Bruxelles, 04/10/2007 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 4 octobre, de conserver inchangés les taux d'intérêt de la zone euro, confirmant les anticipations des marchés. Le taux de soumission minimal appliqué aux opérations principales de refinancement reste donc à 4%, alors que les taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal et celui de la facilité de dépôt demeureront à respectivement 5% et 3 %.
Les formules employées par le Conseil des gouverneurs à l'issue de sa réunion à Vienne ont changé et si les taux n'évoluent pas pour l'instant toutes les options semblent possibles. Confrontée d'une part aux turbulences des marchés financiers et à la force de l'euro et d'autre part à des prix du pétrole et des produits alimentaires élevés qui nourrissent l'inflation, la BCE a choisi le statu quo. Pour résoudre cette délicate équation, elle préfère attendre plus d'informations, a déclaré son président à la presse, optant pour un discours équilibré entre risques pour la croissance et risques pour les prix. De nombreux observateurs estiment désormais que la BCE conservera ses taux inchangés jusqu'à la fin de l'année. Improbable il y a encore deux mois, l'hypothèse qu'une fin du resserrement monétaire entamé en décembre 2005 est en vue n'est plus totalement à exclure pour d'autres, même si les conditions ne sont pas encore réunies.
Si une baisse des taux ne semble pas d'actualité, la rhétorique de la BCE a connu une subtile évolution. Devant les journalistes, Jean-Claude Trichet n'a en effet pas eu recours au terme de vigilance, ni à celui d'accommodant, utilisés généralement pour caractériser la politique monétaire et le niveau des taux. Seules la terminologie soulignant l'absence d'a priori de la BCE (qui ne s'engage pas à l'avance) et celle indiquant son intention d'agir fermement et opportunément sont restées les mêmes. Se gardant bien de parler de pause, M. Trichet a surtout souligné les risques pour la croissance.
Le niveau général des prix a « fortement augmenté », passant de 1,7% en août à 2,1% en septembre, a d'emblée prévenu le président de la BCE, estimant que le taux d'inflation restera « significativement au dessus de 2% » pour le reste de l'année 2007 et autour de 2% en moyenne en 2008. Il assure que la politique monétaire est « prête à contrer » les risques haussiers pour la stabilité des prix et constate dans le même temps que « les fondamentaux de l'économie de la zone euro vont dans le sens d'une perspective favorable à moyen terme pour l'activité économique ». Les prévisions disponibles pour 2008 confirment en effet le scénario principal de la BCE, avec une croissance autour du potentiel (un peu plus de 2%), a observé M. Trichet, en jugeant que la modération de la croissance aux Etats-Unis devrait être compensée par la vigueur accrue des économies en développement.
Les risques pour la croissance sont néanmoins orientés à la baisse (impact de la crise financière, pressions protectionnistes, déséquilibres mondiaux, hausses des prix du pétrole), a-t-il poursuivi, modérant son discours. Etant donné la volatilité des marchés financiers et la réappréciation des risques observées ces dernières semaines, l'évaluation de la BCE est entachée d'une « incertitude accrue » et il faut être « très prudent » pour évaluer l'impact potentiel de la crise sur l'économie réelle, a ainsi martelé M. Trichet. En conséquence, le Conseil des gouverneurs, qui suivra l'évolution de la situation de « très près », estime qu'il lui fallait de plus amples informations avant de tirer de nouvelles conclusions pour la politique monétaire. Nous prenons notre décision en tenant compte de tous les paramètres, a ajouté M. Trichet, pour qui « les taux de change sont l'un de ces paramètres dans la mesure où ils jouent sur la stabilité des prix ». (ab)