur sur les traces d'un tueur diabolique jusqu'au bout du suspens, ne glisse des mains qu'au cœur de la nuit tant il captive et enfile les surprises comme autant de perles sur un collier. Fruit d'un remarquable travail de recherche qui, soutenu par la Commission européenne, a impliqué des politistes des continents américain et européen, il offre des clefs de compréhension tout à fait inédites du phénomène de distanciation entre les deux rives de l'Atlantique et, partant, de l'ébrèchement de la cohésion occidentale. Les auteurs partant du principe qu'il ne suffit pas de chercher à discerner "ce qu'il se passe entre les États démocratiques de l'Occident", mais qu'il convient d'abord, pour poser les bons diagnostics, de "comprendre ce qu'il se passe à l'intérieur de ces pays", leurs analyses revêtent, du coup, une envergure majeure qui hissent cet ouvrage dans la catégorie à la fois prestigieuse et très restreinte des incontournables.

L'Europe et les États-Unis divergent-ils de plus en plus ? A voir comment évoluent leurs politiques intérieures et leurs sociétés, ils sont, en tout cas, de plus en plus différents. Toutefois, les divisions perceptibles au sein même de leurs sociétés respectives ne sont pas négligeables non plus, ce qui complexifie le tableau d'ensemble. Toujours est-il, selon les auteurs, que les Américains et les Européens ne pensent plus de la même manière. Ainsi, la chute du "rideau de fer" n'a pas été comprise de la même manière sur les deux rives de l'Atlantique. Pour la plupart des Américains, résument Sven Steinmo (Institut universitaire européen de Florence) et Jeffrey Kopstein (Université de Toronto), c'est "le libéralisme américain, pas la démocratie sociale européenne, qui a abattu le mur de Berlin" ; pour les Européens, par contre, "bien qu'il était évident que le capitalisme était victorieux du communisme, il était loin d'être évident que la version américaine du capitalisme était préférable à la démocratie sociale européenne", à tel point que ce qui était auparavant considéré comme le "leadership politique américain" a bien vite été ressenti par bien des Européens comme de "l'unilatéralisme américain", le leadership économique des États-Unis étant perçu, lui, comme du "néolibéralisme rapace". De la même manière, les Européens n'ont jamais partagé la foi absolue des Américains dans les vertus du marché et, aujourd'hui, alors que certains discernaient "la fin de l'histoire" avec la victoire du modèle économique américain, un contre-mouvement à la mondialisation libérale croît de part et d'autre de l'Atlantique, "le populisme européen et américain, qu'il soit de droite ou de gauche", étant "de plus en plus taillé dans le même tissu". Plus fondamentalement, Mark Blyth (Johns Hopkins University de Baltimore) montre que de très nombreux Européens rejettent la "nouvelle orthodoxie néolibérale" et que, non contents de ne pas accepter "l'hyperlibéralisme du modèle américain", ils considèrent aussi qu'ils "n'ont pas à le faire", l'expérience de plusieurs pays européens démentant que la concurrence économique exige fatalement des taxes réduites et des gouvernements au profil bas avec, au bout du compte, le démantèlement de l'État-providence auquel ils restent attachés. Et, explorant les raisons pour lesquelles "les idées néolibérales ont échoué en Europe et réussi en Amérique", Steven Teles (Yale University) et Daniel Kenney (Brandeis University) en arrivent notamment à la conclusion que c'est parce que les milieux économiques européens sont moins hostiles à l'action gouvernementale que leurs homologues américains.

Des différences majeures dans l'évolution perceptible de part et d'autre de l'Atlantique sont aussi relevées dans le domaine religieux - avec l'affirmation d'un facteur religieux fondamentaliste politisé aux États-Unis, le culte du marché y ayant sa place, les mosquées pouvant être tentées, en Europe, de développer le même type de compétences entrepreneuriales vis-à-vis de leur "clients" et dans le champ des médias, les Européens affichant, en ces domaines, une plus grande cohésion que les Américains, de plus en plus divisés entre traditionnalistes ou conservateurs et libéraux. Alors qu'une autre contribution s'intéresse spécifiquement à la manière dont l'immigration est gérée de part et d'autre, Daniel Drezner (Tufts University) montre, lui, que le multilatéralisme n'a pas du tout le même sens aux États-Unis et en Europe, étant "seulement un moyen au service d'une fin" dans le chef des premiers alors qu'il serait plutôt "une fin en soi" pour les Européens. Voilà qui ne l'inquiète pas outre mesure car, estime-t-il, si "les petites querelles transatlantiques relatives au style diplomatique font les grands titres (…), elles n'altèrent pas fondamentalement la relation transatlantique". Un optimisme largement partagé par le Français Laurent Cohen-Tanugi qui juge que les différences de perceptions et de visions, pour patentes qu'elles soient, ont surtout à être comprises et gérées avec prudence de manière à prévenir un cycle vicieux "d'incompétence diplomatique, d'excès nationalistes et d'acrimonie populaire". Ce qui inciterait à penser, en définitive, qu'il reste un avenir pour l'Occident pour autant qu'Européens et Américains acceptent chacun de faire les pas qui les rapprochent du milieu du gué transatlantique.

