Bruxelles, 17/10/2007 (Agence Europe) - La principale organisation syndicale des Etats-Unis a récemment exprimé de très vives inquiétudes concernant la collecte et la rétention par les autorités américaines des informations ayant trait à l'appartenance des passagers aériens à des syndicats, et l'utilisation de ces informations pour déterminer si une personne est un terroriste potentiel.
« Nous sommes d'accord avec l'objectif du département (américain à la sécurité) d'identifier ceux qui représentent un véritable risque, mais nous rejetons catégoriquement le fait que l'appartenance à un syndicat ait quoi que ce soit à voir avec cette détermination », a indiqué le 11 octobre John J. Sweeney, le président la Fédération américaine du travail et du Congrès des organisations industrielles (AFL-CIO), dans une lettre adressée au secrétaire américain à la sécurité intérieure Michael Chertoff. Le transfert aux autorités nord-américaines de fichiers des passagers détenus par les compagnies aériennes - « Passenger Name Record » (PNR) - a fait l'objet d'un accord en juillet dernier entre l'UE et les Etats-Unis (EUROPE n° 9478). Il autorise les compagnies aériennes à communiquer au département américain à la sécurité intérieure (DHS) un certain nombre d'informations personnelles, dont des données dites « sensibles » (appartenance à un syndicat, origine raciale ou ethnique, opinions politiques, santé ou vie sexuelle etc.) sur les passagers transportés à destination des ou via les Etats-Unis, à des fins de prévention du terrorisme. Le DHS est supposé éliminer les informations sensibles figurant dans les données PNR (grâce à un système automatique de filtrage) et ne pas en faire usage, sauf « dans les cas exceptionnels où des vies sont en jeu ». Malgré les engagements répétés des autorités américaines envers le respect de la protection des données, M. Sweeney se montre très sceptique. « Rien n'apparaît concernant la manière dont un système automatique identifiera l'information sur l'affiliation à un syndicat et sur une autre donnée personnelle, et comment un tel système permettra d'éliminer de façon permanente cette information », souligne-t-il, dans sa lettre. « Nous ne comprenons tout simplement pas pourquoi l'appartenance à un syndicat serait aussi pertinente pour sauver la vie d'un passager », a-t-il encore ajouté. M. Sweeney se dit d'autant plus inquiet de l'existence en parallèle du système de ciblage automatique des données (Automated Targeting System), qui pourrait être encore plus intrusif au niveau de la vie privée. En conséquence, le président de l'AFL-CIO demande au département américain que les informations concernant l'appartenance à un syndicat ne soient pas collectées et soient effectivement effacées avant leur transfert au DHS, mais aussi que toute référence à l'échange de ce type d'information ne soit pas incluse dans l'accord UE/Etats-Unis et dans les accords qui suivront. (B.C.)