*** MICHAEL KUHN (sous la dir. de): New Society Models for a New Millennium. The Learning Society in Europe and Beyond. Peter Lang (29 Broadway, 18th floor, New York, NY 10006. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2007, 636 p., 49,90 €. ISBN 978-0-8204-7499-1.
Les recherches récentes dans le domaine des sciences sociales se focalisent avec un bel ensemble sur l'éducation et la connaissance, alors même que les dirigeants européens ont mis en cœur l'éducation au centre de leurs agendas politiques, l'Union utilisant même le concept de "société de la connaissance" pour se définir dans le contexte global. En clair, ce nouveau concept a le vent en poupe et la majeure partie des acteurs politiques y voit la nouvelle panacée censée régler tous les problèmes, qu'ils soient d'ordre économique, social ou même judiciaire. Pourtant, alors que les recherches sociologiques se multiplient en vue de mettre en place ce nouveau paradigme, des voix sans cesse plus nombreuses s'élèvent pour le mettre en question. En effet, ce concept n'est, en fin de compte, que cela même: un concept. Il ne s'agit pas d'une théorie sociale élaborée et pensée par des sociologues, mais plutôt d'une idéologie politique ayant germé dans les cerveaux de quelques économistes et qui s'est peu à peu insérée dans les politiques communautaires pour finalement en devenir l'incontournable fer de lance. Les recherches alimentées par l'Union, notamment sous le couvert du sixième programme-cadre, ont eu comme ligne conductrice la "société de la connaissance", contribuant par là à créer une littérature de plus en plus fournie à propos d'un sujet qui, avant-hier encore, n'existait pas et dont, au fond, on ne sait pas grand-chose (on en connaît tellement peu que les chercheurs en sont venus à l'appeler la "boîte noire").
La société tout entière doit-elle être ajustée à cette "boîte noire" ? L'essentiel des études sur la question cherchent moins à définir et comprendre ce qu'est une "société de la connaissance" qu'à trouver des moyens de la mettre en place. Comme si la plupart des chercheurs avaient ajusté leurs réflexions aux agendas politiques et, au passage, avaient oublié leur esprit critique au nom du politiquement correct, certaines questions fondamentales n'étant plus posées... Ce n'est toutefois pas le cas de tous les sociologues et quelques- uns, ceux en l'occurrence réunis par Michael Kuhn (Université de Brême) dans cet ouvrage, se demandent qui a mis en place cet agenda politique auquel nous devons tous nous préparer et où il nous mènera. Venus aussi bien d'Europe que d'Afrique, d'Asie ou de l'Océanie, ces sociologues expliquent, au fil des pages, comment ils perçoivent cette nouvelle société de la connaissance et comment celle-ci a été reçue dans leurs pays respectifs.
Composé de 24 chapitres, l'ouvrage est divisé en trois parties. Après l'introduction, la première traite de la société de la connaissance et du concept d'apprentissage tout au long de la vie dans les pays de "l'ancienne Europe". On y apprend, par exemple, que l'Angleterre est familiarisée avec ces concepts depuis belle lurette et voit la connaissance comme un avantage comparatif: dans un contexte global, les facteurs de production ont une grande mobilité ; ce sont donc les habitants d'un pays et leurs connaissances qui seront déterminants. En France, par contre, les recherches ont tendance à buter sur les termes employés: la plupart étant anglo-saxons, ils n'ont pas d'équivalents satisfaisants dans la langue de Molière, ce qui contribue à rendre la compréhension des concepts sous-jacents difficile. En somme, la société de la connaissance y reste vraiment une boîte noire dont on ne sait pas ce qu'elle est ou devrait être… Dans la deuxième partie du livre, c'est le cas des sociétés européennes dites en transition qui est analysé. Vivant des changements radicaux, ces sociétés cherchent à trouver leurs marques dans une nouvelle réalité et à se démarquer du passé, raison pour laquelle elles accordent une attention particulière à ces nouveaux concepts. En dépit du fait que les discours politiques se servent de la "société de la connaissance" en la mettant à toutes les sauces dans ces pays, personne n'y a encore toutefois clairement conscience de ce qu'elle est réellement... La dernière partie de l'ouvrage explore comment des pays hors de l'Union accueillent le concept. A travers les cas de l'Afrique du Sud au Brésil en passant par le Japon ou les pays arabes, on découvre que la société du savoir et les économies de la connaissance intéressent beaucoup de pays dans le monde, bien que chacun l'aborde de manière différente. Il est un point commun, toutefois: la promotion de l'éducation est vue comme le dernier moyen d'obtenir un avantage économique dans ce monde de plus en plus global. En filigrane, l'espoir des auteurs est que cet engouement pour la connaissance produise des hommes et des femmes atteignant des niveaux d'excellence inédits et ne produise pas de simples matières premières permettant aux entreprises multinationales d'obtenir des profits de plus en plus importants.