Michel Theys

*** TANGUY STRUYE DE SWIELANDE: La politique étrangère de l'administration Bush. Analyse de la prise de décision. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Géopolitique et résolution des conflits", n° 5. 2007, 288 p., 35,90 €. ISBN 978-90-5201-070-0.

D'une facture académique plus traditionnelle que le précédent, cet ouvrage s'y apparente sur le plan de la qualité. Enseignant aux Facultés universitaires catholiques de Mons et à l'Ecole royale militaire belge, son auteur - qui est aussi Senior Fellow au Centre d'étude des crises et des conflits internationaux de l'Université catholique de Louvain - s'emploie à discerner les ressorts profonds, les motivations, la culture politique et les desseins de l'administration Bush dans le contexte des interventions en Afghanistan et en Irak, "tout en évitant de tomber dans la facilité explicative et le réductionnisme". C'est que, confirme Tanguy de Wilde dès l'avant-propos, "l'encre et la salive consacrées aux commentaires de l'action diplomatico-stratégique décidée à Washington s'enlisent souvent dans des poncifs réducteurs", alors même que Tanguy Struye de Swielande montre "au lecteur que la politique étrangère des États-Unis est suffisamment critiquable au terme d'une analyse approfondie pour ne pas être décriée de manière caricaturale par des impressions superficielles". Le livre se décline en trois chapitres. Le premier dévoile la diversité et la complexité de la politique étrangère américaine à travers l'analyse d'une série de variables décisionnelles, à la fois externes et internes: facteurs géographiques, place du pays dans la hiérarchie internationale de la puissance, idéologie, type de régime, style, groupes de pression… Après avoir ainsi présenté les concepts et les théories de la prise de décision, l'auteur s'en sert ensuite pour évaluer la performance de la Maison Blanche dans la gestion des affaires étrangères: il examine tour à tour la façon dont le président Bush a organisé et dirigé ses conseillers et, d'autre part, comment les conseillers, les bureaucraties, etc. l'ont conseillé et informé au cours de la période de l'après-11 septembre 2001. Dans ses conclusions, Tanguy Struye de Swielande observe que la politique menée par l'administration Bush "est bien moins révolutionnaire que prétendu" et que, en dépit de ses erreurs, cette "politique directe, à la fois idéologique et pragmatique, parfois cynique", reposait aussi - le temps le fera comprendre - sur "une vision, une grande stratégie".

(MT)

*** JORDAN J. PAUST: Beyond The Law. The Bush Administration's Unlawful Responses in the "War" on Terror. Cambridge University Press (voir coordonnées supra). 2007, 311 p., 17,99 £.
ISBN 978-0-521-71120-3.

Ce livre traite d'un sujet qui a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années et qui continuera, semble-t-il, à occuper les presses pendant quelques années. Depuis un funeste jour de septembre, les autorités américaines - entrées, selon les mots de leur Président, dans une guerre contre la terreur - poursuivent sans relâche les responsables de ces attentats, déterminées à trouver les coupables à n'importe quel prix et par n'importe quel moyen. Si une telle réaction peut être intellectuellement compréhensible, nombreuses sont les personnes à s'interroger pour ce qui est des moyens mis en œuvre pour y arriver. Les révélations décrivant les traitements subis par les prisonniers à Guantanamo et Abu Ghraib, faits qui relèvent, selon beaucoup, de la torture, les enlèvements d'individus sur un sol étranger ou, simplement, le manque de transparence sur ce qui se passe en Irak suscitent de plus en plus d'interrogations de la part d'une communauté internationale largement impuissante face aux événements. Ces interrogations proviennent aussi des États-Unis eux-mêmes où certains se mobilisent pour faire prendre conscience à leurs compatriotes des aberrations que leurs dirigeants, à leurs yeux, commettent. Cherchant lui aussi à ouvrir les yeux de ses concitoyens, Jordan Paust, professeur de droit international à l'Université de Houston, expose de manière très détaillée les actions et décisions prises par l'administration Bush au cours de ces dernières années et démontre, au cas par cas, comment les officiels ont déformé et réinterprété les lois internationales pour servir leurs dessins. L'auteur explique comment l'exécutif a planifié et autorisé les violations des lois internationales concernant le traitement, l'interrogation et la détention secrète de prisonniers, pourquoi une "guerre" contre Al Qaeda est absurde étant donné que cette dernière ne représente pas un État souverain, ce qui est une condition indispensable pour livrer une guerre, mais aussi les dangers découlant des commissions militaires antiterroristes, sorte de tribunal militaire que les autorités de Washington voudraient au dessus des lois internationales. Le Pr. Paust tire en outre la sonnette d'alarme en s'inquiétant du fait que le président des États-Unis - qui est, de par la Constitution de son pays, sujet aux lois nationales et aux accords internationaux - a une sérieuse tendance à ne respecter ni les premières ni les seconds, ce qui est du jamais vu dans l'histoire du pays. Il observe aussi que jamais, depuis l'avènement du 3ème Reich, on n'avait vu autant d'avocats civils s'employer avec un tel acharnement à la déformation et à l'interprétation malicieuse d'un tel nombre de lois. Un ouvrage qui intéressera toute personne pour qui la liberté est importante et/ou qui s'intéresse au rôle joué par les États-Unis dans le monde.

(NDu)

*** ANDRAS INOTAI: The European Union and Southeastern Europe. Troubled Waters Ahead ? Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "College of Europe Studies", nº 7. 2007, 414 p., 49,90 €. ISBN 978- 90- 5201- 071-7.

Avec les récentes adhésions de la Roumanie et de la Bulgarie et les pourparlers en cours avec la Croatie, l'Union européenne envoie un message d'ouverture au reste des pays du Sud-Est de l'Europe. Historiquement déchirés par des conflits, les autres pays de la région voient d'un très bon œil les avantages économiques que l'Union pourrait leur amener, sans parler de la stabilité politique qui devrait en résulter. C'est donc aussi l'image et la crédibilité de l'Union et de sa politique d'intégration qui sont ici en jeu. Afin de "prendre la température" de la région, la branche de Budapest de la Fondation Friedrich Ebert a commandé cette étude sur les pays des Balkans. Conscient que l'avenir de l'intégration européenne sera influencé par ce qui se passera dans la région, le Pr. András Inotai (Collège d'Europe et Columbia University de New York) présente, dans cet ouvrage, une étude - menée avec le concours de chercheurs dans sept pays de la région - dont le caractère prédominant est économique, même si elle inclut aussi des données sociologiques et politiques. Le travail aborde ainsi les relations officielles de l'Union avec ces pays, ainsi que les impacts macroéconomiques et socioculturels des politiques européennes. En outre, on trouve dans l'ouvrage une analyse des différents acteurs non européens dans la région, notamment du rôle des États-Unis, et de leur impact, pour les pays concernés comme pour les politiques européennes. L'auteur s'intéresse, par ailleurs, à la perception qu'ont ces pays des ajustements aux normes et conditions européennes tant au niveau institutionnel que social et évaluent l'impact de ces politiques sur les populations locales en discernant les dilemmes qui en émergent. En guise de conclusion, diverses recommandations politiques pour faire face à l'avenir sont formulées.

(NDu)

*** Südosteuropa Mitteilungen. Südosteuropa-Gesellschaft (49 Widenmayerstrasse, D-80538 Munich. Tél.: (49-89) 2121540 - fax: 2289469 - Courriel: info@suedosteuropa-gesellschaft.com - Internet: www. suedosteuropa-gesellschaft.com). 2008, n° 2, 128 p., 12 €. Abonnement: 60 €.

Ce numéro de Südosteuropa Mitteilungen comporte notamment un article consacré à "la responsabilité de l'Union européenne envers les Balkans occidentaux" et une analyse des relations militaro-civiles en Turquie, le populisme constituant le thème du "Dossier" à travers les cas grec, roumain, hongrois et bulgare.

(PBo)

*** Biblioteca della libertà. Centro di Ricerca e Documentazione "Luigi Einaudi" (4 via Ponza, I-10121 Turin. Tél.: (39-11) 5591611 - fax: 5591691 - Courriel: segreteria@centroeinaudi.it - Internet: www. Centroeinaudi.it). 2008, n° 190, 121 p., 15 €. Abonnement: 56 €.

La privatisation du conflit irakien à la lumière, entre autres, du cas Blackwater et l'Iran "entre nouveaux équilibres politiques et la question nucléaire" sont deux des thèmes qui figurent dans ce numéro qui traite aussi, entre autres, de l'égalité et de la non-discrimination au sein de l'Union et de la liberté économique.

(PBo)

*** Politica Exterior. Estudios de Politica Exterior SA (49 Núñez de Balboa, E-28001 Madrid. Tél.: (34 91) 4312628 - fax: 5777252 - Courriel: suscripciones@politicaexterior.com - Internet: htpp//http://www.politicaexterior.com ). 2008, n° 122, 202 p., 12,50 €. Abonnement: 106 €.

Dans ce numéro, plusieurs contributions sont consacrées à "l'espace de l'Union", du Kosovo à la Méditerranée, d'autres articles portant sur la "vitalité de la démocratie" américaine.

(PBo)

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