Nuno Duarte
*** LINDEN WEST, PETER ALHEIT, ANDERS SIIG ANDERSEN, BARBARA MERRILL (sous la dir. de): Using Biographical and Life History Approaches in the Study of Adult and Lifelong Learning: European Perspectives. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "European Studies in Lifelong Learning and Adult Learning Research", n° 2. 2007, 310 p., 48,10 €. ISBN 978-3-631-56286-4.
La Société européenne de recherche sur l'éducation des adultes propose, avec ce livre, de jeter un regard nouveau sur l'éducation et l'apprentissage. Les sciences sociales ont de plus en plus tendance à suivre une approche instrumentaliste lors des recherches sur l'éducation, lesquelles visent à produire des résultats "utiles" pouvant être directement appliqués dans les écoles et les institutions éducatives. Les décideurs et autres professionnels de l'enseignement veulent des résultats clairs et aussi univoques que possible sur telle ou telle méthode pédagogique, avec des liens de cause à effet tangibles et, si possible, statistiques à l'appui. Le point faible de cette méthode d'apprentissage est qu'elle tend à marginaliser le facteur humain qui est pourtant fondamental en ce domaine: elle peut tout à fait convenir à une personne mais être un échec complet chez une autre… En réaction, on voit apparaître une nouvelle tendance dite biographique ou d'histoire de vie, approche qui met en avant l'être humain et ses imprévisibilités ainsi que ses interactions avec son environnement. Elle soutient que c'est avant tout la qualité des relations humaines qui détermine le résultat de tout processus d'apprentissage. Ce livre lui est consacré et regroupe des études menées dans plusieurs pays de l'Union. Après l'introduction et une explication de l'approche biographique ainsi que des développements qu'elle a connus, le troisième chapitre s'applique à présenter ce concept de manière théorique et à illustrer ses avantages par rapport au point de vue instrumentaliste. L'ouvrage traite ensuite de la relation entre apprentissage et classe sociale: par le passé, le niveau social influençait beaucoup les études qu'une personne pouvait suivre ; bien que ce phénomène ait eut tendance à disparaître, il semblerait qu'on assiste à son renouveau ces dernières années. Un autre chapitre aborde l'apprentissage dans le milieu professionnel, son auteur indiquant que le lieu de travail serait devenu un champ de bataille entre hommes et femmes en raison d'un a priori des premiers quant à leur capacité à apprendre de nouveaux concepts, ce qui créerait chez eux des sentiments d'anxiété qui se répercuteraient en des confrontations et, parfois, en comportements irrationnels. Le sixième chapitre s'emploie à déterminer le rôle du féminisme dans les milieux pédagogiques, en examinant notamment comment ces luttes ont participé à éduquer et à changer les mentalités de par le monde. Divers autres sujets sont encore abordés comme la relation entre l'environnement de travail et "l'histoire d'apprentissage" des employés d'une administration publique, la thérapie vue comme un processus d'apprentissage ou encore le choc subi par un immigrant lorsqu'il doit apprendre une nouvelle langue, de nouvelles attitudes, une nouvelle culture… Pour les auteurs, apprendre ne se limite pas à une salle de classe: c'est un processus continu qui commence dès le premier souffle et qui se termine lorsqu'on expire ; étant donné que vivre, c'est apprendre, on ne peut pas dissocier le concept d'apprentissage du concept d'histoire de vie…
(NDu)
*** Revue d'Allemagne. Société d'Etudes Allemandes (CNRS, bâtiment 40, 23 rue du Loess, BP 20, F-67037 Strasbourg Cedex 02. Tél.: (33-3) 88107316 - fax: 88106482 - Courriel: christiane.weeda@misha.u-strasbg.fr). Janvier-mars 2007 n° 1, 138 p., 16 €. Abonnement 52 € (France, 56 € (étranger).
Périodiquement, le système éducatif allemand est l'objet de remises en cause et de réformes qui affectent tous les niveaux, qu'il s'agisse de l'enseignement préscolaire ou scolaire, des différents types d'établissements d'enseignement secondaire ou de l'enseignement supérieur. Ce numéro de la Revue d'Allemagne fait l'inventaire des points forts et des faiblesses du système éducatif allemand, notamment à la lumière de la remise à plat du fédéralisme enclenchée au printemps de l'année dernière. Monique Mombert propose, elle, une "mise en abyme" de la crise en focalisant son propos sur le livre de Georg Picht "Die Deutsche Bildungskatastrophe" qui, publié en 1964, fut à l'origine des réformes des années 70. La révolution en cours avec le processus de Bologne est, elle aussi, étudiée.
(JPe)
*** SUSANNE EVA PATZKE: Bedeutung von Appellativa der Nationszugehörigkeit am Beispiel "Deutscher" und "Ausländer". Eine empirisch-semantische Untersuchung. Peter Lang (voir coordonnées supra).Collection "Danzger Beiträge zur Germlanistik", n° 19. 2006, 306 p., 48,10 €. ISBN 3-631-55604-7.
L'auteur de cette recherche est linguiste et travaille dans le domaine de l'enseignement de l'allemand aux immigrés et étrangers. Elle tente, dans cet ouvrage, de trouver une explication à un certain nombre de problèmes qui sont liés à l'utilisation de critères définissant l'appartenance à une nationalité spécifique, en prenant comme exemple l'utilisation des concepts "allemand" et "étranger". La première difficulté que rencontre la recension d'un tel livre dans une autre langue que celle de l'auteur est justement de devoir utiliser des concepts qui n'ont pas tout à fait la même signification. Il existe, en effet, de nombreuses spécificités de la langue germanique qui ne sont pas facilement traduisibles, en particulier dans un domaine où la connaissance ne concerne pas de simples objets mais caractérise des personnes dans le cadre du groupe social et politique auquel elles appartiennent. Voilà pourquoi la première partie théorique de l'ouvrage est essentielle. Elle comprend une analyse approfondie, sémantique et linguistique, inspirée des travaux de Hilary Putnam, montrant que les concepts utilisés dans ce domaine ne sont pas purement objectifs, mais chargés de valeurs et d'émotivité qui leur donnent une double dimension d'intention et d'extension spécifique à la communauté linguistique et à la culture dans laquelle ils sont utilisés. L'auteur poursuit par une analyse de la culture politique dans laquelle se définit la nation, soulignant que l'Allemagne a hérité d'une conception ethnique de celle-ci (au contraire de la France, par exemple) et que les concepts "allemand" et "étranger" ont pris, dès lors, une connotation propre, liée à l'idée de "peuple" très présent dans la culture politique allemande. Vient ensuite une comparaison entre les concepts de la langue courante et les notions juridiques développées dans les lois concernant la nationalité, y compris la citoyenneté étatique, l'ouvrage soulignant que les notions deviennent de plus en plus vagues et que la catégorie "allemand", tout comme son négatif "étranger", est juridiquement définie par des notions souvent abstraites. Le livre se poursuit par une longue analyse empirique illustrant les thèses soutenues par de multiples exemples d'utilisation de ces concepts par les médias et la littérature.
Il faut souligner l'intérêt d'un tel ouvrage au moment où se posent de multiples problèmes dans la prise de conscience des identités nationales et des populations qui les composent, en raison des migrations grandissantes et de la construction européenne qui contribue au brassage et au rapprochement des identités culturelles. Il est évident que l'unification de l'Europe conduit à une transformation des cultures politiques traditionnelles et que certains tabous, émotions et valeurs qui ont contribué à la construction des nations historiques de l'Europe sont remis en question. Ce très sérieux travail contribue à faire prendre conscience de cette évolution.
(GFr)
*** DARIO CASTIGLIONE, CHRIS LONGMAN (sous la dir. de): The Language Question in Europe and Diverse Societies. Political, Legal and Social Perspectives. Hart Publishing (16C Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection "Oñati International Series in Law and Society". 2007, 285 p., 22 £. ISBN 978-1-84113-667-7.
L'Union européenne, dont les compétences se sont accrues avec le temps mais dont le régime linguistique est demeuré inchangé, a-t-elle été "piégée par son péché originel d'avoir déclaré que la langue officielle de chacun des Etats membres serait de même officielle au sein des institutions de l'organisation", comme l'affirme Miquel Strubell ? Quoi qu'il en soit, il est clair que la multiplication des langues officielles constitue, dans une certaine mesure, tant un problème pratique qu'un objet de réflexion sur cette Union européenne unie dans la diversité. D'ailleurs, ce phénomène de multilinguisme ou de diglossie n'est pas limité à l'Union et la mondialisation, entre autres, a souvent amplifié le phénomène, comme le glisse Chris Longman en citant Crystal: "Il ne fut jamais un temps où autant de nations ont autant eu besoin de parler entre elles. Il ne fut jamais un temps où autant de personnes ont souhaité voyager à tellement d'endroits". C'est dans ce cadre que les contributions multidisciplinaires de ce livre - orientées pour la plupart sur le cas de l'Union - dégagent les fondements du "problème" linguistique et étudient notamment quelles sont ses implications en termes d'égalité, d'identité et de rapports au pouvoir. Elles ouvrent aussi des pistes sur la façon dont l'Union, cette union des peuples, peut gérer son multilinguisme.
(FRo)
*** Documents. Revue du dialogue franco-allemand. Bureau International de Liaison et de Documentation (50 rue de Laborde, F-75008 Paris. Tél.: (33-1) 43879040 - fax: 42935094 - Courriel: revue@bild-documents.org - Internet: http://www.revuedocuments.com ). 2007, n° 4, 80 p., 7,80 €. Abonnement: 39 €.
La revue du dialogue franco-allemand aborde, dans ce numéro, des thèmes tels que la syndicalisation en recul, le bilan de la dernière Présidence allemande et les coulisses de l'amitié franco-allemande.
(MT)